Fugitif, Rocky Elsom défend sa gestion du RC Narbonnais sur une radio australienne
Dix ans après les faits, Rocky Elsom parle encore de Narbonne comme d’une blessure ouverte. L’ancien capitaine des Wallabies s’est livré au micro de la radio 2GB à Sydney il y a quelques jours, pour raconter sa version d’une affaire judiciaire qui le poursuit depuis sa présidence du Racing Club Narbonnais entre 2015 et 2016.
En mars 2025, Elsom a été reconnu coupable d’abus de biens sociaux par le tribunal de Narbonne (avec relaxe partielle sur les faits de faux et usage de faux) et condamné à deux ans de prison ferme, une amende de 100 000 euros dont 50 000 avec sursis, et 240 000 euros à verser au liquidateur judiciaire du club. Officiellement en fuite et sous le coup d’un mandat d’arrêt international, il a toujours prétendu qu’il n’avait jamais reçu de convocation pour se rendre au tribunal.
« Pourquoi y a-t-il encore une accusation »
C’est donc en sa qualité d’innocent, comme il le prétend, qu’Elsom s’est exprimé sur les ondes australiennes. « Bien qu’il soit possible en France de mener des procès en l’absence de l’accusé, le fait de le faire sans défense est contraire aux droits de l’homme au sein de l’Union européenne », a-t-il plaidé, réaffirmant n’avoir pas été convié à son procès.
« Ce procès est en grande partie illégal, car on ne peut pas omettre d’informer l’accusé de la tenue du procès ; et deux ans plus tard – je l’ai dit dès le début, mais c’était difficile à croire -, deux ans plus tard, toujours pas un mot de la part du procureur. Ensuite, il y a les chefs d’accusation. Au pire, ceux-ci représentent potentiellement des centaines de dollars, voire des centaines d’euros, de préjudice, ce qui est ridicule. Ils sont désormais revenus sur la quasi-totalité de ces chefs d’accusation, mais il reste celui de détournement de fonds ; or, pour prouver ce détournement, ils doivent affirmer que le club se trouvait dans une situation financière précaire et qu’il n’a pas pu s’en remettre. Deux ans plus tard, c’est une affirmation ridicule. »
L’ancien troisième-ligne (41 ans, 75 sélections avec l’Australie) est pourtant accusé, selon la justice française, d’avoir détourné des fonds lorsqu’il était président de Narbonne et pas « des centaines d’euros », comme il le prétend, mais 700 000 euros provenant des finances du club, ce qui a conduit à sa mise en liquidation deux ans plus tard.
Des rapports financiers présentés comme preuve
Insistant sur son innocence, il avait toujours annoncé détenir les preuves du contraire et c’est à la radio 2GB qu’ils les a dévoilées. « Les rapports financiers datant de la période où j’ai quitté le club – qui n’ont pas été déposés par moi, mais par mes successeurs après mon départ – montrent que le club se trouvait dans la meilleure situation financière de son histoire, avec un solde positif supérieur d’au moins trois millions d’euros à celui que j’avais trouvé à ma prise de fonction. Or, ces chiffres sont incontestables ; alors pourquoi y a-t-il toujours une accusation ? », se demande-t-il.
Sûr de lui, Rocky Elsom crie désormais à l’injustice à son égard et explique comment sa réputation a été grillée au cours des dix dernières années dans le monde du rugby. « Depuis 10 ans, cette rumeur circulait, celle d’une enquête policière et d’un détournement de fonds, et je n’avais aucun moyen de me défendre. Mais maintenant, j’en ai un », dit-il. « Ça durait depuis longtemps, surtout dans le milieu du rugby, et pas seulement chez les Français. Les Australiens le disaient aussi, affirmant que toutes ces choses s’étaient produites. Il est désormais clair qu’il n’existe aucune preuve pour étayer ça, mais ce que je dois faire maintenant, c’est m’assurer que cette affaire soit définitivement classée, car c’est ce qui devrait se passer : elle n’a aucun fondement. »
Une réputation grillée dans le monde du rugby
Lors de son interview, il va ensuite beaucoup plus loin, en affirmant que cette persistance judiciaire n’a jamais eu qu’un seul objectif, l’écarter du monde du rugby. « Ils ne voulaient pas que je retravaille dans le rugby, et c’est très bien, mais ce n’était pas pour rien que ça a été fait. » Pour étayer cette thèse, il évoque le cas d’un autre président australien passé par le club, « ancien salarié de Rugby Australia et proche de Michael Cheika », qui aurait lui aussi été visé, dans le passé, par une rumeur de détournement de 300 000 euros, abandonnée ensuite faute de preuve.
Selon Elsom, ces deux épisodes portent la marque d’un même clan, celui d’un groupe de dirigeants ayant tenu le club pendant près de vingt-cinq ans avant son arrivée, et qu’il juge farouchement hostile aux changements qu’il avait tenté d’imposer durant sa présidence.
Le dossier attend désormais son passage devant la cour d’appel de Montpellier, sans date fixée à ce jour. Rocky Elsom demeure, en attendant, sous mandat d’arrêt international, ce qui lui interdit tout déplacement dans l’Union européenne sous peine d’être arrêté.
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