Les Bleuets champions du monde : "si ça peut inspirer les grands..."

Par Kim Ekin
LE CAP, AFRIQUE DU SUD - 14 JUILLET : L'équipe de France des moins de 20 ans célèbre sa victoire après la finale du Championnat U20 World Rugby 2023 entre l'Irlande et la France, le 14 juillet 2023 au Cap, en Afrique du Sud. (Photo by World Rugby/World Rugby via Getty Images)

Après avoir manqué de peu le titre au Tournoi des Six Nations U20 cette année face à l’Irlande, le rugby français attendait avec impatience de voir si la génération actuelle de jeunes pouvait égaler les générations de 2018 et 2019 et devenir elle aussi championne du monde chez les moins de 20 ans.

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Alors que les 2003 et 2004 s’apprêtaient à suivre les traces de Romain Ntamack et Louis Carbonel, ces gloires passées auraient pu peser lourd sur les épaules des joueurs de Sébastien Calvet, mais ces minots ont largement relevé le défi et ont même surpassé leurs prédécesseurs grâce à un rugby de contre-attaque époustouflant.

La France a été tellement impressionnante et clinique qu’elle a marqué plus d’essais dans le tournoi 2023 (36) qu’en 2018 et 2019 combinés et n’a manqué que cinq essais pour battre le record historique de 41 de la Nouvelle-Zélande, établi en 2017.

Et en battant l’Irlande 50-14 en finale, les Bleuets ont porté leur total de points à 255 – un autre nouveau record pour une équipe, 202 en 2009 étant le précédent record pour une seule édition du Championnat des moins de 20 ans. C’était une belle façon pour eux d’oublier leur défaite 33-31 contre l’Irlande en février.

Pour le sélectionneur Sébastien Calvet, les quatre mois qui se sont écoulés depuis le Tournoi des Six Nations U20 ont été consacrés à la réduction de l’effectif à 30 joueurs, ce qui n’était pas une mince affaire compte tenu de la richesse des ressources à sa disposition.

« Nous avons construit une équipe, ce n’était pas facile. On a fait le Six Nations avec beaucoup de joueurs. Et parce que les meilleurs jouaient pour leur club professionnel, on a essayé 47 joueurs durant le Six nations et seulement 30 pour le Championnat U20 », raconte-t-il.

« Le choix était difficile car nous avons beaucoup de bons joueurs en France. Et après, avec ces 30 joueurs, nous avons bien travaillé petit à petit jusqu’à gagner cette Coupe du Monde. Nos joueurs sont fantastiques et je suis très heureux d’eux. »

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LE POINT DE BASCULE

La France a inscrit 11 essais pour démarrer sa campagne en beauté avec une victoire 75-12 sur le Japon, qui lui a permis de passer tout près de son meilleur résultat et de la plus grande victoire de l’histoire du Championnat U20 (78-12 contre l’Italie en 2018).

Nicolas Depoortère et Marko Gazzotti ont inscrit deux essais chacun, tandis que Hugo Reus, Noa Zinzen, Esteban Capilla, Mathis Ferté, Léo Carbonneau, Brent Liufau et Andy Timo ont marqué les autres. Reus a également réalisé une performance parfaite au pied, ce qu’il a répété en devenant le meilleur buteur du tournoi, avec six coups de pied sur six.

Alors que la victoire du Japon était basée sur une conquête clinique, les Bleuets ont montré qu’ils connaissaient plus d’une façon de gagner un match en battant la Nouvelle-Zélande 35-14. Absent lors de la première rencontre, le deuxième-ligne Posolo Tuilagi (149 kg) a fait forte impression en inscrivant deux essais au cours d’une énorme performance des avants.

« Le vrai tournant pour moi, c’est l’énorme victoire qu’ils sont allés chercher contre les Blacks. Parce que contrairement à ce qu’on peut penser, au vu effectivement du score, c’était un match très difficile où les joueurs là aussi ont réalisé une grosse performance. Et ce qui a permis de faire la rotation sur ce match du Pays de Galles où l’ensemble du groupe et les autres joueurs ont très bien répondu pour une bonne victoire », poursuit Seb Calvet.

