Édition du Nord | US
Select Edition
Nord Nord
Sud Sud
Mondial Mondial
Nouvelle Zélande Nouvelle Zélande
France France

Salesi Rayasi : celui qui préférait le basket au rugby dispute la finale de Champions Cup

Salesi Rayasi
Comments
Comment

À Canterbury, les gamins arrivent avec une obsession chevillée au corps : jouer pour les Crusader, jouer pour les All Blacks, devenir les futurs McCaw, Whitelock, Carter ou Read. En 2015, Salesi Rayasi, lui, se demandait encore s’il aimait le rugby. « Tout le monde était là pour être Crusader ou All Black, et moi j’essayais encore de savoir si j’aimais même le rugby », confie l’arrière de l’Union Bordeaux-Bègles.

ADVERTISEMENT

Un gamin perdu parmi les futurs All Blacks

Le gouffre technique avec ses coéquipiers, la terminologie, la culture de l’excellence, la distance à plusieurs centaines de kilomètres de chez lui – tout le déstabilisait. « J’ai pris conscience de l’écart de niveau : ces gars-là sont incroyables, qu’est-ce que je fais ici, bon sang ? », explique-t-il.

« La façon dont ils parlaient… Je sentais bien que quand je n’avais pas touché le ballon, que je n’avais pas trouvé le moyen de m’intégrer au jeu, ces gars-là me le faisaient remarquer. Ils me disaient que je devrais peut-être participer aux rucks ou faire quelque chose de simple. J’essayais de mettre la main sur le ballon et de faire des miracles. Ils me disaient : “Tu n’as pas besoin de transformer la poussière en or.” »

L'ailier de Bordeaux Salesi Rayasi en joie après un essai en Champions Cup contre Northampton. (Photo by ROMAIN PERROCHEAU / AFP via Getty Images).

En fait, le basket et la NBA le faisaient rêver bien davantage.

C’est son père Filipe, ancien international fidjien, qui l’a remis dans le droit chemin. Il faut dire que le profil multiculturel de la famille domine avec d’un côté Filipe, fils d’un ingénieur maritime qui a travaillé jusqu’à la fin de la soixantaine sur les ferries Interislander en Nouvelle-Zélande, de l’autre Lani, la mère de Rayasi, qui a des origines allemandes et samoanes. Le garçon a passé ses premières années au Japon, où Filipe jouait à Osaka, jusqu’à ce qu’il soit en âge d’entrer à l’école primaire.

VIDEO

Filipe Rayasi, le fidjien qui a tout sacrifié pour les Flying Fijians

Rayasi aime bien raconter cette anecdote de son père qui a écopé d’une amende de 4 000 dollars néo-zélandais pour avoir enfreint le contrat de son club afin de représenter les Fidji. « Quatre mille dollars à l’époque, ça correspond à quoi aujourd’hui, cent mille ? », plaisante Rayasi. « Il doit sûrement s’en mordre les doigts. Il aurait pu s’offrir un nouveau set de golf, voire un voyage aux États-Unis.

Rencontre
Investec Champions Cup
Leinster
19 - 41
Temps complet
Bordeaux
Toutes les stats et les données

« Cette histoire résume bien la situation. Ce qu’il voulait faire et comment il voulait représenter son pays. Tous les membres de sa famille lui en parlaient et il disait à quel point il était fier. Il a toujours voulu représenter les Fidji. Toutes ses histoires racontent comment il essayait de regarder le rugby à la télévision locale. Son village aux Fidji est assez isolé ; une seule personne avait une télévision et tout le monde était devant. Il se souvient toujours d’avoir regardé David Campese. »

La flamme allumée au Zimbabwe, ignorée par Suva

Filipe l’a finalement persuadé de persévérer, cette fois moins loin de la maison. Replacé dans le système de Wellington, le jeune ailier a ensuite été sélectionné en U20 avec les Samoa – sélection possible via sa maman. Un tournoi U20 Trophy remporté au Zimbabwe, un essai en finale, et la flamme était allumée pour de bon. Cependant, il n’a jamais reçu de réponse à ces emails envoyés à la fédération des Fidji pour jouer sous leurs couleurs.

