Vannes : la finale comme aboutissement logique d'une saison de l'impossible
Deux cents billets mis en vente un lundi matin, épuisés en treize minutes. Le RC Vannes disputera la finale de Pro D2 le samedi 6 juin face à Provence Rugby. Une ville entière va basculer en mode finale, portée par le 45e match consécutif à guichets fermés à la Rabine. Un engouement qui ne se décrète pas.
La saison passée en Top 14 aurait pu briser l’élan. Premier club breton à avoir atteint l’élite en 2024, Vannes était vite redescendu après avoir été lanterne rouge toute la saison. « Ça restait une descente et une dernière place au classement, ça restait quand même un échec sportif », a reconnu le directeur général Martin Michel. Mais la ferveur, elle, n’a pas vacillé.
Un stade trop petit pour un club trop grand
« L’amour pour le RC Vannes, qui d’ailleurs a été nourri par son passage remarqué en Top 14, ne s’est pas démenti du tout cette année », s’est-il réjoui auprès de l’AFP. Dès l’avant-saison, le signe était là : 17 000 spectateurs au Roudourou de Guingamp pour un amical contre Toulouse, 30 000 à Roazhon Park en novembre pour une victoire en championnat contre Grenoble.
Des rencontres qui ont « conforté l’ancrage et l’attachement de la Bretagne au projet », a estimé le directeur général, mais aussi confirmé que le potentiel de public dépassait largement les 12 500 places actuelles de la Rabine. Véritable « poumon économique » du projet, le stade devrait passer à 15 000 places « à court ou moyen terme », avec 3 000 loges en supplément. « On verra pour la suite », a glissé le dirigeant, sans s’avancer davantage.
Un budget mieux anticipé
Le club a mis ce temps à profit pour se structurer. On a « profité de cette saison pour grandir », résume Michel, pointant des « avancées sur la capacité à organiser la gouvernance du club et à organiser une économie autour du club ». Résultat : 650 entreprises partenaires, dont quinze « premium » et cinq entrées au capital la saison dernière, un budget d’environ 20 millions d’euros, proche des 23 millions engagés en Top 14.
Si montée il y a, le club espère se rapprocher du peloton de l’élite qui tourne autour de 30 millions d’euros, mais sans prise de risques excessive. « On fera grandir naturellement le projet du club (…) mais dans ce Top 14 on sera avant tout positionné comme un simple candidat au maintien », a concédé Martin Michel. « L’idée est de créer de manière vertueuse une économie qui serve au sportif pour progresser, pas de faire tapis à chaque fois et lancer tous nos atouts sur la table », a tranché le DG.
Des records qui tombent
Sur le terrain, la saison a été sans équivalent. Premiers avec 21 points d’avance sur Colomiers, assurés du titre dès la 26e journée après un 71-0 infligé à Béziers, les Morbihannais ont battu le record de points marqués en une saison – 1 092, contre 1 076 pour Brive en 2002-2003 – avec une différence étourdissante de +549. Seize victoires à domicile, dont quatorze bonifées, douze succès consécutifs : des statistiques jamais vues en Pro D2. La demi-finale contre Oyonnax n’a fait que prolonger la démonstration. 48-7.
Pourtant, personne au club ne s’est laissé griser. « Rater la remontée immédiate serait une déception, notamment pour le groupe des joueurs qui maîtrise la compétition depuis le début du championnat », a admis Martin Michel. « Après, les règles de la compétition, on les connaissait dès le début. Il y a deux ans, quand on a terminé deuxième (de la phase régulière) et qu’on a été sacré champion à Toulouse, peut-être qu’on était heureux que le premier n’y monte pas directement. »
« On est plutôt dans l’idée d’avoir tout à gagner »
Le coach Jean-Noël Spitzer, lui, a refusé d’endosser le costume du favori encombrant. « On est plutôt dans l’idée d’avoir tout à gagner. On a exprimé toute la saison notre capacité à être bons. À nous d’être à notre niveau et de montrer notre meilleur visage. C’est notre focus et notre mantra. » Armés de leur expérience des phases finales, les Vannetais éprouvent même « une forme d’impatience décuplée par le fait d’avoir été un petit peu en phase d’attente là sur cette fin de saison », a assuré l’entraîneur.
Revers de la médaille de leur saison exemplaire, ils n’ont plus disputé de match avec un réel enjeu sportif – mise à part la demi-finale – depuis un mois et demi, mais « ce n’est quand même pas une situation inconfortable », a relativisé le technicien. « On a profité aussi de ce confort pour s’accorder du temps de repos, du temps de travail », a-t-il expliqué même si cela a aussi « un inconvénient, c’est que tu sors un petit peu de la compétition, de cette pression ».
L’ouvreur Maxime Lafarge a confirmé cet état d’esprit : « Il y a eu des turnovers, surtout sur des matchs à domicile. Sur des
matchs à l’extérieur, on a envoyé une équipe avec un peu plus d’expérience, on a essayé de se challenger, surtout sur les gros matches à l’extérieur. Il y a toujours eu cette motivation pour performer, pour garder des standards élevés. Je pense que c’est ce qui nous permet de continuer sur un chemin aussi long. »