François Ratier : « Tout le monde a honte du résultat et tout le monde veut un rebond »
On aurait pu penser que la semaine après la défaite record face aux Black Ferns (81-12) de la semaine précédente à Hamilton aurait pu plomber le moral des Bleues. Pas du tout, à en croire le sélectionneur François Ratier. S’il n’est pas du genre à éluder aussi bien ses responsabilités que la réalité, il affirme que la déception a été vite évacuée pour passer à autre chose, et vite.
Car ce match n’était que le premier et qu’il y en a deux autres qui arrivent, le 24 à Whangarei et le 31 à Christchurch, là où les Bleus de Galthié ont été sèchement battus par les All Blacks en juillet dernier. « On ne peut pas se traîner la honte pendant six mois », insiste-t-il avant de livrer son sentiment sur la préparation en vue du deuxième test.
À quel point cette semaine a été utilisée pour digérer ce qui s’est passé samedi dernier ? Comment vous avez organisé cette semaine ?
François Ratier : Ça a été très vite évacué, dès samedi soir, avant de partir. J’ai réuni tout le monde avant de monter dans le bus. Avec l’équipe, c’est parfois difficile de faire des retours vestiaires, pour des raisons évidentes d’infrastructure. Donc j’ai réuni tout le monde pour bien, tout de suite, comprendre ce qui s’était passé, le verbaliser. On a failli, sans rentrer plus dans les détails, mais c’était très important que personne ne soit évidemment satisfait. C’est une évidence.
Évacuer sans éluder
Mais que surtout personne ne soit au fond du seau, encore une fois. Ce que je vous disais l’autre soir, c’est très important parce que c’est le premier match de trois et on a vraiment besoin de continuer, nous, de travailler pour rebondir. Comme je vous le disais, on savait qu’on jouerait la Nouvelle-Zélande. On savait qu’on les jouerait en début de cycle et on savait que ce serait une équipe très forte. C’est factuel et ça l’est toujours.
On n’était vraiment pas satisfaits de la façon dont on a perdu. Qu’on ait joué contre plus fort et qu’elles aient une meilleure performance que nous, ça, c’était acceptable, parce que c’est le sport. C’est très important aussi que les filles sachent que nous, le staff, on a une part de la solution aussi, comme elles. C’est comme ça qu’on a fait. Donc c’était une semaine saine.
Personne n’est content du résultat. Tout le monde a honte du résultat et tout le monde veut un rebond. À partir de là, on a pu travailler sans que les joueuses soient dans un mode de contrition ou de stress ou quoi que ce soit. On a contre-performé. On a essayé d’évacuer très vite. Ce sera toujours là, mais il fallait aussi qu’on travaille.
Qu’est-ce que vous attendez des joueuses d’expérience, notamment chez les trois-quarts ?
On a fait un gros point aussi en début de semaine sur notre obligation dans ce cycle-là. Ce qui n’existe pas, ce qui n’est pas super développé dans cette équipe de France jusqu’à présent et un peu dans le passé proche, c’est notre leadership stratégique. Notre capacité à pouvoir inverser la pression, notre capacité à appuyer quand on peut faire mal, etc.
Ces joueuses-là, c’est ce qu’on attend d’elles. On attend de ces joueuses-là la capacité de très vite identifier les moments où on doit jouer différemment. C’est ce qu’on a travaillé cette semaine, avec aussi des scénarios stratégiques un peu plus poussés, où on doit parfois occuper plus, et quand et comment, etc. C’est quelque chose qu’on voulait développer de toute façon pendant cette tournée.
Une réponse qui dépasse le score
Qu’est-ce que vous attendez de ce deuxième test pour considérer que ton équipe a réellement répondu et pas seulement réduit l’écart ?
Ce qu’on attend, c’est vraiment, nous, en plus du match en lui-même… Forcément, s’il y a match, il y a compétition, il y a score, il y a victoire, défaite, etc. Nous, à l’intérieur, c’est vraiment être capables de maîtriser ce qu’on fait. Je ne sais pas combien de ballons on aura, je ne sais pas combien de ballons elles auront. Pour nous, c’est : quand on est en possession du ballon, est-ce qu’on est capables de faire ce qu’on a dit qu’on ferait pendant la semaine, en fonction des choses qu’on a identifiées chez l’adversaire ? Et quand on est en défense, est-ce qu’on est capables, là aussi, de mettre en place le système qu’on a mis en place précédemment et qui fonctionnait jusque-là ?
Ça, c’est le vrai challenge à l’intérieur du match. C’est la capacité de ces joueuses-là, avec, pour certaines, leur inexpérience, la vitesse à laquelle elles vont combler ces retards. En fait, il y a une courbe d’apprentissage accélérée pour certaines, mais on est obligés de passer par là dans le cycle. Si je ne le fais pas là, si je ne mets pas ces joueuses-là en ce moment, en Nouvelle-Zélande, en 2027, j’ai pas d’autres occasions de les mettre après de façon encore plus bénéfique.
Les jeunes Bleues face à l’apprentissage
Donc c’est là, et c’est raide et c’est dur pour ces joueuses-là, parce que c’est un apprentissage accéléré. Quand on fait les retours avec elles, on leur donne du contexte. On ne les juge pas. On ne juge pas la performance d’une joueuse de vingt ans sur un 80 minutes, un dix ou un douze. C’est pas ça qu’on regarde. On regarde comment elle a appréhendé le moment, comment elle a passé la semaine, l’entraînement, comment elle l’a vécu. On ne veut pas que ce soit une expérience négative.
Elles ne vous en veulent pas non plus de les lancer comme ça dans le grand bain ?
Pas du tout (sourire). D’abord, on a des échanges très, très honnêtes avec les joueuses. On est très ouverts. Il n’y a pas une jeune joueuse qui me croise dans un couloir et qui essaie de m’éviter pour pas me poser de questions… Pour les joueuses, peut-être plus que chez les mecs, le plaisir de faire partie de l’équipe et de jouer pour l’équipe surpasse la grosse déception. Ça surpasse tout ça.
Évidemment, elles auraient préféré commencer leur match sur une victoire contre je sais pas qui, en France. Mais là elles font leurs débuts en Nouvelle-Zélande contre la meilleure équipe du monde aujourd’hui. La Nouvelle-Zélande- on verra sur la durée – mais aujourd’hui, c’est la meilleure équipe. C’est juste une question d’être tous sur la même longueur d’onde sur ce qu’il vient de se passer, où est-ce qu’on est dans notre cycle et où est-ce qu’on va à partir de là. C’est tout. Il n’y a pas plusieurs niveaux de discussion avec les joueuses. Les jeunes écoutent, elles apprennent et un jour, elles seront en position de performer contre ce genre d’équipe et se rappelleront que ça n’a pas toujours été le cas.
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