« Les gens me demandent : “Pourquoi tu n’as pas joué pour les Fidji ?” On a envoyé des messages, des e-mails, mais on n’a reçu aucune réponse. J’avais l’impression d’être mis à l’écart » , raconte-t-il. « J’ai fini par passer un essai à Wellington, puis un autre aux Samoa pour faire le tri dans l’équipe qui allait partir en tournée.

« J’ai logé chez ma tante aux Samoa. Ce séjour loin de chez moi, où je n’étais là que pour jouer au rugby, m’a convaincu de poursuivre mon parcours dans le rugby de club.

« J’ai pu voyager, passer par l’aéroport de Dubaï, puis découvrir l’Afrique pour la première fois – j’étais comme un gamin dans un magasin de bonbons. Je n’en croyais pas mes yeux. J’avais vu tant de choses sur National Geographic et dans les films, et être là-bas, c’était génial. »

Le déclic post-Covid

C’est dans le NPC et le Super Rugby qu’il a éclos au cours des huit années suivantes au fil desquelles il est devenu champion du monde en rugby à 7 avec les All Black Sevens, cadre des Hurricanes, très proche de Jordie Barrett et accumulé plus de 50 matchs en Super Rugby. Mais la routine post-Covid, sans matchs internationaux possibles, a fini par l’étouffer.

« C’était les mêmes équipes, tu connais les joueurs, ça devenait trop familier », reconnaît-il. En 2024, il pose ses crampons en Bretagne, à Vannes, fraîchement promu en Top 14 et accepte le sacrifice de ne plus être éligible pour les All Blacks.

« Quand je suis parti en France, j’ai compris que ça me plairait de jouer pour les Fidji. J’y pensais déjà pendant mes deux dernières années chez les Hurricanes. Avec les Drua, j’ai eu l’impression que leurs objectifs étaient bien définis, alors qu’auparavant, ils étaient parfois un peu flous. Aujourd’hui, on voit clairement qu’ils veulent devenir une équipe de haut niveau », raconte-t-il.

L'ailier néo-zélandais de Vannes, Salesi Rayasi, célèbre après avoir marqué un essai lors du match de Top 14 entre le RC Vannes et Lyon au Stade de la Rabine à Vannes dans l'ouest de la France, le 21 septembre 2024. (Photo by Loic VENANCE / AFP) (Photo by LOIC VENANCE/AFP via Getty Images)
ADVERTISEMENT

Le rugby français a pris Rayasi à pleines mains et l’a secoué dans tous les sens. C’était une première pour Vannes en Top 14 et les supporters ne manquaient aucun rendez-vous.

Le choc culturel français

« Tu viens de concéder une pénalité et ils font les pélicans avec leurs bras. Qu’est-ce qu’il y a ? C’était juste une pénalité !, rigole-t-il. « En Nouvelle-Zélande, un ou deux joueurs te taperaient sur la tête en te disant “oublie ça”. Les joueurs se mettaient ça en tête et ne disaient rien. Ici, tu fais une erreur et les gars te font le “ohhh !”… bon, c’est pas comme si j’avais voulu concéder une pénalité.

« Mais c’est ce qui les motive, c’est leur super-pouvoir. Si ça se passe mal, ça se passe mal, mais si ça se passe bien, ils se grandissent d’un bras et d’une jambe. Une fois qu’ils sentent qu’ils vous tiennent, ça double le travail pour s’en sortir. »

Si Vannes est finalement redescendu en Pro D2, Rayasi a été sélectionné pour les Fidji en juillet – célébré avec un essai contre les Wallabies – avant de partir en tournée en Écosse.

