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L'heure du bilan pour Montauban : « Avec nos résultats, 99% des équipes auraient implosé »


Le manager de Montauban Sébastien Tillous-Borde, le regard inquiet. (Photo by Valentine CHAPUIS / AFP via Getty Images).
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Le calvaire est passé pour Montauban. Après avoir enchaîné correction sur correction ces derniers mois, l’USM en a terminé de sa saison galère de Top 14, loin derrière tous les autres, un an après avoir obtenu le droit d’y jouer. Pour RugbyPass, son manager Sébastien Tillous-Borde dresse le bilan de cette année très particulière à 24 défaites – parfois très lourdes – en 26 journées et se projette sur la saison à venir, dans un championnat de Pro D2 où il espère retrouver les victoires et l’ambition.

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Comment ressortez-vous mentalement et même physiquement d’une telle saison ?

Quand nous sommes montés, nous n’avons pas pu faire le recrutement qui nous aurait permis de rivaliser avec les équipes de Top 14, qui sont vraiment armées. On savait que la saison serait difficile, mais peut-être pas autant qu’elle l’a été. On a perdu beaucoup de matchs mais notre qualité a été de rester soudés, ensemble et connectés. C’est l’ADN qui a fait qu’on est montés il y a un an. Aujourd’hui, on a fait le nécessaire pour basculer sur une bonne saison de Pro D2.

Avec le recul, lorsqu’on accède au Top 14 sans avoir été formaté pour, comme Vannes y était préparé cette année, se maintenir relève t-il de l’impossible ?

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Avant de monter la première fois en Top 14, Vannes s’y était déjà préparé depuis un petit moment. Pourtant, ils sont descendus au bout d’un an tout autant que nous. Avec des résultats meilleurs, certes, mais cela prouve que même en s’y préparant, ce n’est pas du tout facile. En revanche, je crois qu’en revenant en Top 14 l’année suivante, on a cette expérience et ce recul pour améliorer pas mal de petites choses et se donner plus de moyens de se maintenir.

Vos bons matchs à domicile du début de saison n’ont-ils pas donné de faux espoirs ?

Sur les trois ou quatre premiers matchs joués à la maison, on aurait pu gagner chacun d’entre eux. On perd contre Lyon sur deux exploits de Wainiqolo. Contre Montpellier, on mène de 9 points à moins de dix minutes de la fin et on ne gagne pas alors que c’était fait. Contre Castres, on meurt à quatre points… Tous ces moments-là auraient pu être des déclics positifs pour enclencher des victoires et on n’a pas réussi à les avoir.

« Malgré les scores, on a montré une belle image de notre équipe »

À quel moment votre groupe a-t-il intégré qu’il n’était pas au niveau du Top 14 et qu’il ne pourrait pas lutter pour le maintien ?

Après cette série de matchs qu’on n’a pas été loin de remporter au début, il y a eu cette victoire contre Perpignan. Et directement après, on a eu un gros creux en novembre et décembre. En janvier, on a connu du mieux, notamment contre Clermont et à Bordeaux où on n’était pas si loin… Voilà… Même si après ça on a encaissé beaucoup de points, la vraie victoire de notre groupe est d’être resté connecté jusqu’au bout malgré les défaites. On l’a vu à la dernière journée à Pau, où on ne perdait que de dix points à l’heure de jeu.

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Sur quels ressorts avez-vous appuyé sur les deux-trois derniers mois pour tenter de garder vos joueurs un minimum concernés ?

Cela a sincèrement été un vrai défi ! Quand on a su qu’on ne pourrait plus rien faire dans ce championnat, c’était un challenge de garder notre philosophie, de pouvoir animer les semaines de façon à ce que les joueurs se donnent à 100% le week-end et qu’ils aient envie d’aller chercher quelque chose. Comme on a pas mal de joueurs qui arrêtent en fin de saison, l’idée était de les faire sortir de la meilleure des manières. Malgré les scores, on a montré une belle image de notre équipe.

Vous avez dit récemment que le rythme intense du Top 14 ne convenait pas à tous les joueurs de votre effectif, c’est-à-dire ?

 Il y a un an, on a eu un parcours exceptionnel et on est montés de la manière qu’on connait. Mais je n’ai pas pu préparer cette équipe à monter en Top 14. Il avait des mecs qui étaient prêts à jouer à fond en Top 14, d’autres qui avaient conscience qu’ils n’avaient pas le niveau et encore d’autres qui savaient que le Top 14 était une machine à laver. Ils se disaient : « On doit enchaîner des blocs de onze matchs d’affilée » alors qu’en Pro D2 ce n’est pas plus de cinq, « on doit s’investir plus, voir beaucoup moins nos familles… ». Et tout ça sans avoir forcément plus de salaire… C‘est aussi ce côté caché qu’on imagine moins de l’extérieur mais qui est une donnée très importante. J’ai essayé d’amener tout le monde dans ce projet Top 14 mais ce n’était pas évident.

