Les coulisses de la prolongation de Louis Bielle-Biarrey à l'UBB
C’était la nouvelle qu’on attendait et qui a couronné la première journée de Top 14 dimanche 6 septembre : la prolongation de l’ailier star de l’Union Bordeaux-Bègles Louis Bielle-Biarrey pour deux saisons supplémentaires, voire une en option. Si tout le monde l’espérait, si tout le monde semblait en être convaincu, il fallait quand même attendre l’officialisation. Mais comment ça s’est fait et pourquoi ça a pris aussi longtemps ?
En fin de contrat en juin 2027, LBB arrivait sur le marché et avait toutes les raisons d’affoler les compteurs au vu de son palmarès. Laurent Marti, le président de l’UBB, n’avait pas attendu la période consacrée pour poser les premiers jalons en voulant garder son poulain. Dès le mois d’avril, les discussions se sont engagées entre le club, le joueur et son agent.
Des discussions entamées en avril
« Dès le départ il y avait l’envie commune et la volonté de trouver un accord pour prolonger et de pouvoir s’engager sur une durée supplémentaire à celle qui était déjà prévue cette année », a confirmé Jérôme Chabran, agent de Louis depuis près de six ans, sur l’antenne de ICI Gironde. « Louis était très bien à Bordeaux. On a joué la franchise et l’honnêteté de manière à pouvoir discuter sereinement par rapport au club et par rapport à ce qu’il était possible de faire. »
Au terme de sa cinquième saison avec les doubles champions d’Europe, LBB a pris une épaisseur sans précédent, le hissant désormais à même hauteur que les Antoine Dupont ou Thomas Ramos. Lui qui était arrivé avec un petite contrat Espoir, a donc dû négocier un tout autre montant, tout en respectant les contraintes budgétaires et salariales du club. Entre le LBB qui arrive gamin de Grenoble, relativement méconnu, et le LBB qui est aujourd’hui considéré comme un des meilleurs ailiers du monde en terme de salaire, un gouffre s’est creusé.
Entre Espoir et superstar : un gouffre salarial
« C’est incomparable », confirmé Chabran. « Il est arrivé à Bordeaux à 18 ans avec un contrat Espoir, les contrats que propose l’UBB pour les joueurs en qui il croit et qui permettent aux joueurs de s’installer dans un projet du centre de formation. Et six mois plus tard, Christophe Urios (coach de l’époque, ndlr) lui faisait confiance, d’abord sur un match en Top 14, et puis après en Coupe d’Europe où il marquait trois essais. Il n’a cessé depuis de grandir, il est devenu international pour la Coupe du Monde en 2023. Et donc forcément, son statut évoluant, il était toujours un petit peu en retard par rapport à ce qu’il devait peut-être mériter. »
Sans dévoiler le montant où le taux d’augmentation du salaire, Chabran a une formule pudique : « il était logique et légitime de rediscuter de ces éléments-là avec une valorisation de Louis à la hauteur d’une valeur marché qui paraissait pertinente ». Malgré tout, il semble que les termes de la négociation aient également porté sur l’ensemble du club et non sur le seul joueur. Du moins, mieux valoriser le joueur star tout en considérant les autres.
Verrouillé pour trois saisons
« Aujourd’hui la rémunération d’un garçon comme Louis se situe parmi les rémunérations les plus hautes des joueurs de Top 14, des joueurs internationaux », poursuit l’agent. « On n’a pas cherché à faire de surenchère, on n’a pas cherché à vouloir pousser les choses beaucoup trop loin, parce qu’en même temps on sait aussi que pour que le club de l’UBB soit compétitif, il faut aussi que Louis soit entouré de joueurs performants, de joueurs de haut niveau. Et là était un petit peu tout l’enjeu, de trouver cet équilibre et ce compromis entre ce que mérite un joueur comme Louis Bielle-Biarrey aujourd’hui, et ce que le club peut faire aussi pour rester compétitif.
« On peut quand même considérer un engagement de Louis sur trois saisons et non pas deux », affirme l’agent. « Certes il prolonge de deux, mais la négociation et l’accord qui a été pris a été discuté sur trois. »
Coupe du Monde, JO et Adidas
Dans ces trois saisons, non seulement il y aura la Coupe du Monde de Rugby 2027 en Australie, mais aussi les JO de Los Angeles 2028 qui figurent bien dans une clause du contrat. Un autre élément a dû être traité : celui de l’équipementier de LBB qui devrait également devenir celui du club, Adidas.
« Ça a été plus compliqué le fait qu’Adidas devienne sponsor, équipementier du club de l’UBB à compter de la saison prochaine, 27-28, que le contraire », confie Jérôme Chabran. « Et si ça a duré en terme de négociation, c’est justement lié aux contraintes de ce qu’on appelle une partie associée, lorsqu’un équipementier est aussi sponsor du club, que le contraire. Donc c’est vrai que ça, on a beaucoup vu sur les réseaux sociaux des commentaires sur le sujet, mais tout le temps effectivement erroné ou injustifié par rapport à la réalité de la situation. »
Adidas a dû se plier… aux pieds de Bielle-Biarrey
Si les discussions entamées dès France 2023 entre Louis Bielle-Biarrey et Adidas ont duré, c’est notamment du fait… de la morphologie des pieds de LBB. « La problématique, c’est que le joueur après doit porter les chaussures de la marque, et que concernant Louis, techniquement il y avait un petit souci par rapport à ça, il était fidèle à une autre marque concurrente de par le morphotype de son pied, et effectivement il y avait des difficultés à le faire rentrer dans la chaussure, dans la chaussure Adidas », dévoile l’agent.
« Ça fait plusieurs saisons qu’il y avait des discussions et des approches pour essayer de trouver la bonne formule. Mais la condition sine qua non, c’était bien évidemment de porter la chaussure, et en tant que tel, lui ne pouvait pas porter la chaussure jusqu’à y a à peu près un an, l’été dernier.
Huit mois pour trouver chaussure à son pied
« L’été dernier nous sommes allés en Allemagne, au siège mondial d’Adidas, accompagné de personnes du marketing et de la filière rugby Adidas. Nous avons été très, très bien reçus pendant 48h là-bas, et effectivement Louis a pris certaines mesures, à rencontrer les personnes du service recherche et développement, du marketing… Et à partir de fin juillet de l’année dernière, on a commencé à réfléchir à la conception, réalisation d’une chaussure qui puisse correspondre aux critères de la marque, bien évidemment, parce que c’était important pour eux de s’inscrire dans cette dynamique-là, et de pouvoir créer une chaussure qui correspond, donc, techniquement, aux attentes de Louis, sans dénaturer ses performances, puisque c’est son outil de travail.
« Il y a eu plusieurs échanges, plusieurs essais infructueux. On avait l’ambition de trouver la solution pour la tournée de novembre, on n’y est pas arrivé, donc on est resté avec l’ancienne marque, fidèle à Louis, pour ne pas dénaturer ses performances sur les matchs de la tournée de novembre. On a encore travaillé pour le Tournoi des Six Nations, on n’y est pas arrivé sur le début du tournoi des Six Nations. Et finalement, à force d’essayer, à force d’évolution technique et technologique, le produit final a été validé pour le match contre l’Angleterre.
« Et ce match contre l’Angleterre, avec quel succès, puisque lui a été brillant ce jour-là avec ses collègues et il marque quatre essais. Et ce jour-là, c’est la première fois qu’il portait les chaussures Adidas, et avec quel succès… »
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