L'argent du rugby, enfin les règles du jeu dévoilées
La Ligue nationale de rugby a détaillé, pour la première fois de manière aussi précise, les mécanismes qui régissent la redistribution de ses revenus aux clubs professionnels. Solidarité entre championnats, méritocratie sportive, incitations à la formation et aux infrastructures : un système bâti sur des règles précises.
190 millions de revenus, 144 millions redistribués
Pour la saison 2025-2026, la Ligue affiche environ 190 millions d’euros de recettes, en hausse de plus de 16 % sur trois ans. Ces revenus regroupent les droits audiovisuels du Top 14 et de la Pro D2, le marketing, la billetterie, l’hospitalité, les phases finales, ainsi que la distribution de l’EPCR.
Une fois déduits les frais d’organisation et de fonctionnement, le solde net atteint 126,5 millions d’euros, versés aux clubs professionnels. Mais la distribution globale grimpe en réalité à 144 millions d’euros, car les clubs ne sont pas les seuls bénéficiaires. Une partie profite au sport amateur via la taxe Buffet (prélèvement sur les droits télévisés du sport professionnel destiné à financer le développement du sport amateur en France via l’Agence nationale du sport), fixée à 5 % du brut audiovisuel, une autre revient à la Fédération française de rugby, et une dernière soutient les syndicats de joueurs.
S’ajoute enfin le remboursement du prêt garanti par l’État souscrit pendant le Covid, soit de l’argent déjà versé aux clubs en 2020 et remboursé de manière différée. « Ce dispositif avait été mis en place pour maintenir la distribution lorsque les championnats avaient été arrêtés. Ce PGE était remboursé à hauteur de 3 millions d’euros par an », précise Emmanuel Echalier, directeur général de la LNR dans une interview accordée au Midol.
Chaque année, la LNR redistribue ainsi entre 75 et 78 % de ses revenus.
Le socle 70-30 entre Top 14 et Pro D2
Premier grand principe, la répartition entre les deux championnats. Depuis le plan stratégique 2023-2027, 70 % de la marge nette revient au Top 14 et 30 % à la Pro D2, quelle que soit l’origine des revenus.
Une approche solidaire qui fait bénéficier les trente clubs professionnels des mêmes opportunités de croissance et les rend solidaires des risques propres à chaque activité, alors que plus de 70 % du chiffre d’affaires global provient du seul Top 14.
Solidarité, méritocratie et incitations
À l’intérieur de chaque championnat, trois principes s’appliquent : la solidarité entre clubs d’une même division, la méritocratie liée aux résultats sportifs, et des incitations centrées sur la formation et la qualité des stades. Les écarts sur la ligne solidarité s’expliquent par la participation aux compétitions européennes, avec un montant fixe selon que le club dispute la Champions Cup ou la Challenge Cup. Le club promu touche par ailleurs une prime d’un million d’euros, comme Montauban la saison passée.
Le dispositif JIFF, qui valorise les joueurs formés localement, augmente les montants perçus selon le nombre de JIFF alignés durant la saison. Un seuil de 16 JIFF alignés en moyenne doit être respecté sous peine de sanction sportive, avant que l’incitation financière ne se déclenche à partir de 17. Ce mécanisme a contribué à investir dans la formation et à faire jouer davantage de jeunes joueurs, alimentant un vivier de joueurs sélectionnables aujourd’hui jugé très solide.
Second levier, la qualité des stades. Les enceintes de Top 14 et de Pro D2 se sont complètement transformées en quinze ans, portées par la volonté des clubs d’investir dans leur outil de travail. La Ligue accompagne ce mouvement via le Label Stade, avec des standards minimums renouvelés tous les cinq ans, et un soutien financier aux clubs les plus engagés dans la mise aux normes de leur enceinte.
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