Tournée en Argentine ou Mondial U 20 ? Les Bleus vont devoir trancher

Par Jérémy Fahner
Les Bleuets ont gagné les trois dernières éditions de la Coupe du Monde U20 (Photo by World Rugby/World Rugby via Getty Images).

« Nous souhaitons relever l’effort immense consenti par l’UBB, Laurent Marti (son président) et Yannick Bru (son manager) pour la libération de Marko Gazzotti. »

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Ainsi parlait non pas Zarathoustra, mais Sébastien Calvet il y a à peine plus de trois mois. Le sélectionneur de l’équipe de France U20 soulignait à cette occasion la bonne volonté du club bordelais qui lâchait son 3e ligne pour le Tournoi des Six Nations U20 alors que son club ferraillait au même moment en Top 14.

Mais la satisfaction de Calvet n’avait pas duré. L’UBB, accablée par les blessures, avait fini par retenir Gazzotti et l’encadrement bleu ne s’y était pas opposé bien que légalement il en avait le droit.

Un coup dur pour la sélection, qui perdait son capitaine et celui qui avait été élu meilleur joueur de la Coupe du Monde 2023, révélateur des difficultés rencontrées par une sélection performante mais soumise au bon vouloir des clubs et avant tout au service des A.

LE CAP, AFRIQUE DU SUD, 14 JUILLET 2023 : Marko Gazzotti, ici avec son sélectionneur Sébastien Calvet, avait été élu meilleur joueur du Mondial U20 l’an passé (Photo by World Rugby/World Rugby via Getty Images).

Pourtant, triple championne du monde en titre de la catégorie (2018, 2019, 2023), l’équipe de France ne peut pas être taxée de dilettantisme quant à son engagement chez les U20.

Les Bleuets ont notamment marqué les esprits l’an dernier, en atomisant la concurrence tout au long de la compétition, achevée en apothéose par un succès 50-14 contre l’Irlande en finale.

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Toutefois, un 4e titre consécutif ne figure peut-être pas tout en haut de la liste des priorités dressée par la FFR pour l’année 2024.

Le Mondial U20 (du 2 juillet au 17 juillet en Afrique du Sud) et la tournée des « grands » Bleus en Argentine (6 – 13 juillet) se chevauchent, et certains joueurs légitimement attendus avec leur catégorie d’âge pourraient bien se voir attribuer un strapontin pour les A. Et tant pis pour le sentiment de « sacrifice » qu’on peut parfois ressentir au vu de ces équipes de jeunes, toujours tributaires de ce qui se passe au-dessus d’elles.

Ceci pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il n’a jamais été envisagé d’emmener l’équipe « premium » en Amérique du Sud. L’idée est plutôt de laisser du temps de repos aux joueurs très sollicités le reste de l’année, notamment ceux qui disputent les phases finales du Top 14.

Ensuite, depuis le début du mandat Galthié, ces tournées au bout du monde ont toujours servi à tester des joueurs qui n’auraient pas eu leur chance en bleu sans cela, et à dénicher quelques pépites.

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En 2023, Louis Bielle-Biarry et Emilien Gailleton avaient ainsi été « promus » avec les A pour préparer la Coupe du Monde en France, alors qu’ils figuraient parmi les têtes d’affiche chez les jeunes.

 

Emilien Gailleton, ici devant Thomas Ramos, avait été convoqué par Fabien Galthié dans une liste élargie de 42 joueurs, mais avait quitté le groupe France quand le sélectionneur avait resserré le groupe à 33 joueurs (Photo by GAIZKA IROZ/AFP via Getty Images).

Les deux potes ont connu au final des destins différents : LBB avait été retenu et s’était même fait une place de titulaire pendant le Mondial (notamment au détriment de Gabin Villière) tandis que Gailleton n’avait pas passé le cut de la liste de 42 joueurs réduite à 33. Il était retourné en club sans prendre part au sacre des Bleuets.

Un choix compris par Calvet et ses adjoints, bien qu’accueilli froidement de prime abord. « C’était effectivement notre réaction avec Philippe Boher (responsable de la conquête), parce qu’on pense d’abord à son projet », se remémorait Sébastien Calvet auprès d’ActuRugby en 2023.

« On était déçus de ne pas les avoir avec nous, en tant que compétiteurs, on veut aligner la meilleure équipe possible, et Louis et Émilien sont deux pièces maitresses des U20. Mais on s’est rapidement dit que c’était aussi au service du plus grand projet. Si l’équipe fanion a besoin d’eux, on ne se pose pas la question ! »

Avec le recul, on peut d’ailleurs légitimement s’interroger sur le sort de Gailleton l’an dernier. Désiré par deux équipes de France en même temps, il s’était finalement à ne rien jouer du tout, privé du Mondial de son âge pour avoir participé à la préparation à celui des grands sans être retenu dans la liste finale.

