Face à Pau, le RC Vannes a signé une première historique pour un promu
En ne s’inclinant que de trois points face à la Section paloise (43-40), le RC Vannes a réalisé samedi 3 octobre quelque chose de très rare : un promu qui marque son premier point seulement lors de la 5e journée de Top 14.
Dans toute l’histoire du championnat, c’est la première fois que ça arrive. Le record de zéro point marqué pour un promu reste détenu par Mont-de-Marsan lors de la saison 2012-2013 qui a dû attendre la 8e journée (pas à la 5e) pour inscrire ses premiers points – grâce à un bonus défensif contre le Stade Français (28-30).
Lors de sa première saison (2024-2025), Vannes avait ouvert son compteur dès la deuxième journée après une défaite 34-31 à Jean-Bouin face au Stade Français le 14 septembre 2024. Cette défaite de trois points lui avait valu le bonus défensif, soit son premier point de la saison ; sa première victoire est arrivée à la J3, contre Lyon (30-20).
Quant à l’US Montauban la saison passée, c’est un match nul 22-22 contre Montpellier le 27 septembre 2025 qui lui avait rapporté ses deux premiers points, lors de la quatrième journée.
Une première période à oublier pour les Bretons
Et pourtant, vu l’entame de la rencontre, la première période, ce premier point n’était pas garanti. Vannes avait pourtant débuté en supériorité numérique après le carton jaune contre le pilier Lekso Kaulashvili (3e). Mais des essais d’Aaron Grandidier (10e) et Thibault Daubagna (13e) ont rapidement affirmé la domination des Palois qui n’ont pas baissé le pied en dépit de l’essai en coin du RCV par Ben Stevenson (7-14, 16e). Grandidier sur le renvoi (17e) et Théo Attissogbe (24e) ont prolongé le festival de la Section (7-26).
Emblématique de cette première période, le cinquième essai palois est venu sur un ballon perdu par Steeve Blanc-Mappaz à deux mètres de la ligne adverses. Sur le contre emmené par Attissogbe et Daubagna, bien aidés par une série de plaquages ratés, Desperes a marqué entre les poteaux (7-33, 34e), avant que le demi-d’ouverture ne s’offre un double cinq minutes plus tard sur un petit ballon en l’air pour lui-même (7-40, 39e), dans une défense à la dérive. Même l’essai à l’orgueil de Stevenson sur le dernier ballon de la première période ressemblait à un baroud d’honneur probablement vain (14-40, 40e+1).
Pas d’explication, pas d’excuse
« On a fait une semaine de qualité, dans de bonnes conditions météo. C’était plutôt juste. L’infirmerie ne déborde pas. Donc il n’y a rien qui peut expliquer qu’on perde vraiment le fil sur la première mi-temps », tentait de comprendre Jean-Noël Spitzer, l’entraîneur du RC Vannes.
« On est absents sur des éléments de notre plan de jeu, notamment sur le jeu au pied, de ne pas laisser de ballons faciles, de se battre sur les seconds ballons, de presser très vite sur les turnovers… Et en fait, on les a laissés respirer. On sait très bien qu’avec le talent individuel qu’il y a dans l’équipe de Pau, il fallait surtout pas rentrer dans ces situations-là. Et pour autant, on les a laissés. Donc ça, j’ai du mal à l’expliquer. »
Mais au retour des vestiaires, la furia vannetaise a fait vaciller la tranquille assurance paloise avec trois essais en l’espace de dix minutes, par Michael Ruru (44e), Joe Edwards (48e) puis Gorrissen (53e). « On a montré un autre visage à partir de la fin de la première mi-temps », faisait remarquer Spitzer, évoquant un équilibre à trouver « entre nos deux visages ».
Trouver un équilibre « entre nos deux visages »
« Ça peut pas être aussi déséquilibré. On a été à la fois une équipe beaucoup trop faible sur un match de Top 14, dans la dimension physique, dans la dimension tactique, vision du jeu, parce que les transitions, c’est beaucoup ça, d’anticipation plutôt. Et puis, d’un côté, on est devenus une équipe dominante, qui enclenche, qui est connectée, qui avance, qui est dans le momentum en permanence, à tel point qu’il n’y avait plus qu’une équipe sur le terrain. »
Son homologue béarnais, Sébastien Piqueronies, y voit lui une euphorie qui a fait basculer le match d’un côté, puis de l’autre. « C’est impressionnant, c’est le rugby de très haut niveau », soulignait-il, rassuré d’avoir décroché une deuxième victoire d’affilée après La Rochelle (39-17) le week-end précédent.
