Violences et haine en ligne : ce que dit le rapport sur le cyber harcèlement à la Coupe du Monde de Rugby 2023

Par Willy Billiard
PARIS, FRANCE - 14 OCTOBRE : Un détail du ballon de match officiel Gilbert iNNOVO à la Coupe du Monde de Rugby France 2023 entre l'Irlande et la Nouvelle-Zélande au Stade de France le 14 octobre 2023 à Paris, France. (Photo par David Ramos - World Rugby/World Rugby via Getty Images)

Threat Matrix est le nom du service d’intelligence artificielle que Signify Group a mis au service de World Rugby pour détecter, examiner et offrir une assistance contre les abus et les violences en ligne subis par les officiels de match, les joueurs, les équipes et d’autres parties prenantes pendant la Coupe du Monde de Rugby 2023.

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Les données et les informations ont été collectées du 7 septembre au 29 octobre 2023, englobant les 48 matchs du tournoi, principalement en écumant X (ex-Twitter) et Instagram.

Il en résulte que plus de 1,3 millions de publications – des posts et des commentaires – ont été analysées et que près de 54 000 ont été repérées par la matrice dopée à l’intelligence artificielle (IA) et portées à la connaissance des humains pour étude plus approfondie.

Des harceleurs identifiés jusqu’au Groenland

Ainsi, plus de 2 000 d’entre elles ont été signalées directement auprès des plateformes, plus de 1 600 comptes uniques ont été repérés comme adressant des messages abusifs et 224 individus ont été identifiés.

Signify Group a d’ailleurs relevé le double d’identités qui sont toujours en cours d’investigation. Alors qu’un harceleur identifié sur quatre vit en France, un tiers ont été localisés au Royaume-Uni et près d’un sur cinq en Afrique du Sud.

Au-delà des autres pays participants (à l’exception notable de la Namibie, des Tonga, du Japon et de la Géorgie), des harceleurs ont été identifiés dans des pays lointains tels que le Groenland, l’Egypte, le Malawi, le Mozambique et même la Lettonie.

Une cinquantaine de joueurs victimes

Le service Threat Matrix a couvert 35 langues relevant des messages abusifs identifiés sur la base du texte, avec une catégorisation/détection superposée des mots, images, emoji et phrases. Dans le cadre de ce service, Threat Matrix a utilisé un algorithme spécialisé de détection des menaces basé sur l’IA, qui couvrait 819 comptes actifs des 571 joueurs et entraîneurs, 44 comptes liés aux 20 équipes participantes, quatre comptes officiels du tournoi et 32 comptes liés aux 22 officiels de match.

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Pendant la Coupe du Monde de Rugby France 2023, huit officiels de match et 49 joueurs ont été victimes de contenus violents. En outre, dix-neuf équipes nationales ont été visées par des contenus abusifs touchant leurs comptes officiels d’équipe. Deux officiels de World Rugby et les comptes officiels de la Coupe du Monde de Rugby ont également été confrontés à des niveaux significatifs d’abus.

Si trois officiels de match figurent dans le top 10 des personnes les plus harcelées au cours du tournoi mondial, les arbitres ont concentré près de la moitié (49%) de toutes les attaques relevées, parfois même directement sur les messageries privées d’eux-mêmes et de leur famille.

Les différents types d’abus

Le rapport de Signify Group fait l’inventaire des différents types d’abus recensés. Si un tiers sont des insultes gratuites, la nature des autres types d’abus est assez disparate : matchs truqués et corruption (16,85%), racisme (10,96%), sexuel (6,85%), violence (5,78%) et sexisme (4,78%).

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Même les familles des victimes ont été visées (4,30%) et des joueurs et officiels de match qualifiés tour à tour d’homophobes (3,82%), de dopés (2,19%), d’islamophobes (1,24%), d’antisémites (0,60%), de xénophobes (0,40%)…

L’équipe d’Angleterre, la plus ciblée

Les joueurs de l’équipe d’Angleterre ont été les plus ciblés par toutes ces attaques en ligne, ce qui porte un nouvel éclairage sur la décision du capitaine Owen Farrell de se mettre en retrait du rugby international pour son bien-être mental et celui de sa famille.

L’Afrique du Sud arrive en deuxième position (surtout par sa présence en finale) et la France complète le podium. Avant la Nouvelle-Zélande dans le Top 5, World Rugby (via ses officiels de match) apparait en quatrième position des « équipes » les plus ciblées de la compétition.

La justice a été pour l’instant saisie en Australie, en France, en Nouvelle-Zélande, en Afrique du Sud et au Royaume-Uni. A fin janvier, au moins un cas (qui concerne des abus envoyés à un officiel de match et à un membre de sa famille) a déjà donné lieu à une arrestation et à une inculpation – actuellement en attente du résultat d’une audience au tribunal.

Les cinq matchs qui ont suscité le plus de haine

Alors que « le bruit » a couvert l’ensemble de la compétition, cinq matchs en particulier ont donné lieu à des déchainements de menaces, insultes et de violences en ligne, dont trois impliquant l’Angleterre.

Il s’agit du match Angleterre-Samoa du 7 octobre, remporté par les Anglais 18-17 à Lille au terme de la dernière rencontre de la poule D qui s’est révélée très intense.

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Le 15 octobre a eu lieu deux quarts de finale : la victoire de l’Angleterre sur les Fidji (30-24) à Marseille et la fameuse de l’Afrique du Sud face à la France (28-29) au Stade de France. C’est de loin la journée qui a fait exploser la haine en ligne.

La demi-finale Angleterre-Afrique du Sud du 21 octobre (15-16) puis la finale du 28 octobre entre la Nouvelle-Zélande et les Springboks (11-12) ont été les deux autres rencontres les plus négativement commentées.

Un tiers de la haine en ligne s’est concentrée sur Wayne Barnes

Notamment à l’occasion de la finale, l’arbitre Wayne Barnes a concentré à lui seul un tiers de toute la haine en ligne, plus que tout autre joueur ou équipe.

Outre les insultes d’ordre général, celles liées aux matchs truqués et à la corruption constituent de loin la principale catégorie – il a reçu quatre fois plus d’insultes dans cette catégorie (24 %) que dans la suivante, qui est celle des insultes violentes (6 %), certains souhaitant notamment la mort de son épouse dans un accident…

Quelques jours plus tard, il abandonnait sa carrière d’arbitre international.

Les officiels de match et les représentants de World Rugby ont été plus nombreux à figurer parmi les individus les plus ciblés que les joueurs de n’importe quel pays.

Si les comptes officiels de World Rugby ont été les plus inondés de messages malveillants, ceux de l’Afrique du Sud arrivent en deuxième position devant l’Angleterre et la France.

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