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Fickou, Ramos : ils choisissent le risque plutôt que le confort

L'arrière français Thomas Ramos (à gauche) et le centre français Gaël Fickou s'entraînent lors de la séance d'entraînement des capitaines au Stade de France à Saint-Denis, au nord de Paris, le 14 mars 2025, à la veille du match du Tournoi des Six Nations opposant la France à l'Écosse. (Photo de JULIEN DE ROSA / AFP via Getty Images)
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Ils auraient pu terminer leurs carrières là où tout le monde les attendait. Gaël Fickou (32 ans) en région parisienne, au Racing 92, ce club qui lui a offert une deuxième vie de cadre des Bleus. Thomas Ramos (31 ans) à Ernest-Wallon, dans ce Stade toulousain dont il est devenu l’un des visages les plus reconnaissables.

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Pourtant, au moment où la routine pourrait être confortable, les deux internationaux ont décidé de se mettre volontairement en danger. L’un revient « chez lui », à Toulon, pour boucler une histoire que le peuple varois croyait inachevée. L’autre s’apprête à quitter, en 2027, le club de sa vie pour rejoindre le Racing, dans ce qui ressemble à l’un des plus gros coups du mercato.

Deux trajectoires différentes, un même fil rouge : ils reprennent la main sur leur destin. Ces choix tranchent avec l’image parfois simpliste du joueur trentenaire en quête du dernier gros contrat.

Deux choix contre la facilité

On pourrait croire que Fickou et Ramos n’ont rien à voir l’un avec l’autre : un enfant de la Rade qui revient, un fils d’Ernest-Wallon qui s’en va. En réalité, leurs décisions disent la même chose de cette génération de Bleus : ce sont des joueurs qui refusent de se laisser porter par le seul confort, même au sommet.

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Fickou renonce à la stabilité du Racing pour revenir sur une terre où l’on n’a jamais vraiment digéré son départ précoce. Il sait qu’à Toulon, l’exigence sera décuplée : on attend d’un « minot » qui rentre à la maison qu’il incarne, au sens fort, les valeurs du club. S’il se rate, la critique sera moins indulgente que dans une ville où il n’a pas grandi.

Ramos, à l’inverse, renonce à un cocon affectif et sportif. Après plus de quinze ans au Stade toulousain, une partie de l’opinion le voyait finir en légende maison, comme d’autres avant lui. En choisissant le Racing, il accepte de n’être plus « le gars du club », mais la recrue phare d’un projet qui veut se régénérer. Là aussi, le risque est énorme : tout ce qu’il a acquis à Toulouse – sa relation avec le public, son confort dans le système – devra être reconstruit.

Fickou : l’enfant de La Seyne qui revient

Le retour de Gaël Fickou au Rugby Club Toulonnais, annoncé au printemps puis détaillé ces derniers jours dans la presse locale et spécialisée, a fait l’effet d’un choc sentimental sur la Rade. Né à La Seyne, biberonné aux terrains du RCT, Fickou a longtemps été pour le supporter varois l’enfant prodige du quartier, héros de la cité du Germinal, mais qui n’a jamais explosé chez les pros sous le maillot rouge et noir.

À 18 ans, le centre avait fait le choix de partir à Toulouse. À l’époque, Toulon alignait des stars étrangères et des internationaux confirmés, laissant peu de place à un talent pressé de jouer. Fickou ne l’a jamais caché : « J’étais très loin dans la hiérarchie. J’aurais beaucoup moins joué. Au vu de l’ambition que j’avais de performer très tôt, j’ai choisi de partir ». Il a donc pris la porte ouverte par le Stade toulousain.

« À Toulouse, j’ai matché directement. Ce choix, il n’y a pas à le contester. Je me suis régalé là-bas. Je pense que c’était le mieux pour m’épanouir et avoir la carrière que j’ai. Même si je sais que ça ne fait pas plaisir aux supporters, si c’était à refaire, je referais la même chose. La vérité est celle-ci. Je ne regrette rien. », dit-il auprès de nos confrères de Var Matin.

