François Ratier (France) : « Il ne faut pas que l'équipe de France reste une équipe d'exploits »
Victorieuses des vice-championnes du monde canadiennes (21-5) samedi 26 septmbre à La Rochelle, les joueuses de François Ratier terminent la phase aller des Women XV Global Series avec deux succès et une défaite.
Le XV de France féminin n’avait plus battu une équipe du top 3 mondial depuis trois ans et un succès 18-17 en Nouvelle-Zélande contre les Black Ferns. Une semaine plus tôt, les Canadiennes avaient pourtant mis fin à la série de 39 victoires consécutives de l’Angleterre (26-26). Pour François Ratier, qui avait lui-même mené le Canada jusqu’en finale de la Coupe du Monde de Rugby 2014, le succès a une saveur particulière.
Cette deuxième victoire d’affilée fait suite à une défaite 28-14 contre les Black Ferns le 12 septembre à Lyon, puis à un succès arraché 29-26 contre l’Australie à Aix-en-Provence, dans un match où les Françaises avaient évolué à onze pendant dix minutes.
Une discipline largement corrigée
À La Rochelle, les Bleues ont d’abord montré une défense. « C’est ça qui a fait aussi la différence, c’est qu’on leur a fait mal », a souligné François Ratier, saluant le travail de l’entraîneur en charge de ce secteur, Gérald Bastide. « Il a transformé cette défense en attaque. »
La discipline, qui avait fait défaut à Aix, a été corrigée. Toute la semaine, le groupe avait insisté sur ce point. « Déjà, on a pris des jolis tirs en début de semaine qui étaient mérités », a raconté la capitaine Pauline Bourdon-Sansus à Rugbyrama. « Et puis, c’est surtout qu’on a dit sur ce match-là qu’on n’allait pas “riper” (attaquer le ballon pour essayer de l’arracher). On a vraiment voulu garder les deux plaqueuses assez bas sur la cible. Je crois qu’on ne prend qu’une pénalité sur plaquage haut. Donc, on a réussi à bien rectifier. »
L’arrière Émilie Boulard, auteure d’un doublé, a décrit une équipe qui a su priver les Canadiennes de leurs points forts. « On a plutôt bien réussi à les empêcher de jouer, dans le sens où, quand cette équipe est dans l’avancée, elle est difficile à jouer. Et là où on n’a pas été très bonnes la semaine dernière en défense, on a plutôt fait tomber vite. On les a un peu empêchées de jouer et empêchées d’atteindre leurs facteurs X. »
Encore du déchet en attaque
Offensivement, le bilan reste plus mitigé. Boulard a marqué deux fois, Alexandra Chambon une fois, mais beaucoup d’occasions sont restées sans suite. « En première mi-temps, je crois qu’on rentre sept fois, on marque qu’une fois. Donc on peut encore être un peu plus cliniques sur ces zones de marque », a reconnu Bourdon-Sansus.
Le sélectionneur ne s’en inquiète pas. « Offensivement je n’ai aucune inquiétude sur le fait que le moment où ça va cliquer, ça va cliquer à chaque fois. On a les joueuses et on a les coachs pour ça. » Nommé après la quatrième place obtenue à la Coupe du Monde de Rugby 2025 en Angleterre, il construit son projet en vue de l’édition 2029 en Australie.
Mouna Touré, symbole de la profondeur
Cet objectif passe notamment par un effectif plus large. Contre le Canada, cinq joueuses sans sélection figuraient sur la feuille de match, dont une titulaire, l’ailière Marie Ibanez, fille de l’ancien talonneur et actuel manager des Bleus. Titularisée pour la première fois en troisième ligne, une semaine après sa première sélection en sortie de banc, Mouna Touré (25 ans) a multiplié les grattages et récupéré six ballons en touche.
« On ne la découvre pas », a réagi sa capitaine. « C’est une fille qui fait déjà tout ça dans notre championnat, qui nous fait des misères en l’air et au sol. On connaît toutes ses qualités. On savait qu’elle était aérienne et on en avait besoin sur la touche. Et je trouve qu’elle a répondu présente. »
Et encore, le groupe France était loin d’être complet !
Mais les absences non plus ne manquaient pas que ce soit pour cause de blessures (Zago, Soqeta, Grisez), des suspensions de Correa et Mwayembe après l’Australie, des septistes retenues par la préparation olympique (Jacquet, Arbey, Dezou), sans oublier la capitaine habituelle Manae Feleu, prise par ses études de médecine, et la deuxième ligne Madoussou Fall-Raclot, enceinte. Lou Roboam, 21 ans et déjà capitaine du Stade toulousain, fait partie des solutions trouvées en deuxième et troisième lignes.
« Quand on va arriver vers le Tournoi, si on a un peu de chance au niveau des blessures, on aura 45 joueuses disponibles », a expliqué François Ratier, qui ne cache pas sa volonté d’élargir le groupe. « C’est ça qu’on essaye de construire, une profondeur forte. Des test matchs comme ces Global Series, ça sert à ça. »
L’objectif majeur : gagner en constance
Trois matchs contre les Black Ferns attendent maintenant les Bleues en octobre en Nouvelle-Zélande. Le sélectionneur y voit un test. « Il ne faut pas que l’équipe de France reste une équipe d’exploits, parce que ça c’est un peu français des fois. Il faut qu’elle soit une équipe constante, qui s’affirme, qui prend les choses en main. »
Sa capitaine partage ce constat. « Comme je l’ai dit aux filles dans le cercle, c’est une très bonne performance, mais il faut toujours rester au plus haut. Et nous, on a souvent eu ce côté irrégulier, où l’on se plante après une performance. » Elle pointe aussi le travail au sol, où les Françaises restent selon elle « encore très loin des nations qui sont devant ».
Pour Émilie Boulard, de retour en sélection après une année qu’elle qualifie de difficile, le succès s’inscrit dans un projet plus large. « François nous le présente comme ça, c’est un cycle de quatre ans. C’est un objectif sur le long terme. Chaque match est précieux dans l’apprentissage de ce groupe. C’est une nouvelle pierre dans la construction de notre mur. On va dire que c’est une grosse pierre, celle-ci, parce qu’encore une fois, la victoire est significative et que c’est un gros morceau qu’on a battu aujourd’hui. »
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