Bordeaux, la consécration d’un électron libre

Rayasi a ensuite rejoint les champions d’Europe, l’UBB et son incroyable arsenal (Bielle-Biarrey, Penaud, Lucu, Jalibert, Moefana, Depoortere, Burros…), où c’est Noel McNamara, entraîneur en charge de l’attaque, qui l’a accueilli. « Il m’a dit : “Tu dois sortir de ta coquille, te rapprocher des gars, construire une confiance en dehors du terrain.” »

Et Salesi l’a fait avec quinze essais en vingt-quatre matchs, des triplés contre Northampton et Leicester. L’explosivité forgée sur les terrains de basket avait trouvé ici son terrain de jeu idéal.

« Noel s’agace parfois : “Tu n’as pas toujours besoin d’esquiver, tu peux faire un mouvement, aller au contact et soutenir tes coéquipiers pour récupérer le ballon”. C’est une chose que j’oublie de temps en temps. C’est un sport de contact ; s’il y a un mur, il faut trouver un moyen de le franchir. »

<a href=
L'arrière français de Bordeaux-Bègles, Louis Bielle-Biarrey (à droite), célèbre avec l'ailier néo-zélandais de Bordeaux-Bègles, Salesi Rayasi (au centre), après avoir marqué un essai lors de la demi-finale de la Coupe d'Europe des clubs de rugby à XV opposant l'Union Bordeaux-Bègles (UBB) au Bath Rugby au stade Atlantique Bordeaux Métropole à Bordeaux, dans le sud-ouest de la France, le 3 mai 2026. (Photo de ROMAIN PERROCHEAU / AFP via Getty Images)

Face au Leinster en finale de Champions Cup à Bilbao, Rayasi sait que le partie n’est pas gagnée. Le Leinster, qui s’est effondré lors de quatre des cinq dernières finales, a remporté son dernier titre à Bilbao.

Ses parents feront le voyage depuis la Nouvelle-Zélande jusqu’au San Mamés. Filipe, qui regardait David Campese sur l’unique télévision de son village fidjien, verra son fils disputer la finale la plus relevée du rugby européen. « Ma mère et mon père se lèvent tôt le matin pour regarder nos matchs et n’arrivent pas à croire combien de personnes viennent nous voir, plus de 30 000 chaque week-end. » Le gamin qui doutait de tout à Canterbury a trouvé, bien au-delà de l’hémisphère Sud, exactement là où il devait être.

Related

Inscrivez-vous dès maintenant pour réserver vos billets !

L'heure est venue de foncer et de vous inscrire pour obtenir des billets pour les plus grands matchs de l'histoire de la Coupe du Monde de Rugby masculine.

Comment s'inscrire ?

  • Créez votre compte sur la billetterie
  • Choisissez vos matchs et vos catégories de prix préférées
  • Activez l'option « All Out Advantage » pour maximiser vos chances
  • Si la demande dépasse l'offre, un tirage au sort sera organisé

Peu importe le moment où vous effectuez votre demande pendant la phase de réservation : le fait de vous inscrire plus tôt ou plus tard n'aura aucune incidence sur vos chances. Si le site de billetterie est saturé, vous pouvez revenir et effectuer votre demande à tout moment avant le 2 juin 2026 à 18 h 00 AEST (UTC+10).

ADVERTISEMENT
Play Video
LIVE

{{item.title}}

Trending on RugbyPass

Commentaires

0 Comments
Soyez le premier à commenter...

Inscrivez-vous gratuitement et dites-nous ce que vous en pensez vraiment !

Inscription gratuite
ADVERTISEMENT

Latest Long Reads

Comments on RugbyPass

Close Panel
Close Panel

Edition & Time Zone

{{current.name}}
Set time zone automatically
{{selectedTimezoneTitle}} (auto)
Choose a different time zone
Close Panel

Editions

Close Panel

Change Time Zone

Close
ADVERTISEMENT