Pierre-Gilles Lakafia : « Antoine Dupont a rendu le rugby à 7 crédible »
Ancien international de rugby à 7, Pierre-Gilles Lakafia (39 ans aujourd’hui) profite de quelques jours de tranquillité en famille avant le début de la saison de Nationale le 21 août face à Bourg-en-Bresse. Depuis un an, il est préparateur physique au sein du staff du Rugby Club Orléans. Une opportunité saisie par hasard et dont il mesure l’ampleur. Car avant lui, le poste n’était pas à temps plein. Hasard ou réelle influence, au bout de sa première année, le RCO a été sacré champion de Nationale 2 et logiquement promu en Nationale cette saison.
Après quatre semaines de reprise, les deux matchs amicaux – Périgueux (défaite 26-7) et Chambéry (le 12 août) – devraient donner une idée du niveau qui les attend cette saison. « On a fait ce premier match contre Périgueux qui nous a permis de nous rendre compte de certaines choses, de certains points forts qu’on a et d’autres points faibles qu’il y aurait besoin de travailler », explique Pierre-Gilles Lakafia.
« Je regarde mon équipe et je me dis : est-ce que je suis en confiance avec cette équipe-là ? Est-ce que je me sens capable d’aller affronter des équipes de Nationale ? Moi, je me sens plutôt à l’aise avec mon groupe. J’ai la sensation que c’est un groupe de qualité. Il nous reste encore le match de Chambéry pour vraiment être capables de se jauger, puis après ça sera à balles réelles contre Bourg-en-Bresse, mais je ne nous trouve pas légers. Je suis plutôt confiant, on verra ce que ça va donner.
« On était estampillés les gros de la Nationale 2, et maintenant on passe petits. C’est un costume différent à enfiler pour une année, de se dire : on est les petits, personne nous attend, on est les petits promus. Ça fait du bien de ne plus avoir la pression, une pression différente. »
En exclusivité pour RugbyPass, Pierre-Gilles Lakafia revient sur son changement de carrière, son implication dans les bases du rugby à 7 en France et sur cette nouvelle tendance qui tend à attirer les stars du XV (Louis Bielle-Biarrey, Henry Pollock, Marcus Smith…) au rugby à 7.

Question : Pierre-Gilles, ça fait un an que tu es préparateur physique pour le Rugby Club Orléans. Comment ça s’est fait ?
Pierre-Gilles Lakafia : J’avais déjà un appétit pour ça. C’est toujours quelque chose que j’ai aimé faire, avant même le rugby, puisque mon père était dans le sport, un ancien athlète de haut niveau. Donc on a toujours aimé la préparation. Et ensuite, au fur et à mesure de ma carrière, quand j’arrivais sur la fin, il a quand même fallu se décider, se dire vers quoi j’allais. J’ai eu la chance que la Fédération française de rugby m’accompagne sur ce projet. Sur les deux, trois dernières années avec le rugby à 7, j’ai commencé à préparer quelques diplômes. Et quand j’ai arrêté avec le rugby à 7, j’ai pu ne pas perdre trop de temps avant de pouvoir me reconvertir.
Question : Ça remonte à quand, l’arrêt ? Après la claque de Tokyo ?
P.-G. Lakafia : Oui, après la qualification manquée de Tokyo (Victime d’une lésion musculaire, Pierre-Gilles Lakafia avait dû déclarer forfait pour le Tournoi qualificatif olympique à Monaco, ndlr). Il y a eu cette période Covid, ça se terminait plus ou moins avec Tokyo. Le deal qui était passé avec mon manager Christophe Reigt, c’était que ça serait une bonne façon de terminer ma carrière si on allait aux JO de Tokyo. On avait convenu ça, parce qu’après il partait sur le cycle de Paris 2024 et j’allais être trop vieux de toute façon.
Question : Et Orléans alors, comment ça s’est fait ?
P.-G. Lakafia : Quand j’ai démarré la préparation physique, j’ai pu le faire grâce au Rugby Club Nîmois. Parce que j’étais à Montpellier. Le Rugby Club Nîmois m’a proposé de jouer un peu pour eux et ensuite de pouvoir prendre la préparation physique. Quand est venu le mois de juin, on a été amenés à aller jouer à Orléans. Et là j’ai recroisé le manager sportif, le directeur sportif, Romain Cabannes avec qui j’avais joué à Castres à l’époque où je jouais au rugby à XV. Il a été tout surpris de me voir. Plus tard il m’a recontacté. On a pu se mettre d’accord et il m’a dit : “Bienvenue de retour dans la région centre” car je suis de Tours, et je suis revenu à Orléans comme ça.
Question : Le monde est petit quand même…
P.-G. Lakafia : Ah oui, complètement ! Je recroise plein de gens depuis que je suis du côté du staff. Tous les gens avec qui j’ai grandi, on est au même point dans la vie. On a grandi en même temps : lui est entraîneur, lui est préparateur, lui est kiné. Tous les mecs avec qui j’ai joué, c’est rigolo, on est un paquet à être passé de l’autre côté de la barrière.
Question : Ta première saison se termine merveilleusement bien pour Orléans.
P.-G. Lakafia : Oui, c’était vraiment chouette. C’est vraiment top d’avoir un club comme Orléans, parce que mon groupe est super – je parle des joueurs – très facile à entraîner, volontaire, un vrai groupe de bons mecs. Et en plus de ça, on a de la chance d’avoir un président qui veut qu’on y arrive, qui a cette ambition et qui se donne les moyens de ses ambitions. Quand il a été question de demander au président qu’on aimerait que les joueurs puissent récupérer, parce qu’on a de longs trajets en Nationale 2, il faut qu’ils puissent récupérer, Didier Bouriez a dit : “Ok, qu’est-ce que je peux vous donner pour aider les joueurs à faire ci, à faire ça ?” Ça a été super de se dire qu’on se donne tous les moyens pour y arriver. Et ça avait aussi ce revers de se dire : “on a tous les moyens pour y arriver, il faut y arriver”. Réussir le premier objectif qui était la montée en Nationale, c’était extraordinaire. Et avec la qualité du groupe qu’on avait, on se disait qu’on ne pouvait pas ne pas viser le titre. Couronner ça avec un titre de champion de France, c’était super.

