L'ingénieuse conception du trophée du Greatest Rivalry entre Springboks et All Blacks
Marketée comme « The Greatest Rivalry » (« la rivalité suprême »), la série de quatre tests entre l’Afrique du Sud et la Nouvelle-Zélande se veut un hommage à son historique prédécesseure d’il y a 30 ans. Quand les All Blacks en 1996 s’étaient imposés (2-1) à la pointe de l’Afrique. La prochaine dans quatre ans doit se tenir en Nouvelle-Zélande.
Le nouveau Championnat des Nations empêchant cet été la tenue du tournoi de l’hémisphère sud, le Rugby Championship, les deux Fédérations en ont profité pour organiser cette tournée ayant essuyé quelques critiques pour son caractère commercial.
Des All Blacks largement remaniés ont par exemple balayé les franchises sud-africaines des Stormers au Cap, des Sharks à Durban et des Bulls à Pretoria lors de trois matches aux tribunes à moitié vides. Après des rangs clairsemés contre le Pays de Galles (43-0), l’Ecosse (42-28) et même l’Angleterre (45-21) en juillet, en raison du prix des tickets, les trois matchs des Boks contre les All Blacks se tiendront cependant à guichets fermés.
La quatrième manche, aux Etats-Unis, a également fait grincer quelques dents. En plus de sa délocalisation, elle a le défaut de rendre le nombre de matchs pair. Les organisateurs ont la parade : ils ont dévoilé mercredi 19 août un trophée en deux parties aimantées que les équipes peuvent se partager en cas d’égalité après quatre confrontations.
Pour accompagner le grand retour des tournées traditionnelles entre les deux géants du rugby mondial, les deux fédérations ont dévoilé cette récompense inédite qui bouscule les codes de l’Ovalie à travers cinq partis pris techniques et symboliques particulièrement bien pensés.
Deux moitiés unies par magnétisme
Cette structure a été usinée en deux pièces distinctes d’aluminium massif qui s’assemblent grâce à des aimants invisibles. Chaque moitié tient parfaitement debout toute seule pour marquer l’autonomie et l’histoire propre à chaque nation. Une fois réunies, la force magnétique scelle l’unité du duel séculaire qui lie les deux géants de l’hémisphère sud.
Le partage équitable en cas d’égalité
Si l’une des deux sélections remporte la série de quatre tests qui s’achèvera le 12 septembre 2026 à Baltimore, elle repartira avec le trophée complet. En revanche, un score de parité permettra à chaque camp de conserver sa propre moitié. Les organisateurs refusent ainsi de départager les équipes sur une règle artificielle après 320 minutes de combat acharné, rappelant les tournées partagées de 1921 et 1928.
« Le cahier des charges soumis aux agences demandait un trophée véritablement unique, capable de capter l’essence même de cette rivalité », a expliqué Rian Oberholzer, directeur général de la Fédération sud-africaine de rugby. « L’idée prévoyait que le trophée puisse être partagé pour incarner les deux composantes du duel, ou que chaque nation en garde une part si la série s’achevait sur un nul. C’est la huitième fois en douze tournées que le programme compte quatre tests, et si chaque équipe gagne deux rencontres au terme de 320 minutes d’un intense rugby, il semblait inapproprié de désigner un vainqueur selon un critère arbitraire. »
La silhouette épurée du brin d’herbe
Conçue par l’agence néo-zélandaise Strategy Creative en collaboration avec les deux fédérations, la ligne générale s’inspire directement… d’un brin d’herbe. Ce choix rend hommage à la surface de jeu commune et universelle foulée par tous les rugbymen, du niveau amateur jusqu’aux sommets internationaux. L’ensemble s’élève à soixante-cinq centimètres de haut et a réclamé une année entière de mise au point.
Le dialogue entre deux artistes autochtones
Chaque lame en métal sert de toile d’expression aux cultures des deux nations. Côté sud-africain, l’artiste Bonolo Chepape a gravé des motifs célébrant la force du collectif et l’esprit communautaire. Sur la partie néo-zélandaise, Kereama Taepa s’est appuyé sur le récit m?ori des frères T?ne et Whiro, qui poursuivent un objectif identique en empruntant des chemins différents, illustrant le respect mutuel au cœur de l’adversité sportive.
« Ce trophée constitue une façon très juste de reconnaître la nature de cette rivalité », a souligné Steve Lancaster, directeur général de New Zealand Rugby. « C’est un objet différent, singulier, et surtout, il raconte l’histoire de deux équipes et de deux pays qui s’affrontent depuis plus de cent ans. Chaque test-match enrichit cette histoire. Il existe un profond respect entre les deux camps, mais aussi cette volonté farouche de prendre le dessus et de trouver le chemin de la victoire. Et si la série se termine sur une égalité, le fait de pouvoir partager le trophée reste un symbole très fort propre à cette tournée. Cela reflète fidèlement l’équilibre qui a souvent marqué leurs confrontations au fil des décennies, ainsi que l’intensité d’une rivalité centenaire. »
Le socle minéral en roches natives
La base de l’ouvrage, d’un poids de neuf kilos et demi qui vient soutenir les deux lames de sept kilos chacune, applique le même principe d’alliance terrestre. Elle fusionne la pierre noire Pakohe de Nouvelle-Zélande et la verdite d’Afrique du Sud. Les capitaines emblématiques de 1996, Gary Teichmann et Sean Fitzpatrick, ont scellé pour la première fois ces deux blocs à Johannesburg, avant la présentation officielle au public programmée à l’Ellis Park.