Ce que révèle la défaite du XV de France féminin face aux Black Ferns
Un record méconnu du rugby est tombé à Lyon, lors du premier week-end du WXV Global Series 2026. La Nouvelle-Zélande est devenue la première équipe autre que l’Angleterre à battre la France sur ses terres depuis novembre 2018.
Cette précédente défaite, il y a près de huit ans, 14 à 0 à Toulon, portait déjà la marque des Black Ferns. Résultat : la Nouvelle-Zélande et l’Angleterre restent désormais les seules sélections à avoir battu les Bleues en France depuis l’élimination en quart de finale de la Coupe du Monde de Rugby 2014, infligée par le Canada à Paris.
Ce record pourrait bien être à nouveau mis à jour très bientôt. Après avoir affronté l’Australie à Aix-en-Provence le 19 septembre, la France, quatrième au classement mondial, achèvera son volet européen du W.XV Global Series face au Canada, troisième nation mondiale, à La Rochelle le 26 septembre. Les Canadiennes ont largement dominé l’Écosse à Édimbourg ce week-end.
Ratier revendique une trajectoire, malgré la défaite
« Aujourd’hui a été difficile », a reconnu le sélectionneur des Bleues, François Ratier, après la défaite 14 à 28 au Stadium de Gerland samedi 12 septembre. « Personne n’aime perdre à domicile, mais nous avons un chemin à suivre. Ça va être dur, mais nous devons y aller car ce chemin va nous permettre d’être championnes du monde dans trois ans. »
Ratier avait été nommé en novembre dernier, sur un contrat de deux ans plus deux ans, pour succéder à Gaëlle Mignot et David Ortiz après la quatrième place obtenue par la France à la Coupe du Monde de Rugby 2025. La description du poste stipulait que le candidat retenu devrait « contribuer à la conception, la mise en œuvre et la gestion d’un projet de performance ambitieux visant à conduire le XV de France féminin vers le titre mondial en 2029 ».
Le technicien assume donc une lecture positive de cette deuxième défaite en deux sorties contre des équipes mieux classées, après le revers face à l’Angleterre lors de la dernière journée du Tournoi des Six Nations en mai. Lui et son groupe estiment sincèrement avoir des raisons d’être satisfaits, malgré ce résultat et malgré la perte de terrain au classement face au trio de tête.
« On voit bien où on manque de réussite, notamment quand il s’agit de capitaliser sur notre dynamique », a insisté Ratier. « C’est le premier match international de la saison, et il y a eu des périodes où on a semblé dangereuses. »
Des séquences prometteuses
Le sélectionneur pourrait pointer, par exemple, l’essai inscrit en fin de première période par la capitaine Pauline Bourdon Sansus, une première pour elle dans ce rôle, initié par l’ailière Léa Murie, qui a raffuté et battu plusieurs défenseuses dans le fermé, avant de servir la demi de mêlée parfaitement positionnée.
Ou encore la percée de Murie elle-même en début de seconde période, invalidée après visionnage pour une passe en avant d’Axelle Berthoumieu, lorsqu’elle avait transpercé la défense des Black Ferns après avoir récupéré le ballon au milieu du terrain. Une action qui aurait pu changer la physionomie du reste du match. La France tenait clairement la dynamique à ce moment-là.
Il y a eu aussi l’essai de Lina Queyroi, à treize minutes de la fin, qui a conclu un superbe mouvement collectif qu’elle avait elle-même initié par un coup de pied par-dessus bien senti. Le ballon avait circulé entre les mains de Gabrielle Vernier et Kelly Arbey avant de revenir vers l’ouvreuse remplaçante. Cet essai a brièvement ramené la France à portée de la Nouvelle-Zélande, 14 à 21, portée par un public conquis. Mais quatre minutes plus tard, la troisième ligne Mia Anderson, déjà marqueuse en première période, a percé une dernière fois la défense française et servi Liana Mikaele-Tu’u pour le dernier essai de la rencontre.
Les joueuses aussi retiennent le positif
Ratier n’était pas le seul à voir davantage de points positifs que négatifs. En bord de terrain, juste après la rencontre, la pilière Assia Khalfaoui confiait à France 2 que La Nouvelle-Zélande est une équipe qui impose un rythme élevé et qui est très solide, admettant certes que le groupe était en retard, mais pas complètement distancé. « Il nous reste du travail, mais c’est le début de quelque chose. Nous sommes quatrièmes au monde, elles sont deuxièmes, et elles nous l’ont fait sentir », rappelait-elle.
Bourdon Sansus a livré une analyse similaire aux journalistes : « Ce n’est jamais facile de rentrer dans une compétition, surtout contre la Nouvelle-Zélande. Il y a des choses positives. Défensivement, nous avons livré un gros combat et montré de l’agressivité. Offensivement, il y du travail, mais nous le savions, après seulement une deuxième semaine de préparation. Nous perdons des touches dans les zones de marque. Ça fait partie du jeu. On ne peut pas tout réussir. »
Elle n’a pas tort sur la combativité défensive des Bleues. Le sauvetage de Siobhan Soqeta, empêchant Veisinia Mahutariki-Fakalelu d’inscrire ce qui aurait été le troisième essai néo-zélandais de la première période, a constitué le point d’orgue d’une prestation globalement solide sans ballon.
Un plan de jeu à risque, encore imparfait
Personne, au sein du staff tricolore, ne nie qu’il reste encore beaucoup de travail. Les touches manquées, les fautes de main qui ont gâché des séquences prometteuses, l’incapacité à pénétrer dans les 22 mètres néo-zélandais pendant une bonne partie de la première période, les impasses empruntées et les occasions manquées : il est toujours facile de critiquer les erreurs depuis les tribunes. L’enjeu consiste à trouver des réponses.
Le plan de jeu français à Lyon reposait sur une sortie rapide du ballon vers l’extérieur, pour exploiter les espaces laissés par la Nouvelle-Zélande dans ce secteur. Une stratégie à haut risque et à forte récompense, qui a fonctionné sur les deux essais français. Mais la précision de passe qu’elle exige, face à une défense aussi agressive que celle des Black Ferns, a manqué lors de ce premier match.
Rattraper le retard
« Nous devons capitaliser sur ces moments-là. Physiquement, il est impossible d’absorber autant de collisions et de récupérer le ballon si on n’en fait rien ensuite. Donc oui, c’est frustrant, mais ce n’est pas inquiétant. On savait qu’on ne serait pas au rythme international aujourd’hui », affirme François Ratier.
« Le Canada vient de mettre soixante points à l’Écosse, l’Angleterre cinquante à l’Australie. Nous sommes un peu en retard sur ces deux équipes, ainsi que sur la Nouvelle-Zélande, mais pas tant que ça. Ces six matchs sur les deux prochains mois devraient nous permettre de rattraper une partie de ce retard. Dans quelle mesure ? On le verra au Tournoi des Six Nations. »
Actus, exclus, stats, matchs en direct et plus encore ! Téléchargez dès maintenant la nouvelle application RugbyPass sur l'App Store (iOS) et Google Play (Android) !