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« On a pu enchaîner après avec les titulaires face à l’Angleterre qui ont vraiment fait un gros match. Derrière, on a pu être plus frais que nos adversaires. Je crois que les joueurs le ressentaient et ils ne voulaient pas passer à côté, au moins sur l’énergie. Donc, on a eu une feuille de route qui s’est plutôt bien déroulée et on sait très bien que dans ces marathons-là, un grain de sable peut enrayer toute la mécanique. »

Même le carton rouge de Barnabé Massa à la 14e minute, un jaune requalifié par le bunker TMO, n’a pas freiné l’équipe de France dans son match décisif de la poule A contre le Pays de Galles. A un moment donné, la France a même été réduite à 13 hommes lorsque Brent Liufau a été expulsé, mais elle s’est quand même imposée, 43-19, grâce à un doublé de Depoortère et à des essais de Clément Mondinat, de Léo Carbonneau et de Lino Julien.

CREUSER EN PROFONDEUR

La France a de nouveau fait preuve de résilience lorsqu’elle s’est remise d’une entame de match catastrophique contre l’Angleterre, remontant un retard de 17 à 0 pour s’imposer 52 à 31. C’était la première fois que la France passait la barre des 50 points contre l’Angleterre dans un match international U20.

La discipline des Français a été la seule chose qui les a déçus dans la course à la demi-finale mais, contre l’Angleterre, ils ont réussi à garder leurs 15 joueurs sur le terrain tout en punissant impitoyablement leurs adversaires lorsque Finn Carnduff a été expulsé à la 47e minute. Le capitaine Lenni Nouchi et Gazzotti, encore lui, ont marqué des essais rapides qui ont permis aux Bleuets de prendre une avance qu’ils n’ont jamais perdue.

« On a réussi à se discipliner sur les matchs les plus importants. Après, ils étaient tous importants. Mais voilà, on a su rectifier le tir sur les phases finales », reconnaît le capitaine Lenni Nouchi.

« Et ça nous porte chance. On voit que l’Angleterre, après le carton jaune en début de seconde période on marque trois essais. Et là, c’est la même. On profite des erreurs des autres et du coup, ça nous met la marche en avant et on a su en profiter. Donc on est très heureux sur ça. »

Avec Nouchi et Gazzotti qui évoluent au niveau international et Oscar Jegou qui sévit également dans la troisième-ligne, les Bleuets pouvaient même se permettre de laisser le tout aussi remarquable Andy Timo sur le banc ou carrément en dehors des 23 le jour de la finale, tant leur force de frappe était importante.

L’énorme gabarit de Posolo Tuilagi a contribué à rendre le groupé pénétrant français presque inarrêtable et les Français ont également été excellents sur les phases statiques, avec une mêlée et une touche efficaces à plus de 90%.

Avec une base aussi solide à l’avant, le demi de mêlée Baptiste Jauneau s’est amusé comme un fou et a pu donner le tempo du match. Toujours menaçant, Jauneau a imposé la vigilance aux défenses grâce à ses courses de précision et a fait preuve d’une grande intelligence et d’un grand talent athlétique pour relier les joueurs entre eux où qu’ils se trouvent sur le terrain.

C’est à ce moment-là que les Bleuets ont vraiment pris leur envol, comme en témoignent les 10 dernières minutes à couper le souffle de la finale, qui ont permis aux Bleuets de terminer en un feu d’artifice ce 14 juillet. L’Irlande était encore dans le match à la mi-temps, n’étant menée que 17-14 et ayant pris le score par deux fois, mais la France a su passer à la vitesse supérieure en inscrivant 33 points sans réponse après la pause, dont 21 lors de cette fin de match en apothéose.

« Sur une finale comme ça, l’énergie est là parce qu’il y a toute l’équipe et il faut tout donner, lâcher nos tripes pour la team. Toute l’équipe a fait pareil que moi et c’est pour ça qu’on a gagné », commente Marko Gazzotti, qui a été désigné joueur du tournoi peu après le coup de sifflet final.

« J’ai tout donné ce soir. Tout le monde a tout donné ce soir et c’est pour ça qu’on en est là aujourd’hui. C’est ce qui me fait kiffer de jouer avec cette équipe, c’est que personne ne lâche rien et on va toujours jusqu’au bout. Sur le dernier match, sur la demi-finale, quand on perd 17-0, on s’est fait un peu peur, mais on est resté soudés et ça a été le moment très difficile. Mais on est revenu et finalement derrière, on gagne de 40 points. Je pense que cette équipe a un état d’esprit qui est énorme et c’est pour ça qu’on arrive à gagner avec de tels scores. »

UNE ANNÉE PARFAITE ?

Le triomphe des Bleuets au Cap est un autre point positif pour le rugby français, à un moment où ce sport est déjà en plein essor dans le pays, à tous les niveaux.

