Pourquoi la Major League Rugby doit se relancer en 2024

Par Willy Billiard
Connor Buckley #9, Brad Tucker #6, and Hamish Dalzell #5 of Rugby New York look on after being defeated by Old Glory DC at Memorial Field on June 25, 2023 in Mount Vernon, New York. (Photo by Dustin Satloff/Getty Images for Rugby New York)

Cette saison 2024 sera importante pour relancer le rugby à XV aux Etats-Unis. La Major League Rugby (ou Ligue Majeure de Rugby, en bon québécois) est le championnat annuel de rugby à XV entre franchises professionnelles des États-Unis. Cette année, il débutera le 2 mars pour se terminer le 30 juin.

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On comptait sept équipes au commencement en 2018, puis leur nombre est monté à 12 en 2021, 3 en 2022 avant de redescendre à 11 pour la saison 2024.

Pour la septième édition, la saison régulière de la MLR comprendra 18 semaines de compétition pour ses 11 équipes, avec deux semaines de repos pour chaque. Plutôt que d’être divisée en deux conférences comme les années précédentes, la ligue concourra dans un seul tableau et affrontera six adversaires deux fois dans la saison et quatre adversaires une fois. Les huit meilleures équipes se qualifieront pour les Championship Series.

Deux forfaits, faute d’argent

Les forfaits des Flèches de Toronto (les Toronto Arrows) le 27 novembre 2023 puis des Ironworkers de New York une semaine plus tard ont lancé un voile d’inquiétude sur l’avenir de ce championnat qui pourtant est essentiel à la survie du rugby en Amérique du Nord.

Alors que les Toronto Arrows n’ont pas survécu au décès de leur propriétaire majoritaire quelques mois auparavant, Nic Benson, le directeur général de la Major League Rugby (MLR), se voulait rassurant en déclarant : « Bien que cette nouvelle soit malheureuse et que nous soyons désolés pour toutes les personnes associées à l’organisation des Arrows, la santé du MLR reste solide et nous sommes impatients d’explorer les options pour ramener une équipe au Canada à l’avenir ».

Pourtant, quelques jours plus tard, New-York jetait l’éponge à son tour. Son propriétaire, le fonds d’investissement Bolton Equities, n’était pas prêt à financer une nouvelle saison alors que l’équipe avait été couronnée championne en 2022.

Benson avait alors ressorti le même discours que la semaine précédente : « Bien qu’il s’agisse d’une mauvaise nouvelle, la Major League Rugby reste forte, et les propriétaires au sein du championnat sont déterminés à réussir à l’horizon 2024 et au-delà.

« Au cours des six derniers mois, nous avons accueilli une équipe élargie à Miami (les Miami Sharks, ndlr), relocalisé une équipe à Los Angeles (le Rugby FC Los Angeles, ndlr) et signé de nouveaux accords avec des organisations de rugby du monde entier pour étendre la couverture sur notre plateforme OTT, The Rugby Network. Nous avons amené plusieurs nouveaux partenaires autour de la table dans notre volonté de développer le rugby en Amérique du Nord.

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« Nous restons également confiants dans la voie que le championnat et ses propriétaires ont tracée, ouvrant la voie au succès de ce sport avant que l’Amérique du Nord n’accueille la Coupe du Monde de Rugby en 2031. Nous restons engagés dans la croissance et nous attendons avec impatience une saison 2024 palpitante. »

A qui appartiennent les franchises

En tout, cinq clubs ont abandonné en cours de route au cours des six premières éditions. Ceux qui sont toujours en compétition bénéficient de fonds parfois limités où le rendement doit être au rendez-vous sous peine de couper le robinet.

Par exemple, les Dallas Jackalls appartiennent à un fond d’investissement. Les Houston SaberCats appartiennent à un consortium dirigé par le propriétaire majoritaire Miguel « Mike » Loya, ancien joueur de rugby texan qui a fait fortune dans le pétrole.

Errik Anderson, lui aussi un ancien joueur, formé chez Lehman Brothers avant de s’épanouir dans les biotechnologies, est le principal propriétaire des New England Free Jacks par l’intermédiaire de sa société de capital-risque.

Tim Falcon, passionné de rugby et propriétaire d’un cabinet d’avocats en Louisiane, détient la franchise New Orleans Gold (NOLA Gold) dont l’ASM Clermont-Auvergne possède quelques parts depuis 2020.

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Old Glory DC a été créé par deux hommes d’affaires de Washington, un concessionnaire auto – Paul Sheehy, ancien international américain aux 4 sélections (1991-1992) – et un promoteur immobilier (Chris Dunlavey), et fonctionne avec une participation minoritaire de Scottish Rugby.

Le Rugby Football Club Los Angeles est d’abord né à Atlanta sous l’appellation Rugby ATL grâce à la famille Calloway – spécialisée dans l’immobilier et les titres de propriété et qui a créé son propre cabinet d’avocats – avant d’être revendu à Pete Sickle, également fondateur du Tel Aviv Heat (première équipe professionnelle de rugby en Israël qui évolue dans le Rugby Europe Super Cup) pour être relocalisé à Los Angeles.

C’est grâce aux fonds de Ryan Patterson, promoteur immobilier (familial, commercial et de bureau) en Californie, que le San Diego Legion a été fondé, puis développé grâce à l’apport d’une société d’investissement dans le domaine du sport basée au Royaume-Uni qui compte parmi ses membres l’ancien Springbok Bob Skinstad. Cette franchise a marqué les esprits en fin d’année 2023 en sortant de sa retraite l’ancien demi d’ouverture star des Wallabies Matt Giteau à 41 ans, quatre ans après avoir signé le Néo-Zélandais Ma’a Nonu.

