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Galthié sans moustache, les selfies, son goûter du samedi et son souhait de faire du neuf avec des vieux


TOKYO, JAPON - 18 JUILLET : L'entraîneur principal de l'équipe de France, Fabien Galthié, avant le match du Championnat des nations opposant le Japon à la France au stade MUFG, le 18 juillet 2026 à Tokyo, au Japon. (Photo de Toru Hanai - Nations Championship/Nations Championship via Getty Images)
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À quelques jours de retrouver son staff pour commencer à travailler sérieusement sur la seconde partie du Championnat des Nations où la France doit successivement rencontrer les Fidji (7 novembre), l’Afrique du Sud (13 novembre) et l’Argentine (21 novembre) avant un ultime match le dernier week-end de novembre, le sélectionneur des Bleus Fabien Galthié a accepté de répondre aux questions du panel du Canal Rugby Club sur Canal +.

« On n’a pas commencé, avec le staff, à travailler sur la sélection », explique-t-il. « Pour le moment, on va dans les clubs, on observe, on prend des nouvelles des joueurs. Et à partir de début octobre, on va commencer à remettre à jour le ranking, avec les joueurs déjà forfaits, les joueurs potentiellement aptes. On va travailler comme ça jusqu’à la dernière semaine. Là, ça sera, je pense, la dernière… Ça sera une journée de Coupe d’Europe, je crois, ça sera pas une journée de Top 14. Et on convoque les joueurs après cette journée. »

C’est la première fois qu’il apparait depuis la première partie du Championnat des Nations dans l’hémisphère Sud, au cours de laquelle il avait rasé sa moustache.

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La Légion d’honneur et son attachement au rugby français

Contexte : Le 17 septembre, Fabien Galthié est décoré de la légion d’honneur par le président de la République, Emmanuel Macron. Sa nomination remontait au 14 juillet 2022, soit quelques mois après avoir remporté son premier Grand Chelem à ce poste (la France avait terminé deuxième du Tournoi en 2020 et en 2021).

« C’était un bon moment. J’aurais aimé le partager avec plus de monde, mais je pouvais inviter seulement trente personnes. Donc évidemment, ma famille, mon papa qui est maire depuis quatre mandats et qui sert la République dans un petit village depuis très longtemps. Et puis aussi, j’ai pensé énormément à mes camarades de rugby. Ce chemin-là, il a été fortement accompagné par le rugby : mon école de rugby de Tournefeuille, le club de Colomiers, bien sûr, tous mes amis, le Stade Français, l’équipe de France. Je pouvais pas… En tout cas, dans ma tête, je l’ai partagé avec eux. J’ai eu une très bonne équipe, depuis l’âge de zéro jusqu’à 57 ans, autour de moi. C’était une récompense collective. Une récompense, donc, sous les ors de l’Élysée, remise par le président de la République, mais effectivement, c’est aussi une équipe. »

La star des tribunes

Contexte : Le sélectionneur ne passe pas inaperçu auprès des supporters, surtout lorsqu’il vient encourager son gamin, Mathis, à Brive (Pro D2). C’est donc naturellement qu’il a appris à se plier à la mode des selfies.

« Oui, je crois que la magie, c’est ça. Cette mission, je l’ai prise comme ça, je l’ai prise au service de notre rugby. Quand je commençais à jouer au rugby, c’était à l’école de rugby de Tournefeuille, j’étais très inquiet le samedi qu’on soit pas assez de huit, parce qu’on jouait à huit. Donc on se comptait. Dès qu’il en manquait, on pouvait pas jouer. Et donc, depuis toujours, j’ai toujours eu peur qu’on soit pas assez pour jouer. Bon, maintenant, j’ai le choix, puisque je peux choisir parmi les 300 000 licenciés. Mais c’est vrai que je me sens redevable et au service de notre rugby. »

VIDEO

Le rugby, son goûter du samedi

Contexte : Si à l’approche et lors des fenêtres internationales c’est surtout à Marcoussis qu’il travaille, Fabien Galthié passe le reste de l’année à sillonner la France au contact des clubs pour rencontrer staff et joueurs. mais ce qu’il ne manque jamais, c’est le multiplexe rugby de Canal+ chaque week-end pour ne rien manquer des matchs.

