Les Springboks accusés de ralentir le jeu ? Erasmus et Peyper répondent
Rassie Erasmus et Jaco Peyper ont répondu à l’idée largement répandue selon laquelle les Springboks chercheraient à ralentir le jeu face aux All Blacks. L’entraîneur en chef sud-africain et son consultant technique se sont exprimés à quelques jours du premier test de la tournée à Ellis Park.
Peyper, ancien arbitre international aux 67 tests au sifflet, a d’abord posé les chiffres. « Pas une seule fois » les Springboks n’ont reçu de retour indiquant qu’ils ralentissaient le jeu en 2026, selon les nouveaux protocoles de retour d’expérience mis en place cette année.
La règle des 30 secondes rappelée
Peyper a rappelé la règle à laquelle se conforme l’équipe sud-africaine : trente secondes s’écoulent entre le moment où l’arbitre pose le pied au sol pour marquer l’endroit et la formation effective de la mêlée ou de la touche.
« Il y a eu une réunion “Shape of the Game” en début d’année, où toutes les grandes questions du rugby mondial sont discutées », a expliqué Peyper. « On appelle ça les domaines clés pour les arbitres, c’est en somme le contrat entre l’arbitrage et le coaching. On entraîne les joueurs à jouer d’une certaine façon, on essaie d’arbitrer de cette façon, puis nous faisons le point le lundi après le match.
« Sur les cinq matchs qu’on a eu, on n’a pas eu un seul retour disant qu’on ralentit le jeu. On n’a certainement pas eu de retour négatif là-dessus, et ce qu’on attend, c’est de jouer selon ces accords entre arbitres et entraîneurs. Et oui, la règle est très claire : trente secondes à partir du moment où l’arbitre pose le pied pour faire la marque, que ce soit pour une mêlée ou une touche, pas à partir du coup de sifflet, mais à partir du moment où le pied est posé, il y a trente secondes pour se mettre en position, pas pour mettre le ballon en jeu. On doit s’y tenir à la fin de ce délai, on respecte ça, et on s’entraîne pour ça. »
Pour Erasmus, le regroupement reste parfaitement légal
Rassie Erasmus a précisé de son côté que, durant ces trente secondes, l’équipe qui attaque peut faire ce qu’elle veut. « Jusqu’à ce que la touche soit donnée, vous pouvez prier si vous voulez. Vous pouvez vous mettre à genoux. Si vous voulez vous regrouper, vous pouvez vous regrouper. Il n’y a rien dans le règlement qui interdise de se regrouper, vous savez », assume-t-il, bravache.
« Nous avons onze langues différentes, il faut s’assurer que tout le monde comprenne la consigne pour la touche. Donc vous pouvez vous regrouper. Ensuite, quand l’arbitre donne la marque, il faut former la touche dans les trente secondes. Donc aucune règle n’interdit de se regrouper. »
L’altitude, vraie source du débat
Selon Jaco Peyper, le cliché selon lequel les Springboks ralentissent volontairement le jeu ressort systématiquement quand les équipes évoluent en altitude. D’après son expérience d’arbitre en Super Rugby, c’est toujours l’équipe sous la pression la plus forte qui cherche à casser le rythme.
« J’ai arbitré de nombreux matchs de Super Rugby ici, où les équipes en déplacement ralentissaient le jeu », a-t-il rappelé. « C’est la même chose. Les Lions ne voulaient pas de ça. Les Bulls ne voulaient pas de ça. Mais on peut aussi ralentir le jeu en commettant des fautes répétées dans le ruck ou dans le maul, et casser le rythme à ce moment-là. La bonne nouvelle, c’est qu’il y a des arbitres solides sur ces matchs, et les directives sont très claires. C’est donc aux équipes sous pression de décider : elles vont probablement essayer de ralentir le jeu. »
Trois vérités, une seule qui compte
Interrogé sur un possible affrontement de styles entre des All Blacks au tempo élevé et des Springboks plus lents, Erasmus s’est montré philosophe, défendant une manière bien personnelle d’aborder les situations de forte pression.
« Je pense qu’il y a toujours trois vérités : la vérité de la Nouvelle-Zélande, la vérité du monde, ce que l’on croit, et puis il y a la vérité, la “waarheid” », a-t-il déclaré. « La “waarheid“, c’est le mot afrikaans pour vérité. La waarheid, ce sont nos deux derniers matchs contre la Nouvelle-Zélande, à Auckland et à Wellington. Les gens peuvent revoir ces matchs, vous savez.
« Est-ce que c’étaient des matchs lents ? La Nouvelle-Zélande nous a battus lors du premier, à Auckland, en préservant son bilan là-bas, et ensuite on a fait du bon travail dans le second. On pense qu’il y a une certaine manière de gagner des Coupes du monde, et on pense que ça demande beaucoup d’efforts. On pense que lorsque l’on subit une forte pression en attaque, il est très difficile de conserver sa cohésion si cette pression est très intense et que l’on commence à perdre quelques ballons ; il faut alors rester fidèle à sa stratégie. »
« On essaie de trouver un équilibre entre tout ça, et quand les matchs deviennent vraiment décisifs, il faut avoir un système sur lequel s’appuyer, qui protège parfois les joueurs quand la confiance n’est pas toujours là pour improviser. »
Le premier test de cette tournée baptisée « Rugby’s Greatest Rivalry » se joue samedi 22 août à Ellis Park.