Principality déserté, fuite des stars : le crépuscule du rugby professionnel gallois
« Je ne peux plus regarder quoi que ce soit en lien avec le rugby gallois. C’est incroyablement négatif » : le cri du cœur de l’ancien troisième ligne gallois Jonathan Thomas dit beaucoup de la crise profonde du rugby de son pays, en décrépitude cinq ans après son dernier Tournoi victorieux. Avant de recevoir la France dimanche (16h10) pour la deuxième journée, le Pays de Galles reste sur une série de douze défaites consécutives dans le Six Nations : il n’a plus gagné un match dans cette compétition depuis le 11 mars 2023 et un déplacement en Italie.
Depuis, ce sont deux cuillères de bois, avec cinq défaites en 2024 et 2025 et une édition 2026 commencée par une fessée contre le rival historique anglais (48-7). Signe d’un désintérêt croissant, plus de 15 000 places du mythique Principality Stadium de Cardiff, ex-Millennium, n’avaient pas trouvé preneur à deux jours du match, selon le site officiel de la billetterie, et il en reste encore 30 000 pour le match contre l’Italie, alors que la fédération galloise est propriétaire de cette enceinte de près de 74 000 places, qui lui assure une part non négligeable de ses revenus.
Vers la fin des Ospreys
Le problème est plus profond qu’un creux générationnel pour cette nation de trois millions d’habitants. En janvier, la Fédération galloise de rugby, fondée en 1881 et en grave crise financière, a entamé le processus de suppression de l’une de ses quatre franchises professionnelles, les Ospreys, quadruples vainqueurs du championnat celtique depuis leur création en 2003 et qui ont vu passer des stars comme Alun Wyn Jones, Dan Biggar ou le All Black Justin Marshall.
Seuls les Scarlets à Llanelli, les Dragons, qui jouent à Newport, et l’équipe de Cardiff sont assurés de subsister après 2027. Ce nouvel épisode du feuilleton de la fédération galloise intervient après des années de difficultés, marquées notamment par des accusations de culture de travail toxique, des menaces de grève de la part des internationaux et le risque d’une assemblée générale extraordinaire convoquée par les clubs locaux.
« Tout cela n’est-il pas épuisant ? » a écrit avant le début du Tournoi l’ancien troisième ligne gallois Jonathan Thomas, 67 sélections, sur ses réseaux sociaux. « Mais si Cardiff, les Dragons et les Scarlets restent et pas les Ospreys, alors comptez sans moi », a-t-il ajouté, accusant les dirigeants : « Vous êtes en train, à vous seuls, de détourner les gens de ce sport ».
La fuite des meilleurs joueurs
L’effectif actuel des Ospreys comprend les co-capitaines du Pays de Galles Dewi Lake et Jac Morgan ; si le talonneur Lake était titulaire contre l’Angleterre, le troisième ligne Morgan devrait manquer l’intégralité du Tournoi en raison d’une blessure. Dans ce climat d’incertitude, les deux joueurs ont déjà accepté de rejoindre le club anglais de Gloucester la saison prochaine.
« Je ne vois pas comment cela pourrait fonctionner », a déclaré Morgan à la chaîne galloise S4C la semaine dernière à propos du plan de la fédération, qui aimerait créer dans le même temps un centre de formation. « Il y a tellement de talent dans les villages de la région des Ospreys. Nous avons tous grandi en soutenant les Ospreys. Où irions-nous ensuite ? »
Dimanche, l’entraîneur Steve Tandy, lui aussi ancien des Ospreys, et son équipe accueillent la France avec un bilan comptable très défavorable : il a encaissé en moyenne 49,6 points lors des cinq matchs qu’il a dirigés et ne compte qu’une seule victoire, contre les modestes Japonais. « Je peux vous garantir qu’il n’y aura personne au Pays de Galles qui travaillera plus dur que lui pour rendre l’équipe plus compétitive et obtenir des résultats », assure pourtant l’ouvreur star gallois Dan Biggar, convaincu que Tandy fera progresser cette équipe, même si le processus s’avère « un peu plus long » que prévu.
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