« Nous sommes très fiers car il y a une belle dynamique, de la part des amateurs de rugby en France, de la fédération, de la grande équipe, de Fabien Galthié et de son staff, des anciens U20 champions du monde », poursuit Sébastien Calvet.

« Mais au-dessus de tout, c’est surtout l’esprit qu’ils ont eu tout au long de la compétition : l’humilité, le respect de l’adversaire, la combativité, de jouer les uns pour les autres. Nous sommes très heureux de ça. Nous savons que beaucoup en France sont fiers de nous et nous en sommes très fiers aussi. »

Même si la Coupe du Monde de Rugby 2023 arrive un peu trop tôt dans la carrière de ces champions du monde, certains joueurs comme Gazzotti, le numéro huit, sont destinés à jouer rapidement sur la plus grande scène du rugby. En attendant, il espère voir la France devenir double championne du monde.

« Je pense qu’on a réalisé notre histoire. On s’était dit dès le départ que c’était la nôtre et qu’on allait aller jusqu’au bout. On l’a fait. Après, si après ça peut inspirer les grands et qu’ils gagnent aussi leur Coupe du Monde à eux, ce serait parfait pour le rugby français », sourit-il.

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J
Jon 12 minutes ago
Ireland and South Africa share the same player development dilemma

I think the main problem here is the structure of both countries make up. They are going to have very similar.. obstacles(not problems). It will just be part of the evolution of their rugby and they’ll need to find a way to make this versatility more advantageous than specialization. I think South Africa are well on the way to that end already, but Ireland are more likely to have a hierarchical approach and move players around the provinces. Sopoaga is going to be more than good enough to look up one of those available positions for more than a few years I believe though. Morgan would definitely be a more long term outlook. Sacha to me has the natural footwork of a second five. Not everything is about winning, if a team has 3 players that want to play 10s just give them all a good go even if its to the detriment of everyone, this is also about dreams of the players, not just the fans. This is exactly how it would be in an amateur club setting. Ultimately some players just aren’t suited to any one position. The example was of a guy that had size and speed, enough pace to burn, power to drive, and speed to kick and pass long, but just not much else when it came to actual rugby (that matched it). New Zealand has it’s own example with Jordie Barrett and probably shows what Reece Hodge could have been if the game in Australia had any administration. Despite the bigger abundance of talent in NZ, Jordie was provided with consistent time as a fullback, before being ushered in as a second five. Possibly this was due to his blood, and another might not have been as fortunate, but it is what it was, a complete contrast to how Hodge was used in Australia, were he could have had any position he wanted. When it comes down to it though, much like these young fellas, it will be about what they want, and I think you’ll find they’ll be like Hodge and just want to be as valuable to the team as they can and play wherever. It’s not like 63 International Cap is a hard thing to live with as a result of that decision!

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f
finn 8 hours ago
Ireland and South Africa share the same player development dilemma

What a difference 9 months makes! Last autumn everyone was talking about how important versatile bench players were to SA’s WC win, now we’re back to only wanting specialists? The timing of this turn is pretty odd when you consider that some of the best players on the pitch in the SA/Ireland match were Osbourne (a centre playing out of position at 15), Feinberg-Mngomezulu (a fly-half/centre playing out of position at 15), and Frawley (a utility back). Having specialists across the backline is great, but its not always necessary. Personally I think Frawley is unlikely to displace Crowley as first choice 10, but his ability to play 12 and 15 means he’s pretty much guaranteed to hold down a spot on the bench, and should get a decent amount of minutes either at the end of games or starting when there are injuries. I think Willemse is in a similar boat. Feinberg-Mngomezulu possibly could become a regular starter at 10 for the Springboks, but he might not, given he’d have to displace Libbok and Pollard. I think its best not to put all your eggs in one basket - Osbourne played so well at the weekend that he will hopefully be trusted with the 15 shirt for the autumn at least, but if things hadn’t gone well for him he could have bided his time until an opportunity opened up at centre. Similarly Feinberg-Mngomezulu is likely to get a few opportunities at 15 in the coming months due to le Roux’s age and Willemse’s injury, but given SA don’t have a single centre aged under 30 its likely that opportunities could also open up at 12 if he keeps playing there for Stormers. None of this will discount him from being given gametime at 10 - in the last RWC cycle Rassie gave a start at 10 to Frans Steyn, and even gave de Klerk minutes there off the bench - but it will give him far more opportunities for first team rugby.

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