« C’est mon petit goûter du samedi. Je m’installe n’importe où et je passe l’après-midi à regarder du rugby. Et je profite. Je le regarde avec l’œil du passionné de rugby. (C’est à ce moment-là qu’il a frissonné en voyant en direct la blessure de Matthieu Jalibert contre le Stade Français : une déchirure à un quadriceps qui va le tenir éloigné au mois quatre semaines des terrains) Ah, c’est terrible. Ça me gâche le week-end. Dimanche dernier, ça a été une très mauvaise semaine, un très mauvais week-end. Mathieu, déjà, déchiré au quadriceps. Après, je l’ai eu au téléphone, on discute et il m’explique un peu sa blessure. Puis Emmanuel Meafou, le dimanche soir (opéré après une rupture du ligament latéral externe du genou gauche, absent plusieurs mois, ndlr), j’étais en colère parce que le plaquage est illégal pour moi (contre le RC Vannes, ndlr). Il faut protéger nos joueurs. On peut pas laisser faire n’importe quoi sur le terrain. Manny Meafou, qui était en grande forme… Ces deux joueurs faisaient partie des cinq meilleurs joueurs de cet été. Oui, je peux le dire. C’est un problème. Ce sont des joueurs incontournables, de plus en plus, du Top 14 mais aussi de l’équipe de France. Et donc, a priori, on les a perdus pour le mois de novembre. Déjà, je pense à eux parce qu’ils sont déçus. Je les ai eus au téléphone tous les deux, ils sont déçus. Mais c’est sûr que, des fois, j’ai l’impression que je fais une équipe de France de survivants, par moments. »

Les contraintes du rugby français et la composition de la tournée d’été

Contexte : Le XV de France n’est pas au même niveau que les autres grandes nations mondiales en raison du fort engagement des joueurs avec leur club qui réduit leur disponibilité pour les sélections nationales.

« On sait très bien que le rugby français et l’équipe de France n’ont pas les mêmes contraintes que les autres nations, parce qu’on a beaucoup de matchs. Je prends les Sud-Africains, les All Blacks : leur saison internationale commence en juin, elle s’arrêtera en novembre, et c’est fini. Ils ne jouent que pour leur équipe nationale. Nous, les joueurs sont dans les clubs et sont payés par les clubs. Donc, jusqu’à présent, ce que j’avais fait sur les tournées, j’ai laissé tous les joueurs qui avaient joué l’hiver au repos, on va dire. J’ai essayé de trouver un équilibre entre les joueurs qui avaient été éliminés plus tôt, les joueurs qui, dans les discussions, avaient envie, d’autres qui me disaient : « Non, je suis cuit, je pars pas. » Et puis, je dois dire, j’avais une ou deux grosses équipes, comme Pau et l’UBB, qui étaient éliminées. Donc on a pu piocher dans ce collectif. J’ai pu prendre aussi six joueurs du Stade toulousain. En fait, j’ai pris neuf finalistes, j’en ai fait jouer huit. Donc c’est vrai que j’ai forcé un peu… Mais comme tu le dis, il y a derrière Mathieu Jalibert, qui est blessé aujourd’hui. Est-ce qu’il n’a pas payé les conséquences de cette saison en rallonge ? On avait envie de se mesurer. On a pris, sur le Tournoi, j’ai regardé, sur l’équipe à peu près type, on était partis avec un tiers de l’équipe qui avait gagné le Tournoi. »

La commission FFR-LNR, la liste des 33 et l’engagement des neuf feuilles de match

Contexte : une liste premium de 33 joueurs a été établie conjointement entre la Ligue et la Fédération, ciblant des joueurs considérés comme stratégiques pour le XV de France, dont le temps de jeu est encadré conjointement par la FFR et les clubs afin de limiter leur usure physique.

