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« Pour être aimé à Perpignan, il faut ressembler à l’équipe » : décryptage de la folie catalane

French Catalan (1)

L’Union Sportive Arlequins Perpignanais, c’est plus qu’un club, c’est un emblème. Connu partout en France sous le nom d’USAP, et dans le monde anglo-saxon simplement comme Perpignan, il reste aujourd’hui le seul club professionnel de rugby à XV issu de la Catalogne française, ce territoire attaché à l’Occitanie administrative mais viscéralement catalan dans l’âme.

L’USAP, c’est un drapeau, celui d’une communauté fière, souvent sans autre vitrine au sommet du sport tricolore. Même empêtrés dans les luttes pour le maintien du Top 14, les Catalans ont inscrit quatre fois leur nom sur le Bouclier de Brennus – la dernière en 2009 – et longtemps fréquenté les sommets du rugby français.

Né en 1933 de la fusion entre l’US Perpignan et le Arlequins Club Perpignanais, le club a offert à la ville son maillot bleu horizon, hommage aux soldats français tombés lors de la Grande Guerre. Une couleur devenue symbole, héritage et mémoire collective.

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Des supporters de Perpignan agitent des drapeaux et déploient une banderole où l’on peut lire «?Furia, oui, et respect aussi?» lors du match de rugby du Top?14 entre l’USA?Perpignan et le?Stade?Français?Paris, au stade Aimé-Giral de Perpignan, dans le sud-ouest de la France, le 4?octobre?2025. (Photo?: Matthieu?RONDEL?/?AFP)?(©?Matthieu?RONDEL?/?AFP via Getty?Images)

Trois ans après sa création, l’USAP soulevait déjà son premier titre majeur : le Challenge Yves du Manoir, remporté face à l’AS Montferrand. Cinq ans plus tard, en 1938, elle devenait championne de France. Mais réduire Perpignan à ses titres serait passer à côté de l’essentiel : ce qu’il incarne et ce qu’il provoque.

Perpignan bat au rythme du tambour catalan. Ici, on est Français, mais avant tout Catalans. Une identité unique, nourrie par la passion, la joie de vivre et l’instinct de résistance. L’USAP prolonge ces traits de caractère : elle est le miroir des 300 000 habitants de cette terre frontalière.

Qu’il s’agisse de jouer le maintien en Top 14, de batailler en Pro D2 ou de rêver à un retour au sommet, les Perpinyanès et les Perpinyanesa n’abandonnent jamais. Bien au contraire : plus la tempête souffle, plus l’attachement se fait ardent. Pour les Catalans, c’est une question d’identité, de représentation culturelle et de respect. Il s’agit de rester fidèle à leur essence même.

La foi catalane selon Ecochard et Bové

Tom Ecochard, 33 ans, n’est pas né à Perpignan. Pourtant, depuis 2009, le demi de mêlée n’a connu qu’un maillot : celui de l’USAP. Près de 300 matchs plus tard, il en parle avec un respect intact :

« L’USAP représente non seulement une ville et une région, mais aussi un peuple avec sa propre identité et sa culture. Quand tu enfiles ce maillot, tu dois comprendre que tu représentes quelque chose de bien plus grand qu’un simple lieu. C’est ça, Perpignan.

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« Quand tu enfiles ce maillot, tu dois comprendre que tu représentes quelque chose de bien plus grand qu’un simple lieu. C’est ça, Perpignan. »

« L’USAP, c’est comme une religion pour les Catalans français ; il faut l’honorer. Tout le monde connaît le club, suit les résultats, vit à son rythme. C’est une institution du rugby français, un club historique qui a longtemps porté cette région au plus haut niveau. »

Hugo Bové, journaliste à L’Indépendant, l’a bien compris à force de côtoyer les supporters, les joueurs et le staff du club. « Toute la semaine, les gens attendent le match du week-end. C’est le sujet de conversation numéro un en ville. L’USAP est aussi le seul club de France capable de déplacer autant de supporters. La saison dernière, 800 fans ont parcouru 1 800 kilomètres aller-retour pour aller à Vannes. Deux ans plus tôt, ils étaient près de 5 000 à Montpellier, à 150 kilomètres de là… C’est une véritable culture. »

