La dynamique internationale cassée de Damian Penaud
Damian Penaud a franchi un cap symbolique samedi 4 juillet à Christchurch, avec une 60e sélection et un 41e essai en bleu, à trois longueurs désormais devant le mythe Serge Blanco, mais la suite s’assombrit déjà. Touché au mollet et contraint de quitter ses partenaires à la pause, l’ailier de l’Union Bordeaux-Bègles est désormais forfait pour le reste du Championnat des Nations. Son match, à l’image de celui du XV de France, a mêlé éclairs et failles, dans une défaite serrée face à des All Blacks inspirés (34-32).
Meilleur marqueur de l’histoire des Bleus
Meilleur marqueur de l’histoire des Bleus depuis son doublé face à l’Afrique du Sud en novembre dernier, Penaud revenait pourtant de loin. Écarté pendant le Tournoi par Fabien Galthié au profit de Théo Attissogbe, il avait suivi la compétition à distance. Une décision qui l’avait touché, comme l’a reconnu le sélectionneur en amont de cette rencontre inaugurale. « C’est normal, c’est un grand compétiteur. Et l’émulation, quand on est un grand compétiteur, ça a un effet en général positif. Et dès ce premier rendez-vous, dès samedi, il va nous montrer de quoi il est capable », avait-il assuré.
La réponse est venue immédiatement. 81 secondes après le coup d’envoi, Penaud surgit dans le couloir, s’intercale dans la ligne au relais de Matthieu Jalibert et conclut dans l’en-but néo-zélandais. Un geste instinctif, imprévisible, fidèle à son style. Avec 151 essais en carrière en 250 matchs, le récent papa continue de peser lourd. Si ce fan d’échecs devait avoir une position sur l’échiquier bleu, ce serait sans doute celui du fou, tant il surgit là où on ne l’attend pas, avec ses courses souvent iconoclastes. Il crée des brèches, comme sur cette passe au contact pour Attissogbe dans les 22 mètres adverses.
Une tension au mollet
Mais le revers existe. Défensivement, les approximations persistent. Sur le premier essai de Will Jordan, il est battu. Sur celui de Peter Lakai, il monte en pointe et se fait trop facilement cadrer pour laisser le couloir à Caleb Clarke.
Puis le coup d’arrêt. « Il sentait une tension au mollet et il ne voulait pas risquer une déchirure », a expliqué Galthié après la rencontre. Le staff n’a pas pris de risque. Penaud sort à la pause et ne reviendra pas. La suite est désormais actée, sa tournée est terminée.
Des remplaçants potentiels non capés
Cette absence pèse. Champion d’Europe avec l’UBB et joueur le plus utilisé de la saison avec plus de 2 200 minutes, il incarnait une menace constante. Dans le même temps, Max Spring a quitté le terrain avec une profonde entaille au genou, nécessitant une dizaine de points de suture. Le XV de France se retrouve démuni derrière, déjà privé de Gaël Dréan et Grégoire Arfeuil avant le départ. Les solutions se réduisent à des profils encore sans sélection, Aaron Grandidier-Nkanang, Mathis Ferté et Théo Forner.
À cinq d’un déplacement à Brisbane face à l’Australie, le manque d’expérience et de repères s’annonce lourd. Penaud, lui, ne sera pas là pour rappeler ce qu’il avait fait contre ces mêmes Wallabies le 5 novembre 2022 : un essai décisif au terme d’un enchaînement fulgurant, offrant la victoire 30-29 à son équipe après un crochet intérieur, un raffut et une course de 20 mètres. Cette fois, le funambule regarde de côté. Le XV de France devra avancer sans lui.