N’aurait-il pas été plus judicieux de lui faire vivre une épopée fantastique avec sa catégorie ? N’aurait-il pas été plus utile pour le joueur qu’il crée du vécu avec ceux qui auront les clés du camion bleu dans un futur proche ?

Cette année, le staff des U20 est également soumis à certaines incertitudes. Il y a le cas Patrick Tuifua, aperçu sur deux matchs lors du Tournoi des Six Nations, à l’avenir brillant mais à ce jour indeterminé. France ? Nouvelle-Zélande ? Le Néo-Calédonien n’a pas tranché, mais s’il devait jouer en Bleu cet été, ce serait plutôt en Argentine avec les A, de manière à le « verrouiller » vis-à-vis de la concurrence all black.

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« Comme Tuifua, ils sont cinq ou six jeunes qui pourraient également postuler pour la tournée en Argentine », avance Jean-Marc Lhermet, manager des équipes de France, dans le Midi Olympique du 13 mai. On peut imaginer que Posolo Tuilagi, Marko Gazzotti, Hugo Reus ou encore Mathis Castro-Ferreira entrent dans cette catégorie.

De quoi nourrir une réflexion commune impliquant Fabien Galthié et son staff, celui des U20, la direction technique nationale… Si chacun a des arguments à faire valoir, le dernier mot reviendra sans doute à l’équipe de France A, comme le laisse entendre Lhermet : « Est-ce qu’on les prend ou est-ce qu’on les laisse à disposition des U20? C’est la question qu’on se pose. La priorité devrait être donnée à la tournée en Argentine du XV de France ».

En Afrique du Sud, les Bleuets devront donc sans doute se débrouiller sans plusieurs de leurs meilleurs éléments. Quoi qu’il arrive, ils ne rendront pas leurs triples lauriers sans combattre.

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J
Jon 30 minutes ago
Ireland and South Africa share the same player development dilemma

I think the main problem here is the structure of both countries make up. They are going to have very similar.. obstacles(not problems). It will just be part of the evolution of their rugby and they’ll need to find a way to make this versatility more advantageous than specialization. I think South Africa are well on the way to that end already, but Ireland are more likely to have a hierarchical approach and move players around the provinces. Sopoaga is going to be more than good enough to look up one of those available positions for more than a few years I believe though. Morgan would definitely be a more long term outlook. Sacha to me has the natural footwork of a second five. Not everything is about winning, if a team has 3 players that want to play 10s just give them all a good go even if its to the detriment of everyone, this is also about dreams of the players, not just the fans. This is exactly how it would be in an amateur club setting. Ultimately some players just aren’t suited to any one position. The example was of a guy that had size and speed, enough pace to burn, power to drive, and speed to kick and pass long, but just not much else when it came to actual rugby (that matched it). New Zealand has it’s own example with Jordie Barrett and probably shows what Reece Hodge could have been if the game in Australia had any administration. Despite the bigger abundance of talent in NZ, Jordie was provided with consistent time as a fullback, before being ushered in as a second five. Possibly this was due to his blood, and another might not have been as fortunate, but it is what it was, a complete contrast to how Hodge was used in Australia, were he could have had any position he wanted. When it comes down to it though, much like these young fellas, it will be about what they want, and I think you’ll find they’ll be like Hodge and just want to be as valuable to the team as they can and play wherever. It’s not like 63 International Cap is a hard thing to live with as a result of that decision!

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f
finn 9 hours ago
Ireland and South Africa share the same player development dilemma

What a difference 9 months makes! Last autumn everyone was talking about how important versatile bench players were to SA’s WC win, now we’re back to only wanting specialists? The timing of this turn is pretty odd when you consider that some of the best players on the pitch in the SA/Ireland match were Osbourne (a centre playing out of position at 15), Feinberg-Mngomezulu (a fly-half/centre playing out of position at 15), and Frawley (a utility back). Having specialists across the backline is great, but its not always necessary. Personally I think Frawley is unlikely to displace Crowley as first choice 10, but his ability to play 12 and 15 means he’s pretty much guaranteed to hold down a spot on the bench, and should get a decent amount of minutes either at the end of games or starting when there are injuries. I think Willemse is in a similar boat. Feinberg-Mngomezulu possibly could become a regular starter at 10 for the Springboks, but he might not, given he’d have to displace Libbok and Pollard. I think its best not to put all your eggs in one basket - Osbourne played so well at the weekend that he will hopefully be trusted with the 15 shirt for the autumn at least, but if things hadn’t gone well for him he could have bided his time until an opportunity opened up at centre. Similarly Feinberg-Mngomezulu is likely to get a few opportunities at 15 in the coming months due to le Roux’s age and Willemse’s injury, but given SA don’t have a single centre aged under 30 its likely that opportunities could also open up at 12 if he keeps playing there for Stormers. None of this will discount him from being given gametime at 10 - in the last RWC cycle Rassie gave a start at 10 to Frans Steyn, and even gave de Klerk minutes there off the bench - but it will give him far more opportunities for first team rugby.

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