VIDEO - Comment les Bleues ont géré la crise face à l'Australie : « C’est du jamais vu ! »
Un cœur énorme, mais trop d’erreurs techniques : réduit à 11 pendant dix minutes, le XV de France féminin a sauvé les meubles contre les Wallaroos australiennes samedi (29-26). Mais « l’ADN » de l’équipe doit encore évoluer, insiste le sélectionneur François Ratier, pour concurrencer les cadors anglaises, néo-zélandaises ou canadiennes.
« C’était du chaos, mais du chaos de très haut niveau, en particulier quand on a été 11 contre 15, je n’avais jamais vu ça », a témoigné Ratier après la rencontre. « On a toujours des scénarios en poche, où on se retrouve à 12 parfois, mais à 11 jamais. On s’en serait bien passés. »
Quatre cartons, un problème d’exécution
Trois jaunes (Léa Champon, Léa Murie et Charlotte Escudero) et un rouge de 20 minutes (Ambre Mwayembe) pour plaquages hauts, plus un carton rouge en prime pour Cloé Correa, pour contact avec les yeux d’une adversaire dans un maul : les Bleues ont craqué samedi 19 septembre à Aix-en-Provence, lors de la deuxième journée des Women XV Global Series, regrettant « encore ces erreurs techniques sur les plaquages, sous la pression », selon Ratier, à l’origine de quatre des cinq cartons tricolores.
« On avait été très disciplinées la semaine dernière (contre les Black Ferns néo-zélandaises, défaite 14-28 à Lyon), mais on est retombées dans nos travers », a reconnu la capitaine Pauline Bourdon-Sansus. « Il y a pas mal de frustration qui ressort de ce match. C’est notre rôle de leader de ne pas laisser passer ça ! »
Excès d’engagement ? Lacunes techniques, pense plutôt le sélectionneur, arrivé à la tête des Bleues il y a un an, après la décevante quatrième place à la Coupe du Monde de Rugby 2025 en Angleterre. « Elles ne prenaient pas le temps de se baisser, mais encore une fois, c’est un problème d’exécution technique sous la pression. (…) Ce n’est pas la volonté de ne pas se baisser, c’est juste que dans la façon dont tu es construite, c’est ça que tu fais depuis longtemps, et qu’il faut changer », a analysé François Ratier après le match.
Les 30 premières minutes étaient à jeter
« Dans ce secteur-là, dans notre technique, dans notre précision, l’ADN de notre équipe se transforme », a-t-il insisté, sans vouloir copier la concurrence : « Je ne veux pas devenir des Anglo-Saxons, vraiment pas, mais dans notre soif de travailler ces secteurs-là, il faut qu’on se fasse violence un peu plus. Ce n’est pas dans notre nature, mais il faut s’entraîner, et s’entraîner ce n’est pas drôle ».
« Paradoxalement on est rentré à la mi-temps confiante (NDLR : 19-12 seulement pour les Australiennes), mais les 30 premières minutes de la première mi-temps étaient à jeter », a-t-il précisé. « Il y a plein de choses positives, sur le caractère, la solidarité, l’envie d’être ensemble. Mais on ne peut pas retomber dans ce genre de scénario trop souvent », a-t-il insisté, ajoutant que la victoire vient aussi du fait que les Bleues ont fini « mieux physiquement à la fin, c’est aussi simple que ça ». « À un moment, ce n’était pas loin d’une zone de guerre, même si là il n’y avait pas de morts bien sûr, avec plein de décisions à prendre très vite. Mais ce n’était pas panique à bord », a-t-il assuré.
Gestion de crise à 11 contre 15
« Les deux essais nous sauvent, clairement », pose la centre Gabrielle Vernier, évoquant les réalisations juste avant la pause qui ont permis aux Bleues de sortir de l’œil du cyclone sans pour autant renverser l’Australie. « On était enfoncées dans un trou noir », se souvient l’arrière Emilie Boulard. « C’est du jamais vu ! Pour défendre à 11, on a décidé de consolider le premier rideau, quitte à perdre du terrain, mais il y avait quand même beaucoup trop d’espace. C’était de la gestion de crise. »
Gabrielle Vernier décrit à L’Équipe un match éprouvant émotionnellement : « Il s’est passé tellement de choses dans ce match que ça été hyper dur à gérer, émotionnellement sur le terrain aussi. Ça a été non-stop, ça s’est enchaîné. Quand on s’adaptait à quelque chose, il fallait se réadapter après, donc c’était hyper difficile. » Elle souligne le rôle décisif des deux essais inscrits avant la mi-temps : « Je pense que les deux essais qu’on marque avant la mi-temps nous sauvent le match, clairement, parce que même avec une grosse volonté en deuxième mi-temps, on a fait des erreurs et elles ont remarqué. »
« On était à 11, on était un peu déboussolées »
Mais elle reste lucide sur le fond du problème : « Ce qui prédomine, c’est qu’on s’est gâché notre match toutes seules. On avait le potentiel de les écraser et on croit en nous. Mais on n’a rien vu de notre projet parce que tout ce qu’on avait préparé pour ce match, ce n’était pas envisageable de le faire à 11, à 12, à 13 et à 14.
« Parfois il y a des situations d’entraînement où on enlève des défenseurs. Là, c’était ça tout le match. J’avais l’impression qu’il y avait des trous partout mais on arrivait à s’en sortir avec beaucoup de solidarité. On perdait beaucoup de terrain mais on n’a rien lâché. Quand on s’est regardé dans les yeux et qu’on était à 11, on était un peu étourdies, déboussolées. Au fur et à mesure, on a reconstruit notre match, notre défense. On s’est pris des points à 11 mais ça n’a pas été la marée. »
« Je suis trop fière des filles, je ne savais pas qu’on avait ça en nous », apprécie de son côté la troisième-ligne Axelle Berthoumieu.
« Encore du chemin » vers 2029
« Il va falloir une grosse remise en question de tout le groupe », a confirmé Pauline Bourdon-Sansus (78 sélections) : « Il y a encore quelques petits détails qu’on ne peut pas laisser passer, on doit monter notre curseur, et c’est notre rôle avec les leaders de ne plus laisser passer pour pouvoir regagner ces grosses nations ».
« Mais ce n’est pas en équipe de France que tu devrais t’entraîner le plus. Nous on devrait maintenir, améliorer, mais sûrement pas enseigner », a lâché François Ratier, mettant en cause le retard des Françaises au niveau des bases du jeu par rapport aux nations du podium mondial.
Pas inquiet sur la durée
« Je le maintiens, nous sommes sur le temps long d’un chemin qui sera compliqué dans les deux premières parties du cycle » (vers la Coupe du Monde de Rugby 2029 en Australie), a conclu samedi le sélectionneur, coach des Canadiennes lors de leur finale de l’édition 2014 en France. « Il faudra en passer par là pour renverser des choses. Pour remettre les choses simples à leur place. Mais moi je ne suis pas inquiet sur la durée, même s’il y a encore du chemin », a-t-il rassuré.
Un défi majuscule se présente désormais aux Bleues avec, avant de partir pour trois matchs en Nouvelle-Zélande face aux Black Ferns en octobre, la réception des Canadiennes samedi 26 septembre à La Rochelle. Des Canadiennes qui, en allant décrocher le nul 26-26 à Exeter, viennent de priver les Red Roses anglaises, championnes du monde en titre, d’une 40e victoire d’affilée.
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