France - Angleterre : quand les invincibles se découvrent vulnérables
« Si on arrive à faire une grosse entame, on va rentrer dans leurs têtes », prévenait la capitaine du XV de France Manae Feleu samedi, à la veille du choc contre l’Angleterre pour le gain du Tournoi des Six Nations.
Face à des « Red Roses » qu’elles n’ont plus battues depuis 2018, le plus difficile, « c’est surtout le fait qu’on n’a pas gagné depuis longtemps, d’y croire, donc on a beaucoup travaillé là-dessus cette semaine, pour montrer aux filles que c’était possible », estime la troisième ligne.
Renverser les statistiques
« Le groupe se sent super bien dans son rugby. Nous, de l’intérieur, on est beaucoup plus relâché dans notre rugby, on a beaucoup plus confiance en ce qu’on fait sur le terrain, et je pense que sur tout le Six Nations, on est monté en puissance et il faut qu’on arrive à faire un match plein pour le montrer », a poursuivi la capitaine des Bleues. Avec 20 points chacune, les deux formations sont en position de remporter le Tournoi dimanche au Stade Atlantique de Bordeaux.
Pour cela, il faudra renverser les statistiques, et une série de 17 défaites d’affilée contre l’Angleterre, championne du monde en titre. « Je pense qu’on n’y pense pas autant qu’elles », a estimé l’ailière anglaise Jessica Breach samedi après l’entraînement de la capitaine. « On n’y pense pas forcément plus qu’elles », a rétorqué Feleu, avant de poursuivre : « la pression est plus de leur côté, ce n’est pas nous qui avons une série de victoires à rallonge ».
Une dentiste en première ligne des Anglaises
À l’approche du choc décisif, l’Angleterre doit composer avec une équation médicale instable et des choix contraints. Le staff des Red Roses a ainsi fait appel à Liz Crake, pilier et dentiste à temps partiel, pour compléter le banc après le forfait sur blessure au genou de Kelsey Clifford. Une absence qui s’ajoute à celle d’Hannah Botterman, également en soins, et qui rebat les cartes dans la première ligne.
À 31 ans, Crake s’apprête à honorer une troisième sélection dans un contexte singulier : entre son cabinet du sud-ouest londonien, ses fonctions d’enseignante à l’université de Bristol et son engagement avec les Saracens, elle incarne cette génération encore contrainte de jongler entre carrière professionnelle et exigences internationales. Une réalité illustrée une semaine plus tôt par la première cape de Christiana Balogun, consultante en recrutement dans le civil, appelée en urgence.
La professionnalisation du rugby anglais n’est pas optimale
Malgré la professionnalisation engagée dès 2019, le rugby féminin anglais n’a pas totalement rompu avec ce double rythme. La capitaine Meg Jones en souligne la portée humaine et sportive : « Ce sont deux personnes remarquables qui répondent toujours présentes pour nous. La manière dont elles parviennent à s’adapter et à basculer selon leurs autres obligations… elles font preuve d’une grande résilience. » Elle poursuit : « C’est sans doute quelque chose que l’on finit par considérer comme acquis avec le temps. Je suis professionnelle depuis plus de dix ans, ce qui est énorme, mais certaines joueuses en Premiership Women’s Rugby continuent de gagner leur vie à côté tout en intégrant la sélection. »
« Quelqu’un finira par nous battre, nous le savons, et ce ne serait pas une honte. Mais cette pression nous pousse, car nous ne voulons pas abandonner cela facilement… »
Jones insiste sur l’exigence intacte du cadre international : « Nous en sommes pleinement conscientes et nous compatissons, mais cela ne se voit pas. Elles savent que lorsqu’elles arrivent ici, elles doivent être totalement engagées et prêtes. »
L’Angleterre vise une 38e victoire consécutive, synonyme de cinquième Grand Chelem d’affilée, mais les ajustements post-Coupe du Monde de Rugby et certaines fragilités défensives nourrissent les espoirs français. Le sélectionneur John Mitchell assume ce statut de référence : « Nous aimons être le modèle de la constance. Et avec ça, nous disons : venez nous chercher. Quelqu’un finira par nous battre, nous le savons, et ce ne serait pas une honte. Mais cette pression nous pousse, car nous ne voulons pas abandonner cela facilement. »
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