« On a créé, avec la Fédération et la Ligue, une commission qui travaille justement sur comment accompagner les joueurs dans leur développement, dans leur récupération et dans leur performance. Donc tout ce qui est autour de leur santé. On a essayé de définir une liste de 33 qu’on ne dévoilera pas parce que c’est expérimental. L’idée, c’est de voir ce qu’on peut faire. Le rythme, on a essayé de le définir : toutes les quatre semaines, il faut que le joueur de cette liste ne soit pas sur une feuille de match. C’est-à-dire que toutes les quatre semaines, c’est pas un week-end de repos, c’est un week-end off. Il faudrait que ce joueur-là ne participe pas aux entraînements, ne participe pas aux vidéos, ne participe pas au quotidien. D’abord qu’il se régénère, et ensuite qu’il puisse se préparer, donc s’entraîner. Les joueurs, quand ils jouent trop, ils se dégradent. Et nous, on le mesure facilement. Donc on est partis sur un principe de, toutes les quatre semaines, une semaine off, c’est-à-dire récupération, préparation, et ensuite à disposition la semaine d’après. Et nous, de l’autre côté, la Fédération et donc l’équipe de France, je m’engage, moi, à tenir sur douze feuilles de match. J’ai à peu près douze feuilles de match à distribuer, douze caps à distribuer par an, à ne faire que neuf feuilles de match. Là aussi, c’est challengeant, parce que quand on va gagner, si on est en finale pour gagner le Tournoi ou cette compétition, il va falloir que je joue là-dessus. Là, par exemple, Matthieu (Jalibert, ndlr) a fait trois feuilles de match : une en 10 et deux en 15. Manny (Meafou, ndlr) en avait fait deux. Donc déjà, sur la partie de mes douze caps, il fallait que je les gère. Mais c’était très bien, parce qu’il y a la possibilité… Il y a Romain (Ntamack, ndlr), il y a Thomas Ramos, qui n’ont pas encore joué. Manny, il y avait la possibilité. Donc je peux harmoniser avec le potentiel. Je le fais depuis le début de mon mandat, de ma prise de fonction. »

Le pic de forme d’un joueur : 27-28 ans

Contexte : au sein de la commission d’études sur l’évolution des joueurs établie par la Fédération Française de Rugby, les scientifiques ont repéré qu’au-delà de 27-28 ans, « quand vous avez matché énormément », les joueurs s’usent dans le rugby français…

« On a remarqué qu’en fait, le vieillissement s’accélère dans notre écosystème. Ailleurs, non. Mais là, ils jouent tellement, ils enchaînent tellement, ils dépassent les trente feuilles de match, les 2 000 minutes, le nombre de contacts… Notamment les postes d’avant, mais aussi les trois-quarts centres, où 70 % des contacts sont pris par ces joueurs-là, par ce groupe de joueurs-là. Naturellement, ça finit par vous user. Vous user aussi psychologiquement. Donc vous vous entraînez moins fort, vous récupérez moins bien, vous redémarrez et après, vous gérez, vous vous gérez. Et donc nous, on voit bien que même la masse maigre, le rapport masse maigre-masse grasse est impacté. Donc le défi pour ces joueurs, c’est de trouver l’espace pour retrouver leur meilleur niveau de rugby. »

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L’avenir des cadres écartés

Contexte : c’est dans ce contexte qu’un certain nombre de cadres ont été écarté lors des précédentes fenêtres internationales (Fickou, Penaud, Alldritt, Taofifénua…) au profit de jeunes, mais surtout pour les préserver. Néanmoins, leur retour dans le XV de France reste toujours à l’ordre du jour.

« Oui, on peut citer Damien Penaud, Grégory Alldritt, Romain Taofifénua, Gaël… Ce sont des joueurs qui ont beaucoup joué avec nous sur les années précédentes. Ce sont des grands joueurs. On a fait des choix en début de Tournoi (2026, ndlr), qui étaient de créer l’émulation et de prendre d’autres joueurs qui ont énormément performé pendant le Tournoi, puisqu’on a gagné pour la deuxième fois consécutive. Ils ont performé aussi pendant le Championnat des Nations. Moi, j’ai envie que ces joueurs reviennent matcher avec nous, créent l’émulation. On en aura besoin.

« On est en contact avec eux. C’est vrai que c’est difficile de vieillir dans l’écosystème français, on sait pourquoi, je vais pas revenir dessus. Donc ils savent comment ils peuvent revenir. Il faut qu’ils puissent se régénérer, s’entraîner, se redévelopper. Ce sont des grands joueurs, ils l’ont prouvé maintes fois avec nous. Ça fait sept ans, et ils sont souvent présents. Ils ont été capitaines aussi. J’ai envie qu’ils aient envie de revenir, qu’ils mettent tout en œuvre pour revenir et créer l’émulation avec des jeunes qui montent. Tout ce qui permet à l’équipe de France d’être meilleure est bon. Et leur retour, bien sûr. Et puis, on a vécu tellement de belles choses ensemble que c’est vrai que c’est dur, c’est très dur. En début de Tournoi, l’an dernier, quand je les appelle pour leur dire que je les prends pas, je peux vous dire que c’est très dur. »

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