« Notre grande victoire a été de rester ensemble »

Mais encore ?

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Le Top 14 est un monde différent de celui de la Pro D2. C’est le très haut niveau. La Pro D2 est un super championnat, très valorisant mais dont le rythme est plus faible. On peut plus récupérer et être plus avec la famille. Le Top 14, c’est raid, il faut être là tous les week-ends et savoir se remettre en question chaque semaine. Les équipes se valent, on le voit cette année : par rapport à la saison dernière, seul Toulouse a réussi à se qualifier de nouveau. Cela montre à quel point ce championnat est dense et incertain. Ce n’est pas évident quand tu n’es pas préparé à ça et que ton équipe n’est pas construite pour ça.

Le manque de résultats fragilise toujours l’entraîneur. Avez-vous dû parfois enfiler le gilet pare-balles, entre les humeurs et les remises en question des mécontents ?

Cela faisait un an qu’on était ensemble avec ce groupe. Il y a bien-sûr des choix qui sont fait chaque week-end. On était 45 et il n’y en a que 23 qui jouent donc pour les autres c’est forcément difficile. Avec la densité du Top 14, tout le monde a quand même eu du temps de jeu donc je n’ai pas eu trop de problèmes par rapport à ça. Mais c’est sûr que c’est moins facile quand tu perds que quand tu gagnes et que tes choix sont validés. C’est pour ça que je dis que notre grande victoire a été de rester ensemble. Avec nos résultats, 99% des équipes auraient implosé. Pas la nôtre.

Si le relégué de Top 14 est naturellement favori pour la remontée la saison suivante, on se rappelle qu’Agen s’y est cassé les dents récemment après avoir vécu une saison de Top 14 semblable à la vôtre. Comment éviter cela ?

Pas besoin de remonter jusqu’à Agen, on peut prendre le cas d’Oyonnax qui était en Top 14 il y a deux ans et qui a fini dans le ventre mou de Pro D2 la saison suivante. Ils l’ont eu très dur alors qu’ils avaient la même équipe qu’en Top 14. À la différence de Vannes l’an dernier, nous aurons un groupe qui va totalement changer. On a seize mecs qui partent, douze ou treize qui arrivent. On doit reconstruire notre cohésion, à la fois rugbystique et hors rugby. Un vrai challenge se présente à nous. On verra si on est capable de terminer dans les six premiers.

Un groupe massivement renouvelé pour la Pro D2 : « Ce sera une autre histoire, une autre aventure »

C’était important pour vous de remettre du sang neuf pour impulser une nouvelle dynamique après cette saison à aligner les grosses défaites ?

Quand je suis arrivé à Montauban, ce n’est pas moi qui ai choisi le groupe. Il avait souffert l’année d’avant où il avait failli descendre. Avec ce même groupe, on a été champion et on l’a gardé comme ça pour jouer le Top 14, parce qu’il le méritait et aussi parce que le 15 juin, tu ne peux plus recruter de JIFFs de qualité supérieure. Il était très vieillissant cette année, avec plus de 30 ans de moyenne d’âge. Il fallait donc faire des changements et on aura la saison prochaine un groupe à 25-26 ans de moyenne d’âge. On devait repartir avec un vent de fraîcheur, un nouveau projet et qu’on puisse avoir, avec le staff, une équipe qui nous corresponde et qu’on a choisie.

Vous avez pu lancer des jeunes en fin de saison. Pensez-vous que ce rude apprentissage sur le tas leur servira et vous servira pour le futur ?

Oui, énormément ! Il y a eu beaucoup d’apprentissage pour eux en cette fin de saison compliquée. Mais si je les ai fait jouer, c’est qu’ils étaient prêts sinon je ne les aurais pas alignés. Certains jeunes sont en train d’émerger, ont pu s’exprimer à fond. On est très content de ça et on s’en servira pour les années à venir.

Pour quelle ambition ?

Le Top 14 est une machine à laver mais on a très bien travaillé sur notre recrutement. On a bossé sur plein d’aspects pour le club. Cette montée nous a permis de grandir et de voir ce qu’il fallait améliorer pour les années à venir. On ne s’est pas endormis sur nos lauriers. On veut être ambitieux parce qu’on a été champions il y a deux ans. Maintenant, on doit construire les choses dans l’ordre. On doit bosser fort, avec beaucoup de nouveaux. Ce sera une autre histoire, une autre aventure. Le but est de se qualifier, à nous de travailler dès le 7 juillet pour la reprise afin de tenir ces objectifs.

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