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A la rencontre des 'Cape Crusaders', ces Sud-Africains qui soutiennent les All Blacks

CAPE CRUSADERS (2)

L’an dernier, à la même époque, Genevieve Brown traversait une période sombre. Elle venait de divorcer, sa carrière d’officier de police battait de l’aile et elle venait d’être diagnostiquée bipolaire. Sous l’effet du stress, ses cheveux tombaient par grosses touffes et elle sombrait dans la dépression.

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En zappant depuis son lit, cette femme de 44 ans, membre de la communauté « Coloured », un terme désignant les personnes aux origines métissées en Afrique du Sud, tombe sur un match de rugby.

Elle qui n’avait jamais été adepte de ce sport est fascinée par ce qu’elle voit. Sur l’écran, en parfaite synchronisation, les All Blacks exécutent le Haka avant un match de la Coupe du monde en France.

« Je me suis dit ‘Qu’est-ce que c’est que ça ?’ », se rappelle Genevieve Brown, originaire de Mitchells Plain, un township situé à une trentaine de kilomètres au sud du Cap qui s’est développé quand des dizaines de milliers de Coloured ont été chassés de leurs habitations situées en ville. « J’étais complètement captivée. C’était comme une expérience spirituelle. Je ne sais pas comment l’expliquer, mais j’étais littéralement transportée par ce que je voyais.

Les Néo-Zélandais en train de réaliser le Haka avant la rencontre face à l'Afrique du Sud, le 31 août 2024 (Photo by PHILL MAGAKOE / AFP) .

« J’ai commencé à faire des recherches. J’ai appris à connaître les Maoris et les habitants des îles du Pacifique. Je suis tombée amoureuse de leur culture et de leurs coutumes. Je me suis renseignée sur le rugby néo-zélandais et sur la façon dont il s’est opposé à l’apartheid, et j’ai compris pourquoi tant de gens de couleur ont soutenu cette équipe.

« C’est à partir de là que j’ai commencé à regarder la Coupe du monde. Cela m’a fait sortir de chez moi. Je suis allée dans des pubs pour regarder les All Blacks et j’ai recommencé à parler aux gens. Je suis tombée amoureuse d’Ardie Savea ! Je peux vraiment dire que les All Blacks m’ont aidé à changer de vie ».

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Sans même s’en douter, Genevieve était devenue membre d’un petit groupe de supporteurs controversés en Afrique du Sud. Principalement implantés dans la province du Cap-Occidental (sud-ouest de l’Afrique du Sud) et appartenant à la communauté « Coloured », ils ont été traités de traîtres, de vendus et bien pire encore.

Ils sont critiqués pour faire du rugby un acte politique et sont généralement accueillis de manière hostile par les supporteurs des Springboks qui ont du mal à comprendre comment un Sud-Africain peut soutenir leurs grands rivaux.

« Soutenir les All Blacks, ça veut plus loin qu’essayer simplement de se rebeller contre l’Afrique du Sud et l’ordre établi »

« Ce soutien prend racine dans l’apartheid et dans ce que les Springboks signifiaient pour des gens comme ma famille et moi », explique Jeremy Marillier, 54 ans, consultant et patron de plusieurs entreprises dans le secteur de la pêche.

« C’est une histoire connue aujourd’hui. Cela explique pourquoi les Sud-Africains ‘Coloured’ et non blancs ont commencé à soutenir les All Blacks. Mais cela ne nous dit pas pourquoi tant de gens soutiennent encore les All Blacks aujourd’hui ».

Marillier, qui a grandi à une époque ou toute personne lui ressemblant se voyait invariablement refuser la possibilité de représenter l’Afrique du Sud sur les terrains de sport, estime que les Sud-Africains supporteurs des All Blacks sont trop systématiquement classés ‘anti establishment’.

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« Les gens pensent qu’on est fous, qu’on aime chercher les problèmes ou sortir des sentiers battus », assure-t-il. « Mais ce n’est pas le cas. Soutenir les All Blacks, ça veut plus loin qu’essayer simplement de se rebeller contre l’Afrique du Sud et l’ordre établi. »

En 2018, le chercheur sud-africain Stephen Coplan a affirmé que ces fans étaient un « anachronisme » qui « utilise une stratégie de provocation politique développée il y a des décennies pour faire tomber les gouvernements de l’apartheid ».

Mais Coplan a également suggéré qu’ils avaient une « pertinence moderne » étant donné la lenteur de la transformation raciale des Springboks dans un pays très majoritairement noir.

Cet article a été publié pour le média en ligne Africa is a Country en février 2018. Quatre mois avant que Siya Kolisi devienne le premier capitaine noir des Springboks. Un parcours véritablement révolutionnaire.

Depuis, Bongi Mbonambi et Lukhanyo Am ont également porté le brassard, tout comme Salmaan Moerat, qui est devenu le premier musulman capitaine des Springboks, lui qui était déjà capitaine des Stormers.

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Salmaan Moerat est devenu le premier capitaine musulman des Springboks

Si l’on ne peut ignorer le poids de l’histoire, ni balayer le fait que l’emblème des Springboks était autrefois un symbole de la domination d’une minorité blanche dans un État totalitaire, il y a eu un réel changement au sein de cette équipe qui revendique aujourd’hui représenter tous les Sud-Africains.

Rassie Erasmus a habillé son projet du drapeau de la nation. Pour de nombreux supporteurs, les Springboks ne sont pas seulement une équipe de rugby, mais un symbole du potentiel de l’Afrique du Sud.

« Tout d’abord, toutes les formes de nationalisme sont dangereuses et devraient être prises avec des pincettes selon moi », estime Dylan Moodaley, 33 ans, consultant en environnement et supporteur passionné du rugby néo-zélandais.

