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Jeff Poirot : « quand Matthieu est sur le terrain, j’ai beaucoup moins de doute que quand il n’y est pas »

reporting from Brisbane

Le Français Jefferson Poirot observe le match du Championnat des Nations de rugby opposant l'Australie à la France au Suncorp Stadium de Brisbane, le 11 juillet 2026. (Photo de Pat Hoelscher / AFP via Getty Images)
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Ce coaching de la France à la 45e minute contre l’Australie était voulu, à en croire le talonneur Peato Mauvaka, par ailleurs loin de ses standards. En remplaçant toute la première ligne à la 45e, Galthié et son staff ont donné le signal de la révolte alors que les Bleus étaient menés 21-15.

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C’est à ce moment-là que Jefferson Poirot, le vétéran de ce groupe France dans l’hémisphère Sud (33 ans, 37 sélections), est entré sur le terrain avec Maxime Lamothe et Tevita Tatafu. À partir de là, la France a progressivement rattrapé son retard pour inscrire 27 points en 23 minutes et au final l’emporter 42 à 26 au Suncorp Stadium de Brisbane, samedi 11 juillet.

Une triste première pour l’Australie depuis… 57 ans

Pour les Australiens, cela ne leur était plus arrivé de laisser filer un écart aussi conséquent lors d’un test-match à domicile depuis… juin 1969, lorsqu’ils menaient de 11 points contre le Pays de Galles à Sydney (11-0 à la mi-temps, défaite 19-16).

Pas mal pour un joueur que l’on n’attendait plus en équipe de France – lui le premier ! – pour laquelle il n’avait plus joué depuis six ans. Aujourd’hui, il savoure chaque minute. Souriant, détendu et satisfait, le pilier champion d’Europe a accepté de répondre à quelques questions avant de filer à l’hôtel.

VIDEO

Comment as-tu réagi depuis le banc à la domination des Wallabies pendant les 45 premières minutes ?

Jefferson Poirot : C’était compliqué parce qu’on manque un petit peu de justesse et ça a été assez frustrant de le vivre du bord parce qu’on a eu quand même quelques bonnes séquences où malheureusement ils ont un très bon numéro 7 (Fraser McReight, ndlr) qui les sauve deux-trois fois, où sur la dernière passe on n’est pas juste, ce qui est un peu dommage et ce qui nous laisse un peu un goût amer à la mi-temps. Mais on reste confiant parce qu’on sent que l’équipe est quand même prête, à l’image de cette première séquence où on marque très très rapidement.

Est-ce que d’avoir marqué rapidement justement (essai de Manny Meafou à la 2e minute) n’a pas poussé la France a baissé un peu la garde ?

Peut-être, je sais pas te dire exactement. Mais c’est vrai que par la suite on a manqué un peu de justesse. On a senti que quand on tenait le ballon pour autant on arrivait à imposer les séquences, on arrivait à avoir du jeu intéressant. Et c’est vrai qu’on a eu un petit péché de gourmandise par moment avec ces passes de trop ou cette dernière passe qui manquait de justesse. Donc voilà, on n’est pas super inquiet non plus, mais il fallait vraiment régler ça.

À ce propos, comme s’est ajusté le coaching ?

Sur la première ligne, William nous a dit qu’on allait rentrer rapidement. Donc on était prêt, il nous a demandé d’amener de l’énergie, donc on s’est préparé pour ça. Et puis après l’équipe aussi, dans l’ensemble, est montée en régime. On a vraiment senti que l’équipe prenait vraiment en énergie. Et on savait aussi que l’Australie démarrait très fort ses matchs et que sur la deuxième mi-temps il y aurait sans doute plus d’opportunités. Donc voilà, ça nous a permis de vraiment le construire.

Concernant l’essai de Manny : marquer contre son pays d’enfance dès la deuxième minute. Ça devait être vraiment spécial pour lui ?

Oui, c’est spécial pour lui. Après c’est un joueur qui ne communique pas énormément, mais en tout cas ce qui a été dit au sein de l’équipe c’était que vraiment il fallait l’accompagner pour que ce soit un grand moment. On avait vraiment à cœur de faire un grand match pour lui, pour Moses (Alo-Emile, ndlr), pour Tom (Stanifoth, ndlr) aussi. C’est vrai que c’est des moments très importants dans un groupe, de pouvoir être solidaires derrière des joueurs pour qui c’est important. Et je suis assez content pour eux que ça ait pu être un match qui soit gravé à vie pour eux, avec une belle victoire pour l’équipe de France et qui valide leur choix on va dire.

Gagner en Australie c’est pas fréquent. Ça veut dire quoi pour toi, pour ce groupe-là, à un an de la Coupe du Monde de Rugby ? 

