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Bouza : « aller en France a changé la façon dont les clubs perçoivent l’équipe d'Espagne »

Pablo Bouza
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Le Rugby Europe Championship 2026 ne restera pas un super souvenir pour l’Espagne. Dominée par le Portugal en demi-finale sur le score de 26-7, la sélection ibérique a fini troisième, spectatrice de la victoire d’Os Lobos sur la Géorgie en finale. C’était pas trop le scénario prévu.

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Un bilan en demi-teinte

Pablo Bouza ne cherche pas d’excuses. «En demi-finale, les choses n’ont pas tourné en notre faveur, principalement à cause du déroulement du match lui-même. Je dois rendre hommage au Portugal, tout en reconnaissant que nous n’avons pas été capables de corriger notre erreur tactique, », reconnaît-il.

Trois ans après son arrivée, le technicien argentin de 53 ans dresse tout de même un bilan positif avec des victoires contre la Roumanie, le Canada, les Tonga, l’Uruguay, les États-Unis et le Portugal au fil de l’eau. « Si je devais faire le bilan de mes 25 matchs en tant qu’entraîneur principal, je dirais que seuls quatre d’entre eux ne m’ont pas plu : ceux contre l’Irlande A et la Géorgie en février 2025, ainsi que les deux derniers contre le Portugal et la Roumanie lors du Rugby Europe Championship de cette année. Mais dans l’ensemble, nous pouvons nous estimer satisfaits de nos progrès », assure-t-il.

2027, le tournant d’une génération

C’est surtout la qualification historique pour l’Australie 2027, première participation à la Coupe du Monde de Rugby depuis 1999, qui a marqué son début de mandat.

«La sérénité est le mot qui décrit le mieux ce que j’ai ressenti au moment de la qualification », sourit-il. « Le parcours de l’Espagne pour se qualifier pour la Coupe du Monde 2027 en Australie était plutôt linéaire. Mais je savais aussi que tout le monde avait beaucoup d’attentes et d’appréhensions. C’était notre premier objectif, et maintenant que nous l’avons atteint, nous passons à la deuxième phase du processus : nous préparer aux exigences liées à la participation à une Coupe du monde. »

Bouza connaît le dossier de l’intérieur puisqu’il a été assistant avec l’Argentine en 2019 et avec l’Uruguay en 2023. Il a vécu de l’intérieur ce que représente une Coupe du Monde de Rugby. Mener l’Espagne jusqu’à ce stade après deux disqualifications administratives consécutives n’était pas une mince affaire.

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Un été studieux en Amérique du Nord

En juillet, l’équipe mettra le cap sur l’Amérique du Nord. Canada, Tonga et États-Unis attendent dans le cadre de la première édition de la Nations Cup. « Ça va ressembler à ce qu’ont été nos fenêtres de juillet et de novembre 2025. Nous sommes confrontés à trois défis de taille, d’autant plus que nos matchs se dérouleront en Amérique du Nord. En même temps, nous devrons trouver des solutions pour pallier d’éventuelles absences au sein de l’équipe, mais nous serons prêts à relever le défi. »

Des matchs de préparation contre des équipes du Nations Championship sont également envisagés, avec des séances programmées face à l’Écosse en juin.

« Dans le cadre de notre préparation pour la Coupe du monde, nous devons nous challenger face à des équipes de haut niveau capables de mettre notre stratégie à l’épreuve de manière différente de nos adversaires actuels. Nous allons disputer quelques rencontres avec l’Écosse en juin prochain, et nous devrions affronter deux équipes du Nations Championship lors de matchs de préparation à la Coupe du monde », dévoile-t-il.

Le pari gagnant des clubs français

Le travail de fond passe aussi par la France. Pablo Bouza s’est rendu dans les clubs du Top 14 et de Pro D2 en septembre 2024 et 2025 pour établir un dialogue direct avec les dirigeants.

« L’un des plus grands défis, ou l’une des plus grandes leçons apprises, concerne notre relation avec les clubs, en particulier ceux du Top 14 et du Pro D2. Nous veillons toujours au bien-être des joueurs, ce qui signifie que nous devons faire des compromis lorsque cela s’avère nécessaire », évoque le coach.

« C’est quelque chose qui me plaît. Nous avons rencontré tous les clubs comptant dans leurs rangs un joueur espagnol susceptible d’être sélectionné en équipe nationale. Y aller, ça a changé la façon dont les clubs français perçoivent l’équipe nationale d’Espagne. Ça a rationalisé et facilité l’ensemble du processus de sélection.

Partenariat gagnant avec Toulouse

Par exemple, Joel Merkler, pilier titulaire à Toulouse, incarne cette nouvelle relation. Lucien Richardis, ouvreur de 21 ans lui aussi dans l’orbite toulousaine, en est un autre exemple.

« Il ne devait jouer que les demi-finales et la finale du Rugby Europe Championship », explique Bouza. « C’était l’accord conclu avec Toulouse. Mais en raison de blessures, nous avons demandé au club de nous autoriser à l’aligner contre la Géorgie. Comme il n’était que le 24e joueur sur la feuille de match de Toulouse pour le match contre le Stade Français, ils nous ont permis de le faire venir. Gérer ce genre de situations fait aussi partie de notre travail.

Faire émerger les espoirs

« Avant, les joueurs n’avaient pratiquement pas de temps de repos entre janvier et mars. Ils jouaient pour l’Espagne, retournaient dans leurs clubs, puis jouaient à nouveau le week-end suivant, ce qui leur imposait neuf ou dix semaines de rugby sans pause. Ça n’était bon pour personne, mais grâce aux efforts de la fédération, des clubs, du personnel et des joueurs, nous avons réussi à changer cela, ce qui a été déterminant pour notre développement. »

Bouza se dit lui aussi très encouragé par les progrès réalisés par la fédération en matière de formation des jeunes espoirs.
« L’Espagne fait un travail remarquable dans le domaine de la formation des jeunes, ce qui nous permet de disposer de joueurs de talent et compétents, capables d’avoir un impact sur l’équipe. Par exemple, lors de notre match contre la Géorgie à Tbilissi, nous avons aligné deux piliers de 20 ans, Hugo González et Guido Reyes, qui ont tous deux livré de solides performances. C’est la voie à suivre.

Objectif : les phases finales

Sur la Coupe du Monde Rugby, l’objectif est posé sans détour face à l’Argentine, aux Fidji et au Canada que l’Espagne jouera en phase de poule. «Se qualifier pour les phases à élimination directe est un objectif. Mais ce que nous cherchons vraiment, c’est à produire de solides performances quel que soit l’adversaire. Nous devons être intenses et physiques comme nous l’avons été contre les Fidji en 2024 et 2025», affirme Bouza.

Pour la suite, rien n’est acté ; lui-même n’est pas assuré de rester à ce poste. «Il est un peu tôt pour prendre des décisions. Mais oui, ce serait formidable de pouvoir continuer après 2027. Je suis heureux de vivre en Espagne.»

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