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Comme pour les Chicago Hounds fondés par Peter Bernick, dirigeant d’une société d’investissement de Chicago, et portés par de petits investisseurs, les Seattle Seawolves ont dès 2017 été portés par un groupe d’une vingtaine d’investisseurs et d’entrepreneurs de Seattle – le principal, Adrian Balfour, a créé une société de conseil en gestion – rejoints l’année suivante par les clubs néo-zélandais de Canterbury et des Crusaders.

Enfin, les Utah Warriors ont été créés à l’initiative de Kimball Kjar, ancien international des USA Eagles (21 sélections) – qui avait Agustin Pichot en vis-à-vis pour sa première cape – qui a racheté une agence de recrutement dans le domaine de la haute technologie, puis a fondé une société de conseil ciblant les services financiers, les entreprises technologiques et les soins de santé.

Une autre équipe, la Nuevo León venue du Mexique, est d’ores et déjà annoncée pour 2025.

L’influence du rugby sud-américain

Reste que la santé financière du championnat nord-américain semble fragile, les matchs n’accueillant jamais plus de 11 000 spectateurs et leur diffusion restant confidentielle. Si le Canada n’y est plus représenté, le MRL semble bénéficier de la bonne dynamique du rugby sud-américain.

Ainsi, la nouvelle équipe des Miami Sharks appartient aux hommes d’affaires argentins Ronaldo « Kony » Strazzolini, Alejandro Macfarlane et au millionnaire Marcos Galperin. L’ancien dirigeant des Toronto Arrows Mark Winokur en est le directeur général, Mariano Marco en est le directeur de l’exploitation et l’ancien manager des Pumitas (Argentine U20) José Pellicena, ancien adjoint de Mario Ledesma avec les Pumas, est l’entraîneur principal. Juan Martín Hernández est également l’un des ambassadeurs de la franchise.

Plusieurs internationaux qui ont participé à la Coupe du Monde de Rugby, figurent dans l’effectif : le demi de mêlée argentin Tomás Cubelli, le pilier urugayen Reinaldo Piussi ancien d’Oyonnax Rugby, le troisième-ligne uruguayen Manuel Ardao, le demi d’ouverture uruguayen Felipe Etcheverry, le centre uruguayen Tomás Inciarte ou encore l’ailier chilien Santiago Videla.

D’autres joueurs d’Uruguay, du Chili, du Paraguay et d’Argentine évoluent également dans d’autres clubs américains. Aujourd’hui, l’apport de joueurs étrangers par équipe est limité à 10 par équipe, alors qu’il était limité à trois au début.

Ces joueurs américains et canadiens qui jouent en France

Si bon nombre de joueurs américains et canadiens évoluent dans la Major League Rugby, un certain nombre ont préféré traverser l’Atlantique pour jouer en France.

C’est le cas des Canadiens Matt Tierney (pilier, Castres), Matt Beukeboom (deuxième ou troisième-ligne, Angoulême), Tyler Duguid (deuxième-ligne, Montpellier), Evan Olmstead (deuxième ou troisième-ligne, Agen) et Tyler Ardron (deuxième ou troisième-ligne, Castres).

Quelques joueurs américains ont fait le même choix : David Ainuu (pilier, Toulouse), Mike Sosene-Feagai (talonneur, Agen), Nafi Maafu (deuxième-ligne, Biarritz), Titi Lamositele (pilier, Montpellier), Mikaea Wynyard (deuxième-ligne, La Rochelle) et Waisea Bainibure (ailier, Angoulême).

Avec un championnat au nombre fluctuant d’équipes, avec trop peu de stars et d’exposition, la Major League Rugby peine à trouver sa place sur la planète rugby. Lors de la Coupe du Monde de Rugby 2023, aucune nation d’Amérique du Nord n’était représentée, pour la première fois en dix éditions.

Les USA accueilleront la 12e édition en 2031. Il reste donc sept ans pour bâtir un empire du rugby sur le grand continent.

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T
Turlough 1 hours ago
Jean de Villiers' three word response to 'best in the world' debate

This ‘raging’ debate is only happenning in media circles and has never been a topic in Ireland (although SA media are interested). It makes the media companies money I guess. SA are RWC champions and #1 ranked team although Ireland are back within a point there. The facts point to SA. For a lot of 2021 France beat ALL their rivals and Ireland similar in 2022-2023. It is not wrong to say that on such form either can be deemed to be the current best team if they have beaten all their rivals and ranked #1. The ‘have to have won a world cup’ stipulation is nonsense. The world cup draw and scheduling has been tailored to the traditional big teams since the start. The scheduling also which sees the big teams sheltered from playing a hard pool match the week before has also been a constant. It is extraordinary that for example France have made so many finals. Ireland who were realistically only contenders in 2023 were in a Pool with two other top 5 teams and had to play one of them 7 days before a quarter final against France or New Zealand. Always going to be a coin toss. Scotland’s situation was worse. New Zealand had great chances in 1995, 1999, 2007 but they could not win a tight RWC match. The first tight match they ever won was versus France in the 2011 final, literally they lost every other tight match before that. Some of those NZ teams around that era were #1 surely?

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