Antoine Dupont : « depuis deux ans, on se prend les pieds dans le tapis »
Deux doublés contre Montpellier et Bayonne, cinq rencontres disputées sur les six premières journées de Top 14 et une influence retrouvée dans le jeu toulousain. Antoine Dupont aborde la Champions Cup avec une préparation qu’il n’avait plus connue depuis plusieurs années. Avant de recevoir Exeter ce dimanche 18 octobre au Stadium (16h15), le capitaine des Rouge et Noir mesure surtout les bienfaits de sa coupure estivale.
Depuis 2022, ses débuts en club avaient en fait toujours été retardés. La Coupe du Monde de Rugby en France, les congés pris après le titre olympique en rugby à 7 aux JO de Paris 2024, puis sa rupture des ligaments croisés du genou droit l’avaient successivement éloigné des premières journées du championnat. Cette fois, il était là dès la reprise.
Quatre ans qu’il n’avait pas disputé un début de saison normal
« Oui, ça faisait, je crois, quatre ans que j’avais pas débuté une saison normalement », sourit-il. « Mais je pense que ce qui m’a fait du bien, c’est surtout la coupure de cet été. Au final, quand je suis revenu de mon genou, j’ai fait une vingtaine de matchs alors que j’ai joué que la moitié de la saison. Donc ça a été dur de tout enchaîner à la sortie du Tournoi.
« J’ai eu une baisse de forme physique, j’avais du mal à enchaîner les matchs, à enchaîner les efforts sur le terrain, et du coup, c’était plus compliqué. Donc la période estivale m’a fait beaucoup de bien, de pouvoir me régénérer, me repréparer et espérer pouvoir enchaîner dans la meilleure forme toute la saison, qui va être longue aussi. »
Revenu très fort fin novembre 2025, Dupont avait accumulé dix-huit feuilles de match en cinq mois, avant de perdre de son influence sur certaines rencontres. Une blessure fin avril avait ensuite limité sa fin de saison à trois apparitions en deux mois. Brillant en demi-finale du Top 14 contre le Racing 92, il avait finalement dû renoncer aux rencontres de juillet avec les Bleus, touché à un mollet.
Le repos compte aussi pour Dupont
Ugo Mola ne cherche pas d’explication compliquée au retour en forme de son demi de mêlée. « Quand Antoine est sur le terrain et dans des dispositions physiques acceptables, ça reste Antoine Dupont », relève-t-il. « Antoine ne déroge pas à la règle de se préparer, se reposer, s’entraîner et performer. »
La question dépasse son seul cas, dans un effectif récemment privé de plusieurs cadres, parmi lesquels Emmanuel Meafou, Thibaud Flament et Thomas Ramos. Dupont constate que les blessures imposent une rotation parfois critiquée, mais difficilement évitable. Il souligne aussi l’apport des jeunes Toulousains, déjà sollicités lors des absences des internationaux et sur lesquels le club devra encore compter.
Une année particulière pour la gestion des blessures
« C’est sûr que cette année, on est particulièrement touchés, pour notre part », admet le capitaine toulousain. « C’est vrai qu’avant, en équipe de France, on n’arrivait pas à enchaîner trois matchs d’affilée avec la même composition. Mais depuis quelques saisons, je trouve qu’on avait réussi à avoir une continuité dans les choix de la sélection, mais aussi dans le fait de ne pas avoir des joueurs trop souvent blessés. Et c’est vrai que ce début de saison, pour nous, mais je vois pour d’autres clubs aussi, qui sont pas mal touchés, beaucoup d’internationaux aussi.
« Et puis nous, on a dû faire face à des blessures longues aussi, ce qui n’est pas évident. Des joueurs qu’on ne peut pas remplacer dans l’effectif avec le nouveau système de jokers, qui le rend très compliqué. Du coup, on voit tous les clubs qui doivent s’adapter avec des jeunes, avec des effectifs où on râle parfois qu’il y a beaucoup de turnover, mais les managers et les clubs n’ont pas le choix face au nombre de matchs et aux blessures. Donc ça fait partie de la vie d’un club à laquelle on doit s’adapter.
« Et encore, je pense qu’on a quand même beaucoup de chance chez nous, quand on voit le niveau des jeunes qui montent à chaque fois. On en a beaucoup parlé à Castres, mais ça a été déjà le cas sur le début de saison et sur les saisons auparavant. C’est toujours eux qui ont fait le taf quand il y avait des blessés ou des internationaux, et on va en avoir encore plus besoin cette année. »
« On n’est pas des machines non plus »
« Ce qui est de plus en plus dur, c’est d’enchaîner les matchs. Déjà, dans le niveau du Top 14, aujourd’hui, il y a peut-être dix équipes sur quatorze qui peuvent prétendre à jouer des phases finales. Donc il n’y a jamais un week-end où tu peux te la faire tranquille. Tu es toujours obligé d’être à fond. Les semaines d’entraînement ont beaucoup évolué aussi, comparé à quand j’ai débuté. Aujourd’hui, c’est dur de pouvoir enchaîner parce qu’elles sont très dures physiquement. Et malgré ça, il faut quand même tous les gagner si on veut être devant.