« Quand il y a énormément de pression, tu t’aperçois que, sous pression, l’être humain, des fois, les contagions émotionnelles entre êtres humains sont parfois excessivement positives, voire euphorisantes, et parfois excessivement négatives, voire dramatiquement inhibantes (je sais pas si on peut dire comme ça). Mais tu as vu effectivement que chaque équipe, quand elle a eu son momentum, son moment d’euphorie, je pense notamment à la deuxième mi-temps, avec le public derrière eux, tu t’aperçois que ça transcende les hommes et que les hommes sont paradoxalement bien meilleurs dans ces moments-là. »
« On n’a pas eu ce petit coup de chance »
Après une pénalité de Desperes, auteur de 23 points, Vannes a bien cru à l’improbable exploit dans un Stade de la Rabine déchaîné, après un dernier essai de Paul Surano à 5 minutes de la sirène (40-43, 75e). Mais le ballon de la gagne a été gâché sur une touche perdue.
« Ça fait 20 ans que j’entraîne ici », rappelait Jean-Noël Spitzer. « C’est ce que je leur ai dit : je n’ai jamais vu une de mes équipes ici ne pas remonter la pente. Des périodes difficiles, j’en ai connu des tonnes, des équipes plus fortes. On est un peu absents, mais mon équipe est toujours revenue dans les matchs. Une fois encore, elle est revenue, avec du talent aussi, parce qu’on a fait des choses de grande qualité. L’essai de Joe Edwards, par exemple, c’est vraiment un excellent mouvement. Donc il y a des choses positives, mais il manque un peu cette fulgurance. Parfois, il y en a une petite, mais il manque cette fulgurance qui peut faire vraiment basculer le match définitivement. On n’a pas eu ce petit coup de chance aussi. »
Une remontée au courage
Une remontée donc au courage qui faisait dire au trois-quarts centre Robin Taccola : « en deuxième mi-temps, on se dit qu’on n’a plus rien à perdre (…). Maintenant, il faut arriver à retrouver ce qu’on arrive à faire en deuxième mi-temps, mais arriver à le faire peut-être plus longtemps dans le match. Si on avait tous la réponse sur le terrain, je pense qu’on serait meilleurs. Mais on essaie de trouver tous ensemble les solutions, on travaille ensemble. Il faut garder cette deuxième mi-temps, qui est plutôt très positive. En deuxième mi-temps, on était vraiment connectés ensemble. On était à fond, tout simplement, et on se donnait à 100%. On réfléchissait pas trop à ce qui pouvait se passer derrière. On se posait pas de questions. On y allait à fond. »
Pour le troisième ligne Joe Edwards, qui a marqué son premier essai dans l’élite, l’exploit n’est pas passé loin non plus. « On s’est dit qu’il y avait deux possibilités en deuxième mi-temps », détaillait-il. « Soit on ressort en encaissant 30 points et on est humiliés à la maison, soit on montre qu’en championnat, en venant chez nous, ça va pas être facile. Vous allez envoyer tout ce que vous voulez, mais nous, on sera présents au rendez-vous. Et je pense qu’on a montré ça en deuxième mi-temps. On est faits de ça. Pour nous, tout match est un grand match. Maintenant, il faut faire un grand match pour une victoire. »
Le hold up a failli avoir lieu
Au final, Pau a empoché un quatrième succès en cinq journées de Top 14 – occupant provisoirement la place de leader avant de la céder à Toulouse dans la soirée – chez des Bretons, derniers du championnat, qui ont compté jusqu’à 33 points de retard avant d’arracher leur premier point de la saison.
Revenus à trois points, les Vannetais ont eu cinq minutes pour réussir le hold-up, mais une touche perdue après la sirène a mis fin à leurs espoirs. Ils se contentent du point de bonus défensif qui lance enfin leur saison sur le plan comptable, avant un déplacement samedi prochain à Perpignan déjà crucial pour le maintien.
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