Question : Tu n’as pourtant pas arrêté le rugby à 7. Maintenant tu joues avec les vétérans à Dubaï ?
P.-G. Lakafia : Oui, toujours, c’est chouette (rires). J’arrive quand même une fois dans l’année à me mentir, à me dire : “J’y suis encore”. Dubaï a ce truc vraiment chouette qui nous permet à tous, les anciens joueurs, de se dire : “Allez, une fois dans l’année, on fait semblant qu’on est encore capables de faire des trucs”. On se retrouve dans un environnement qui nous aide à nous mentir. Moi, j’ai l’impression d’être en tournée : je prends l’avion, on est dans l’hôtel, c’est génial. Et je rejoue en plus contre des joueurs contre qui j’ai joué. J’ai rejoué contre des Anglais, des All Blacks, des Sud-Africains. Et quand on se recroise, des mecs que j’ai essayé de crever littéralement sur le terrain, tout à coup on se voit et on se dit : bon c’est bon, on essaie de se faire mal, mais deux secondes après c’est cool. C’est vraiment un super moment.
Question : Je ne peux pas ne pas te poser la question sur ton regard par rapport à l’évolution du rugby à 7 aujourd’hui.
P.-G. Lakafia : J’ai l’impression que ça essaie de plus se professionnaliser d’une saison à l’autre. Le fait que ce soit un sport olympique pousse beaucoup. Pour être complètement honnête, je sais pas s’ils ont encore trouvé le truc parfait. J’ai l’impression qu’ils cherchent la formule qui irait le mieux pour attirer le plus de monde, pour faire grossir ça encore plus. D’un point de vue de sportif, j’ai l’impression qu’ils ont moins d’étapes que ce que moi j’ai pu connaître par le passé. J’ai eu la chance de jouer des périodes où on partait beaucoup.
Question : Que penses-tu des stars du XV qui veulent tenter leur chance aux JO : Antoine Dupont hier, Louis Bielle-Biarrey, Henry Pollock et Marcus Smith demain…
P.-G. Lakafia : Nous, c’était le démarrage, c’était le départ. Au moment des Jeux olympiques de Rio (2016, ndlr), les Sud-Africains avaient fait venir Bryan Habana, les Australiens Quade Cooper, les Néo-Zélandais Liam Messam et Sonny Bill Williams. Donc les stars commençaient déjà à débarquer. Ce qui a tout changé, c’est Antoine Dupont. Il arrive avec son aura de meilleur joueur du monde, et en plus il prend le rugby à 7 au sérieux. Il s’y est mis longtemps à l’avance. Le fait que ce mec-là se soit exposé et qu’à la fin il soit médaillé olympique, ça rend crédible le rugby à 7. Si lui l’a fait, alors d’autres peuvent le faire. Le meilleur joueur du monde l’a fait et il a terminé champion olympique. C’est extraordinaire. Je pense que maintenant la porte est ouverte. Le rugby à 7 est pris au sérieux.
Question : C’est pas trop frustrant pour toi, ancien qui a passé des années là-dessus, de te dire : “Nous on n’était pas pris au sérieux” ?
P.-G. Lakafia : Bien sûr que si. Le jour où j’ai vu les Français devenir champions olympiques, j’en ai pleuré. J’en ai pleuré parce que peu de temps avant ça, c’était nous qui rêvions de faire ça, on y croyait dur comme fer. Et là les mecs ont décroché le rêve d’une vie. Moi, c’était mon rêve absolu. Des mecs avec qui j’ai joué, Stéphane Parrez par exemple, c’était mon partenaire, c’était un pote, et il est allé au bout du rêve.
Dans le livre Les Secrets des All Blacks, ils disent que la mission de chacun pour le maillot des All Blacks, c’est de le mettre un peu plus haut que ce qu’il était avant. Quand je suis arrivé dans le rugby à 7, ils sortaient à peine d’une période où ils avaient que quatre professionnels à 7, le reste c’était des mecs qui venaient combler comme ça. Le projet olympique s’est mis en place, on est arrivé à se qualifier, on est arrivé à faire quelques performances, on a fait nos premières finales, on est arrivé à battre les Blacks. On était sur une super dynamique, et il y a le Covid malheureusement qui est arrivé. Et moi ça se termine là. Là où j’arrive à être en paix avec ma carrière et un peu avec ce que ça me fait de voir les mecs exploser maintenant, c’est de me dire : nous on est partis de A, on est allés jusque-là, les autres prennent le témoin là et ils sont allés jusqu’à la médaille d’or olympique. Chacun remplit son rôle. Ceux qui reprennent le témoin derrière les champions olympiques, bonne chance !
Question : On t’en parle à Orléans de ça, du 7 ?
P.-G. Lakafia : Oui, à l’occasion. Les mecs connaissent le rugby à 7. Il y en a certains qui me connaissent via le rugby à 7 ou qui m’ont vu jouer. Ils essaient d’en faire, beaucoup passent par des associations, des parcours comme ça que moi j’ai pas trop connus parce que je n’ai joué qu’avec France 7. Ça me donne envie de créer des tournois avec Orléans, qu’on puisse avoir notre équipe. J’aimerais bien qu’il y ait des trucs comme ça qui se mettent en place avec le club.
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