Je trouve que c’est une très bonne chose. On était hyper frustré du match de la semaine dernière (défaite de deux points face aux All Blacks, ndlr), je vais pas le cacher. Il y a eu des opportunités là aussi, apparemment on a manqué peut-être un peu de justesse, donc c’est vrai qu’on était assez frustré. On n’est pas passé loin de quelque chose d’immense. Et malgré tout ce qui était annoncé, c’est vrai que gagner ici en Australie, finalement ça avait été fait que trois fois dans l’histoire de l’équipe de France. Sur les dix dernières confrontations, il y avait autant de victoires que la semaine dernière en Nouvelle-Zélande, il y avait une victoire sur les dix derniers matchs. Donc c’est vrai que ça marque une étape importante, avec la manière aussi, avec un groupe à 23.

C’est Fabien Galthié qui vous avait montré dans la semaine ce graphique des défaites en Australie…

En toute honnêteté, quand il nous le montre au milieu de la remise de maillot, il arrête la remise de maillot, il dit “tiens j’ai quelque chose à vous montrer” et il nous montre ça. Personnellement j’en avais pas conscience. Il a bien fait de nous le montrer. Il nous a dit “les gars, je vous l’ai dit, gagner ici c’est un exploit”. Et c’est vrai que je pense que là le groupe a pris conscience aussi de ce qui allait nous attendre le lendemain.

Pour l’instant le Championnat des Nations, par rapport à une tournée normale, qu’est-ce que tu en penses ? 

Je trouve que c’est incroyable. Ça change tout. Quand tu vois le classement, tu te bats avec les nations de l’hémisphère Nord. La semaine dernière, pour rien vous cacher, on était quelques joueurs dans la chambre, on a regardé quasiment tous les matchs qui ont suivi pour se dire “pourquoi l’Irlande ils viennent là ?”, “qu’est-ce qu’ils nous font les Écossais ?”. Donc c’est vrai que c’est un côté vraiment plaisant. Je trouve que ça donne du pep’s et ça rend différente la tournée de fin de saison, même s’il faut aller au Japon dans une semaine, en avion, en changeant de climat, tout ça.

Le fait que Matthieu Jalibert soit positionné à l’arrière, qu’il ne se soit entraîné que cinq minutes la veille et donc qu’il ait zéro automatisme ou presque à ce poste-là, il y a quand même la place pour deux-trois doutes ou pas du tout ?

Honnêtement, quand Matthieu est sur le terrain, j’ai beaucoup moins de doute que quand il n’y est pas, qu’il soit en 10 ou en 15. Moi j’ai connu Matthieu en 15, parce que quand il a démarré à l’UBB il a commencé en 15, et il avait fait de très gros débuts. Il n’y avait pas de doute à avoir. Le système de jeu aussi fait pour avoir deux 10 sur le terrain. Je pense que quand c’est Thomas Ramos à l’arrière, il prend aussi cette place de second 10 dans le jeu. Donc il n’y a pas forcément de doute. Et j’ai vraiment aimé la complicité qu’il y a eu entre Romain (Ntamack, ndlr) et Matthieu, les enchaînements qu’on a pu voir, le boulot comme ils l’ont partagé, je trouvais que ça rendait quelque chose de très bien.

Elle a de la gueule cette équipe quand même, quand on regarde les mecs qu’il y a dedans.

Oui, et puis moi en tant que vieillard, quand je vois l’âge qu’ont les mecs, je me dis que ça va être vraiment bien pour l’équipe de France pour quelques années. Je suis content pour eux, je suis content pour moi aussi d’être là. C’est vrai que c’est bien.

En tant que vieillard, on ne se dit pas que la petite place sur le banc et la bonne entrée de trente minutes ça suffit ?

Moi tu sais, tout ce qu’on va me donner je vais le prendre. Il me reste un an de carrière, je ne le cache pas. Peu importe où je serai, je serai à fond. C’est la philosophie, le contrat que j’ai fait avec moi-même jusqu’à la fin de ma carrière, que ça soit au départ pour le club. Là c’est un peu la cerise sur le gâteau. Donc je le ferai à fond. Et puis si c’est quelques minutes en fin de match, si c’est aider le groupe, si c’est démarrer, je vais essayer d’être à fond.

Pour la deuxième partie du Championnat des Nations en novembre, si t’es pas appelé, t’aurais un goût un peu d’inachevé d’avoir participé à la première ou pas la deuxième ?

Je vais pas te mentir, non. Ça n’aurait pas de goût d’inachevé. Si je ne suis pas appelé, ça veut dire que j’ai pas aidé l’équipe ou que j’ai pas fait l’affaire. J’aurais fait ma partie, et j’espère l’avoir bien faite, au moins sur la moitié.


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