Des supporters et des fans accueillent les joueurs de l’USA?Perpignan avant le match de rugby du Top?14 entre l’USA?Perpignan et le?Castres?Olympique, au stade Aimé-Giral de Perpignan, dans le sud-ouest de la France, le 15?février?2025. (Photo?: Idriss?BIGOU-GILLES?/?AFP)?(©?Idriss?BIGOU-GILLES?/?AFP via?Getty?Images)

Même dans la douleur, personne ne tourne le dos au club. « Les supporters sont parfois déçus, bien sûr. Seize ans après le dernier Bouclier, c’est long. Ces générations ont naturellement du mal à voir l’USAP lutter chaque année contre la relégation. Comme je l’ai déjà dit, la passion reste intacte. C’est un club unique qui a tendance à marquer chaque nouvelle génération catalane. »

L’Estaca, souffle d’identité et cri de liberté

Parmi ses particularités, l’USAP n’hésite pas à afficher son héritage et son identité catalans, dont le meilleur exemple est L’Estaca, l’hymne officiel du club. Ses paroles dépeignent la quête de liberté du peuple catalan, asservi au joug métaphorique de l’Espagne franquiste. Avant chaque match à domicile, les supporters entonnent cet hymne avec une ferveur incroyable, comme pour lancer un défi à l’adversaire.

« L’Estaca n’est pas seulement un chant pour les supporters ; c’est aussi celui de l’équipe. Chaque fois que je l’entends, ça me galvanise. Il raconte l’histoire du pays catalan, notre amour de la vie. Il nous définit. À chaque fois, j’ai envie d’aller sur le terrain et de jouer », estime Tom Ecochard, qui l’a entendu une bonne centaine de fois.

Cette passion brute dépasse parfois la raison, mais pour Hugo Bové, elle est souvent mal comprise : « Écoutez Jamie Ritchie, le flanker écossais habitué à l’ambiance de Murrayfield, dire qu’il n’avait jamais connu pareille ferveur. Ici, tout est amplifié par dix. À mon sens, le diffuseur (Canal +) ne rend pas assez hommage aux supporters catalans. Certes, les résultats n’aident pas, mais en réalité, ces fans sont juste incroyables ! »

« Folie veut dire “crazy” en anglais, mais c’est la bonne folie, avec une passion et un amour indéfectibles pour les couleurs de la région et du club. Pour moi, c’est ça Perpignan, et c’est ainsi que j’ai joué toute ma vie. »

À Perpignan, porter le maillot ne peut être un simple passage. C’est un engagement total. Ecochard résume cette philosophie : « On peut définir ce que l’USAP représente : la fierté, le combat et la folie. Folie veut dire “crazy” en anglais, mais c’est la bonne folie, avec une passion et un amour indéfectibles pour les couleurs de la région et du club. Pour moi, c’est ça Perpignan, et c’est ainsi que j’ai joué toute ma vie. »

Cette alchimie entre folie et passion colore le Stade Aimé-Giral d’une intensité unique. Bové, qui, comme Ecochard, n’est ni né ni n’a grandi dans cette partie de la Catalogne, considère désormais la région et le club comme chez lui. « C’est un club qui donne envie de se donner à fond. Je ne suis pas Catalan, mais j’ai découvert cette culture petit à petit. L’un des moments les plus mémorables dont je me souvienne a été lorsque 5 000 supporters sont venus à Montpellier et que l’USAP a renversé la situation pour s’imposer 20-25. Le match d’accès de juin dernier a également été un bon moment, avec un suspense incroyable. L’USAP a réussi à s’imposer in extremis. »

