Départ de Pierre Mignoni du RCT : ce que le communiqué de presse ne dit pas
Ça a été la (mauvaise) surprise de ce mardi 6 octobre au matin : le départ précipité du directeur du rugby du RCT, l’emblématique Pierre Mignoni. Précipité car même si Toulon pointe à la 13e place du général à la cinquième journée, rien n’avait filtré ces dernières semaines sur un possible départ de celui qui avait rejoint le club en 2022 et s’y était donné sans relâche. Sauf que…
L’épisode de la « décompensation »
La saison dernière, cet investissement sans faille et sans pause lui avait coûté des soucis de santé qu’il avait pudiquement qualifiés de « décompensation », refusant d’évoquer un burn-out. Cet épisode d’épuisement l’avait contraint à s’éloigner du RC Toulon pendant près d’un mois, en février-mars 2026.
Avant même la défaite contre Clermont du 14 février (17e journée), il avait raconté avoir ressenti des signaux d’alerte déjà lors du match précédent contre Montpellier, pourtant gagné, puis avoir eu des vertiges pendant la semaine. Après Clermont, il avait décidé de faire une pause. « Ce n’est pas la défaite qui m’a mis dans cet état, ça a été la goutte d’eau et mon corps m’a lâché », avait-il justifié. Il attribuait cet effondrement à l’accumulation de la charge mentale, davantage qu’au seul travail sur le terrain.
Il avait alors raconté avoir « dormi cinq jours d’affilée », disait que sa « tête pesait vingt kilos » et qu’il « ne pouvai(s) plus marcher ». Une IRM avait écarté l’hypothèse d’un AVC envisagée par son médecin. Puis le 11 mars Pierre Mignoni avait repris l’entraînement et dix jours plus tard la compétition à Mayol contre le Stade Français. « Ce fonctionnement depuis 15 ans n’était pas bien pour ma famille et ma santé », avait-il expliqué. « J’ai coupé pendant trois semaines, je n’avais jamais fait ça, même pendant mes vacances. »
Une première envie de partir
Déjà à ce moment-là, Mignoni avait envisagé de partir, se demandant s’il avait encore « la force et l’envie de continuer ». Le président du RCT, Bernard Lemaître, lui avait alors proposé de prendre le temps nécessaire, même trois mois, et les joueurs l’avaient conforté dans l’idée de revenir. À son retour, il annonçait vouloir davantage déléguer, laisser plus de place à son staff et modifier ses horaires.
C’est alors qu’a mûri le recrutement de Franck Azéma qui venait de renoncer à un poste de sélectionneur de l’équipe des Fidji pour répondre à l’appel de son ami. A Azéma le terrain, à Mignoni la stratégie. Le binôme pouvait permettre à Toulon de remonter la pente après une saison qui s’était achevée par une 9e place, sans qualification pour les phases finales ni pour la Champions Cup suivante.
Cette fois, le président Lemaître n’a pas réussi à le convaincre de rester
Mais le début de cette nouvelle saison a rappelé les fantômes du passé. L’inter saison n’a pas permis de faire oublier ce qui avait cloché et le RCT a accumulé les défaites. Cette fois, la décision a été radicale : ne pas attendre, partir tout de suite pour permettre au club de se relancer.
« La décision vient de Pierre », a confirmé Bernard Lemaître à nos confrères de Rugbyrama. « Pour tout vous dire, j’ai passé toute ma journée de lundi à essayer de le convaincre de continuer sa mission. Je n’ai pas réussi. Pourtant jusqu’à hier soir et son ultime coup de fil j’y croyais. Pour moi le problème de notre mauvaise entame de saison ne vient pas de Pierre », a-t-il dit en pointant du doigt les joueurs, ce que Mignoni lui-même avait refusé de faire encore deux jours avant, après la défaite face à Montpellier.
« Je n’ai pas envie de pointer un joueur du doigt, c’est un état général. Il y a des joueurs clés qui manquent des choses. Il faut prendre ses responsabilités sur le terrain. On a pris un coup ce soir (dimanche, ndlr). Il n’y a rien à dire, on est déçus, tristes et en colère. On va faire le dos rond et fermer nos gueules », concédait-il.
« Dimanche soir, j’ai passé une très mauvaise soirée, notamment en deuxième période. Les joueurs n’avaient pas un comportement de compétiteurs. Et je me suis permis de leur dire ce mardi matin à 9 heures. J’attends une réaction d’eux face au Racing, à Mayol devant nos supporters », a tonné le président Lemaître qui ne cache pas son amertume vis à vis du vestiaire : « Je me répète, le problème ne venait pas du staff mais des joueurs. Je leur en veux, ils le savent. Je regrette le départ de Pierre ».
Des contacts avec les Fidji ?
Mais ce que le communiqué de presse ne dit pas non plus, c’est ce qui pourrait désormais advenir de Pierre Mignoni. Et là, Rugbyrama a dégainé le scoop près de 90 minutes après l’annonce officielle du départ. « Après avoir cherché à engager Pierre-Henry Broncan, Laurent Labit, Franck Azéma ou encore Philippe Saint-André, les Fidji vont-ils parvenir à convaincre Pierre Mignoni de prendre la tête de leur sélection ? »
Une rumeur lancée comme ça mais qui se tient, sachant que les Fidji sont toujours sans sélectionneur officiel – uniquement un intérim – depuis le mois d’avril et que la Coupe du Monde de Rugby 2027 en Australie est dans moins d’un an.
Rappelant que « le profil recherché par les dirigeants fidjiens est notamment celui d’un technicien européen expérimenté », sachant que près de 90 % des joueurs candidats à une sélection évoluent en France, nos confrères affirment que « des contacts auraient été établis ces dernières heures. Un rendez-vous en visio serait programmé ».
Le technicien de 49 ans n’en aurait donc pas fini avec le rugby. Après tout, Franck Azéma pourrait bien lui donner les bons contacts pour la suite de sa carrière, comme un juste retour des choses.