« L’amour des All Blacks m’a été transmis par ma famille, mais les revendications politiques sont davantage le fait de l’ancienne génération. Je n’ai pas cette connaissance intime de l’oppression de l’apartheid. C’est juste que les Springboks ne me font pas vibrer. Je ne ressens pas la même chose que d’autres les concernant. »

Sa passion pour la fougère argentée, Moodaley la tient de son père. Mais c’est la manière dont l’équipe joue, de dominer, qui a cimenté le lien qui l’unit à elle. Il s’est imprégné de l’histoire du rugby néo-zélandais et a commencé à soutenir les Crusaders de Christchurch. Même si ses liens avec ces équipes ne sont pas politiques et qu’il ne considère pas son soutien comme un acte de rébellion, il est tout de même catalogué comme tel.

Porter un maillot des All Blacks en Afrique du Sud crée souvent des problèmes

« Ça m’a causé beaucoup de problèmes », explique Moodaley. « J’ai eu la chance de voir les All Blacks jouer aux quatre coins du monde, dont en Nouvelle-Zélande. Mais je ne porte plus mon maillot quand je vais les voir en Afrique du Sud. En tout cas, plus depuis 2012 (à Soweto). La Nouvelle-Zélande avait gagné (32-16) et on était nombreux à fêter la victoire. Une bande de supporteurs blancs des Springboks sont arrivés et ont commencé à nous insulter. Ç’a pris une tournure raciste. On était pour la plupart d’entre nous des ‘Coloured’ et ç’a très mal tourné.

« Une autre fois, en 2013 à Newlands (un quartier du Cap, ndlr), je portais un maillot des Crusaders à l’occasion d’un match contre les Stormers. Je croise un gars aux toilettes qui commence à m’insulter. Je l’ai insulté aussi en retour et ç’a failli très mal tourner. C’est ce genre de comportements nationalistes que je trouve détestables. C’est le nationalisme qui a mené au fascisme en Italie, et aux nazis en Allemagne. C’est une attitude rétrograde et il faut être très prudent avec ça. »

Faire le lien entre les nazis et les Springboks risque de choquer pas mal de supporteurs sud-africains. Surtout ceux qui ont été séduits par un discours qui a pris une forme quasi mythologique au cours des six dernières années. Les deux victoires en Coupe du monde ont donné lieu à des séries documentaires à grand spectacle qui ont fait vibrer les cœurs et arraché des larmes aux aficionados les plus endurcis.

« Je suis fier de gars comme Siya (Kolisi), Cheslin (Kolbe), Makazole (Mapimpi) et tous les autres qui ont surmonté des situations terribles avant de pouvoir représenter notre pays », admire Jade Craig, co fondateur du podcast ‘the Rugby Scoop’. « Ce qu’ils ont accompli, c’est énorme. Je suis patriote, et je déteste quand les gens me disent que je ne le suis pas. J’aime profondément l’Afrique du Sud. Ça ne veut pas dire que je suis obligée d’aimer les Springboks. »

Le jeune homme de 37 ans soutient les All Blacks depuis 1996. Alors qu’il vivait à Kimberly (à l’est du Cap), il a assisté à une séance d’entraînement des Néo-Zélandais précédant un match contre Griqualand West. Craig possède encore deux ballons signés par l’équipe, ainsi qu’une photo de lui avec Zinzan Brooke. Mais son meilleur souvenir est sa rencontre avec Jonah Lomu, qui a épousé la sœur de son ami, Tanya Rutter, plus tard cette même année.

Ces considérations n’ont pas d’importance aux yeux des opposants. En Afrique du Sud, les supporteurs des All Blacks sont appelés ‘Cape Crusaders’ – en référence à la franchise de Christchurch – ou parfois ‘Manenberg Maoris’, ce qui est à la fois une allusion raciale et une référence à une banlieue particulièrement défavorisée, habitée majoritairement par des personnes de couleur.

« Je déteste ce terme de ‘Cape Crusaders’, fulmine Dylan Moodealy. « Avant, ça me dérangeait, mais je me suis forgé une carapace », confie pour sa part Jeremy Marillier. « Je sais pourquoi je soutiens cette équipe et les jours de match, je prends mon drapeau, j’enfile mon maillot et mes chaussures aux couleurs des All Blacks faites maison et je n’ai besoin de la permission de personne pour afficher mon soutien ».

Au fil des ans, les mentalités se sont assouplies. En 2013, Bryan Habana a fait part de son mépris sur Twitter : « Si j’avais assez d’argent, j’achèterais volontiers à tous ces ‘Cape Crusaders’ un aller simple pour Christchurch !!! »

Mais Erasmus a récemment jeté un pavé dans la mare en déclarant que les Sud-Africains devaient « respecter leur point de vue » et en reconnaissant « l’amertume et la souffrance qui ont contribué à ce que certaines personnes soutiennent les All Blacks ».

Samedi dernier, à l’occasion du 2e match entre l’Afrique du Sud et la Nouvelle-Zélande du Rugby Championship, on a pu voir que de nombreux Sud-Africains portaient encore la célèbre tunique noire dans les tribunes du Cape Town Stadium. Chacun a ses propres raisons qui les poussent à encourager le meilleur ennemi de leur équipe nationale. Certains d’entre eux portent la douleur d’un traumatisme générationnel. D’autres sont simplement séduits par l’aura d’une équipe qui, lorsqu’elle est à son meilleur niveau, reste la plus fascinante à regarder.

Quelle que soit leur raison, leur loyauté ne doit pas être remise en question. Que ce soit envers les All Blacks ou envers le pays qu’ils considèrent comme leur patrie.

Cet article a été initialement publié en anglais sur RugbyPass.com et adapté en français par Jérémy Fahner.

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