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C’est ensuite qu’a commencé son ascension au Stade français et au Racing, jusqu’à devenir l’un des tauliers du XV de France. Quatorze ans plus tard, le décor a changé. Toulon a évolué et s’est structuré avec une attention renforcée au développement des talents d’ici. Fickou, lui, ne regarde plus le rugby de la même façon.

« Je vois ce sport comme un jeu d’échecs, une stratégie d’usure », confie-t-il. « Et puis, en tant qu’humain, je suis affirmé. Je sais qui je suis, le rôle que j’ai, ce que je peux apporter. Je connais mes forces et mes fragilités. » Son retour au RCT est un choix de carrière mûri, nourri par la maturité d’un joueur qui sait ce qu’il peut apporter. Dans son entretien à Var Matin, une phrase résume l’état d’esprit : « Le seul risque que je prends, c’est d’être mauvais et de me faire critiquer. Mais ça, c’est la vie. »

Fickou assume de se remettre en jeu sur une terre où l’attente est décuplée. Il retrouve un environnement qu’il connaît par cœur, un staff emmené par Pierre Mignoni, « un mec d’ici, comme moi », dont il partage les valeurs. Et surtout, il retrouve sa famille, ses proches, une vie où le dimanche soir ne se termine plus seul dans un appartement parisien.

Entre les lignes, une autre motivation apparaît : se relancer à l’ombre du Pilou-Pilou pour reconquérir le XV de France, après avoir manqué le dernier Tournoi des Six Nations.

Ramos : quitter le cocon pour devenir patron

À l’autre bout du pays, un autre symbole s’apprête à changer d’adresse. Thomas Ramos, six fois champion de France, double champion d’Europe, meilleur marqueur de points de l’histoire du XV de France, ne finira pas sa carrière à Toulouse. Le Stade toulousain a officialisé mercredi 5 août son départ pour le Racing 92 à l’issue de la saison 2026-2027, pour un contrat de trois ans.

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Pour mesurer le séisme, il faut rappeler le poids de Ramos dans la dynastie rouge et noire. Formé au club, révélé après un prêt déterminant à Colomiers, l’arrière – parfois demi d’ouverture – est devenu un leader technique et vocal. Sur le terrain, il coche toutes les cases : buteur clinique, passeur au pied créatif, sang-froid à toute épreuve.

Et pourtant, Ramos a longtemps partagé l’affiche avec Antoine Dupont et Romain Ntamack. Trois icônes dans un même vestiaire, trois égéries d’une équipe et d’une sélection. À Toulouse, il ne manquait ni de reconnaissance ni de titres, mais la lumière était diffusée.

À Paris, le scénario sera différent : le Racing 92, fidèle à sa tradition de coups d’éclat au poste de 10 (Carter, Sexton, Farrell), lui déroule le tapis pour en faire le patron incontesté de son projet de jeu. Ramos parle de « nouveau défi sportif », de « nouvel environnement » et de « poursuivre [son] évolution ».

Le choix s’explique aussi par des paramètres plus prosaïques : les contraintes de salary cap qui pèsent sur Toulouse, déjà sanctionné pour ses dépassements, et qui n’a plus l’habitude d’offrir des contrats XXL à ses trentenaires. À l’inverse, le Racing dispose d’une marge de manœuvre après les départs de plusieurs cadres (Le Garrec, Woki, Farrell, Fickou) et peut bâtir un projet autour de lui.

Ramos souhaite jouer davantage en 10, un poste structurellement plus accessible au Racing qu’à Toulouse, où la concurrence interne est constante et où l’arrière est devenu, de fait, son territoire naturel. À Colombes, dans un stade historique que le club s’apprête à retrouver, il incarnera autant la mue sportive que le nouveau visage d’un Racing en reconstruction.

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