« Donc c’est toute la complexité des staffs qui essayent de faire au mieux pour préserver la santé des joueurs, mais qui ont aussi des objectifs élevés dans tous les clubs. On voit des joueurs qui sont obligés de faire toutes les feuilles de match, d’enchaîner tous les matchs. Il arrive un moment de la saison, si ce n’est pas la blessure, c’est la contre-performance, parce qu’à un moment donné, on n’est pas des machines non plus.

« Il faut trouver des solutions là-dedans, parce que je ne pense pas que le temps de jeu effectif soit parti pour baisser, que les joueurs soient moins costauds et aillent moins vite. Donc tant mieux pour le spectacle, pour les spectateurs tous les week-ends. Mais nous, à l’intérieur, avec des effectifs qu’on essaye de faire de plus en plus larges, mais c’est pas évident non plus au vu des contraintes de chaque club, on doit s’adapter. Mais c’est sûr que c’est bien plus dur d’enchaîner les matchs aujourd’hui qu’il y a dix ans. »
Toulouse doit retrouver de la rigueur
La fraîcheur de son capitaine ne dispense pas Toulouse de corriger ses défauts. Contre Bayonne, les Rouge et Noir ont encore dû rattraper une entame insuffisante. Dupont y voit un manque de concentration et une continuité encore trop fragile.
« On prend n’importe quel match à la légère, on prend le risque de le perdre, tout simplement. On a été laxistes dans notre intensité, dans nos déplacements, dans notre engagement sur le début du match. On a failli le payer cher sur la longueur. Heureusement qu’on s’est réveillés sur la deuxième mi-temps et que les avants ont fait le job sur les ballons portés, qui nous a permis de prendre le score. »
Les entames réussies contre Castres et Bordeaux constituent de meilleures références. Face à Exeter, Toulouse devra aussi s’adapter à un adversaire moins familier, dont le jeu de mouvement et les déplacements organisés posent d’autres problèmes que ceux rencontrés chaque semaine en championnat.
« On s’adapte, tout simplement », assure-t-il, telle une évidence. « C’est la même problématique pour tout le monde. On a l’habitude de switcher de l’un à l’autre, donc on peut passer du championnat à la Coupe d’Europe. Après, c’est la semaine d’après, il faudra rebasculer plus rapidement, mais on s’adapte. Cette compétition change tous les ans, il y a des règlements qui ont changé cette année. On est dans l’adaptation constante et on doit faire avec. »
Pas question de se présenter en favori
Les deux dernières campagnes ont rappelé aux Toulousains combien la qualification se prépare dès l’automne. Antoine Dupont garde notamment en mémoire les deux défaites à l’extérieur de la saison passée, qui avaient ensuite contraint son équipe à voyager en phase finale. Les points abandonnés en poule avaient déjà rendu le chemin plus difficile.
Pas question, dès lors, de se présenter en favori avant même de recevoir Exeter.
« Il n’y a rien qui est jamais promis dans cette compétition. On voit toujours qu’il y a beaucoup de surprises. En tout cas, ce qu’on voit souvent aussi, c’est que ceux qui gagnent, c’est ceux qui finissent premiers de poule au départ », constate Antoien Dupont, fixant par là-même le cap. « Donc on va déjà voir sur ces rencontres les équipes qui ont mis plus ou moins l’accent sur cette compétition. Et déjà, fin janvier, on en saura plus pour faire des pronostics, je pense.
« Au vu de nos dernières campagnes, je ne suis pas sûr qu’on puisse se fixer en favoris. Honnêtement, l’année dernière, on avait dit qu’on voulait y faire quelque chose et on est passés à côté. Donc cette année, on va encore essayer puisqu’on sait que cette compétition est hyper importante chez nous. Et pourtant, depuis deux ans, on se prend les pieds dans le tapis. Donc on va tout faire pour figurer au mieux. Mais parler de favoris aujourd’hui, c’est un peu tôt, je pense. »
Première étape donc face à Exeter, adversaire battu par plus de 60 points les deux dernières fois. « Le jeu anglais est un jeu différent, qui est pas sur les mêmes bases que le nôtre. Ils jouent beaucoup en système, avec des joueurs qui se déplacent beaucoup. Donc il faut qu’on soit capables de faire face à ça. On a essayéde le travailler au mieux cette semaine. Et c’est aussi ce qui fait, j’ai envie de dire, la spécialité de cette compétition, c’est de jouer des équipes qu’on n’a pas l’habitude de jouer, de se confronter à d’autres rugbys. Et c’est ça qui est intéressant et enrichissant aussi. »
Toulouse retrouve un Dupont capable de peser autour des rucks et d’accompagner les franchissements de ses partenaires, comme Montpellier et Bayonne ont pu le constater. Reste à mettre cette forme au service d’un départ européen sans les points perdus qui ont coûté cher ces deux dernières saisons.
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