Ecochard, lui, garde en mémoire une soirée particulière : « Il y a deux ans, on recevait Toulouse. J’étais capitaine. Les lumières se sont éteintes au moment où les supporters allumaient leurs téléphones et chantaient L’Estaca et Cantem més forts. C’était magique. Et on a gagné. »

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Le troisième?ligne écossais de Perpignan, Jamie?Ritchie (2e?à?g.), est plaqué lors du match de rugby du Top?14 entre l’USA?Perpignan et le?Stade?Toulousain, au stade?Aimé-Giral de?Perpignan, dans le sud-ouest de la?France, le?3?janvier?2026. (Photo?: Valentine?CHAPUIS?/?AFP?via?Getty?Images)

Autrefois poids-lourd du rugby français prétendant régulier au titre, l’USAP a connu une décennie compliquée. Le club a été relégué à deux reprises en ProD2 et occupe actuellement l’avant-dernière place du classement après deux victoires et seulement neuf points en 14 matchs. L’USAP est la seule équipe de rugby à XV de la ville. Les Dragons catalans, en rugby à XIII, sont une autre attraction majeure dans la discipline opposée. Pourtant, malgré une base de supporters importante et passionnée, le club a du mal à attirer les investissements.

« L’argent, c’est le nerf de la guerre. L’USAP a le plus petit budget du Top 14, hors promus. Difficile de rivaliser. Il n’y a pas ici de grands sponsors comme à Pau. Nous sommes dans une région modeste, et cela se ressent », analyse le journaliste de L’Indépendant.

Pas de quoi entamer le moral et l’enthousiasme de Tom Ecochard. « Pour moi, c’est la plus belle région de France, confie-t-il en regardant le Canigó. Je suis tombé amoureux d’ici : j’ai déménagé quand j’étais jeune, j’y ai rencontré ma femme, mes enfants y sont nés. Je suis né à Narbonne, mais je me sens aujourd’hui comme un membre à part entière de la région catalane française. Nulle part ailleurs tu ne trouves ce ciel bleu, ce vin, ces gens chaleureux. Je suis Catalan, maintenant et pour toujours. »

L’âme d’un peuple

Cette ferveur dépasse les frontières. La plupart de ceux qui enfilent le maillot sont liés à lui par le même sentiment contagieux d’appartenance. Si pour certains, se battre pour survivre saison après saison peut ressembler à un enfer dantesque, pour Hugo Bové, c’est l’essence même de l’identité de l’USAP.

Le demi de mêlée français de Perpignan, Tom?Ecochard (c), marque un essai lors du match de rugby du Top?14 entre l’USA?Perpignan et le Racing?92 au stade Aimé-Giral de Perpignan, dans le sud-ouest de la France, le 20?septembre?2025. (Photo?: Matthieu?RONDEL?/?AFP via Getty Images)

« Pour être aimé à Perpignan, il faut ressembler à l’équipe : avoir du cran, ne jamais abandonner et se battre jusqu’au bout. Les supporters adorent les joueurs de caractère, comme Jamie Ritchie. Il y en a eu tellement ! De Jean-François Imbernon à Bernard Goutta ou Nicolas Mas, nombreux sont ceux qui ont incarné l’âme et l’esprit du club », affirme le chroniqueur de l’USAP.

Il est facile de comprendre ce lieu où l’équipe sportive et les gens ne font plus qu’un. La Catalogne française a mené de nombreuses batailles pour préserver son identité, tout en accueillant à bras ouverts les nouveaux arrivants du monde entier. Peu importe que vous soyez né à Lisbonne, Paris, Le Caire, Auckland, Perth, Glasgow ou Pékin… Perpignan vous adoptera comme l’un des siens, vous habillera aux couleurs de l’USAP et vous apprendra à chanter L’Estaca comme s’il s’agissait de vos premiers mots.

Sans surprise, c’est Ecochard qui le dit le mieux : « Tu sais que tu es à Perpignan quand tu vois le ciel bleu, un verre de vin sur la table, le Canigó en toile de fond et les couleurs de l’USAP flottant dans le vent. »

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