À Aurillac, des moyens XXS mais une furieuse envie d'exister
Avec le plus petit budget de Pro D2, Aurillac, plus ancien pensionnaire de la division, parie sur la débrouille et la fidélité pour rivaliser avec des clubs mieux dotés comme Brive, qu’il reçoit jeudi sur son nouveau terrain synthétique.
« Pour nous, une descente serait catastrophique. On n’aurait plus les droits télé de Canal+, tout de suite, ce serait un gouffre économique qu’on n’arriverait pas à combler. »
En une phrase, Jacques Brugère, vice-président en charge du sportif, résume ce qui guette le Stade Aurillacois, 20 ans de présence consécutive dans l’antichambre de l’élite, avec un haut – finale d’accession en Top 14 perdue contre Bayonne en 2016 – et quelques bas, comme cette finale pour ne pas descendre en Nationale remportée à Chambéry en 2025. Une première secousse.
La saison dernière a été encourageante pendant six mois. « On s’est vu beaux puis le collectif ne s’est plus du tout retrouvé, prolonge ce dirigeant. On était en pleine errance et on a traîné nos guêtres comme ça jusqu’à la fin de la saison. Le couperet, on l’a senti. »
Quatre fois moins de budget que les grosses écuries
À Aurillac, 11e de la phase régulière cette saison après trois journées avec deux défaites chez les gros bras Oyonnax et Grenoble mais une victoire bonifiée sur Dax, la plus mauvaise défense du championnat mais aussi la troisième meilleure attaque, le défi est permanent et de plus en plus complexe.
Il y a 20 ans, le budget cantalien était dans la moyenne de ses concurrents. Puis, il a reculé, affichant 5,5 millions d’euros cette saison, soit près de quatre fois moins que Provence ou Brive, son voisin le plus proche, moins encore que les 7 millions du promu narbonnais.
La fidélité au club le plus enclavé de Pro D2, avec sa mosaïque de petits partenaires, lui suffit pour vivoter. Mais pour exister, il doit se démener.
« On est dans le milieu depuis longtemps, on a nos recettes, nos réseaux, nos passerelles avec la fibre locale qui nous aide. Ca fait partie de nos vieilles ruses de vieux briscards », reconnaît M. Brugère, citant volontiers le manager de Pau Sébastien Piqueronies, Aurillacois de naissance, ou l’ouvreur du Racing 92 Ugo Seunes (24 matches joués et 188 points inscrits en 2024-25).
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Un club « famille »
Aurillac a toujours misé sur sa formation, récompensée en 2022 par un titre de champion de France Espoirs aux dépens de Toulouse grâce à sa légion étrangère, ses Géorgiens et ses Néerlandais. Dix d’entre eux sont encore là, comme le troisième ligne international hollandais Tim De Jong (11 sélections), qui vivait près d’une plage aux Pays-Bas avant de débarquer à Aurillac.
« Au début c’était dur car il n’y a pas grand-chose à faire ici à part jouer au rugby. Mais j’ai eu la chance d’avoir des compatriotes avec moi donc ça a bien aidé. »
Les pièces rapportées s’attachent aussi très facilement à cet environnement rude l’hiver, atypique, car « on y trouve encore ces valeurs un peu de famille qu’on n’a peut-être pas dans d’autres clubs », retient le deuxième ligne Martial Rolland, arrivé en 2021 et qui vient de prolonger jusqu’en 2029.
« Comparé à une grande ville comme Lyon où j’ai été formé, le nombre d’activités est un peu plus limité ici. Donc on a cette chance de pouvoir se retrouver plus souvent entre nous, d’avoir une intégration qui se fait super
bien. »
Gontineac, légende et incarnation de la philosophie aurillacoise
Autre garant historique de cet enracinement, Romeo Gontineac, légende du rugby roumain, recruté en 1998 et qui n’est jamais reparti. « J’ai privilégié plutôt la vie de famille en gagnant un peu moins d’argent. »
Douze ans au centre de l’attaque d’Aurillac puis sept comme responsable des Espoirs avant de devenir manager en 2020 avec « des défis majeurs tous les jours à surmonter et c’est ça qui est excitant aussi, de se mesurer aux grands, de les coincer, de les battre, de dire que tout est possible. »
Dernier secret de la réussite, la pelouse de Jean-Alric, longtemps objet de fantasmes et de craintes psychologiques. Gorgée d’eau et boueuse, en pente, elle a été changée cet été pour un synthétique dernier cri, favorisant la vitesse. « Sans vouloir être
orgueilleux, notre jeu, c’est justement un jeu de vitesse, précise Jacques Brugère. Cette pelouse va le magnifier. » Mais cela suffira-t-il pour continuer d’exister ?
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