Rugby féminin : en quoi les trophées sont-ils des besoins vitaux ?
Après avoir été meilleure réalisatrice du Tournoi des Six Nations féminin 2025 puis meilleure joueuse d’Elite 1 au cours de la même saison, Morgane Bourgeois analyse la nécessité de chasser les titres et les trophées pour les sportifs de haut niveau.
Aucun sportif de haut niveau ne s’entraîne uniquement pour faire du sport. Au delà de la performance et de l’effort quotidien, c’est la victoire qui nourrit la motivation, qui donne sens à toutes les heures passées à répéter, à se préparer, à se dépasser. Dans un reportage récemment diffusé sur Canal+, Thomas Ramos incarne parfaitement cette mentalité, cette culture de la gagne. Si on parle beaucoup du stade toulousain comme un club affamé de victoires, c’est au fond la culture et l’essence même de chaque club, d’autant plus à haut niveau.
Une joie décuplée
Gagner un match procure de la joie, un pic d’adrénaline, un sentiment de bonheur immédiat. Mais remporter un trophée, c’est autre chose : c’est le Graal ultime. Comme un danseur qui répète toute l’année pour une seule représentation ou un musicien qui obtient enfin un disque d’or après des années de travail acharné, le trophée symbolise l’aboutissement d’un effort long et structuré. C’est l’accomplissement d’une vision, parfois un rêve de gosse, parfois la concrétisation d’objectifs plus récents, une revanche ou simplement la récompense d’un engagement total.
« Gagner un match procure un sentiment de bonheur immédiat. Mais remporter un trophée, c’est le Graal ultime… »
Ce qu’un sportif ressent au coup de sifflet final lors d’une victoire n’est jamais aussi intense que lorsqu’il soulève un trophée. La victoire ponctuelle récompense le travail d’une journée, d’une semaine, tandis qu’un titre national, un Six Nations ou une Coupe du Monde couronne des mois, voire des années d’efforts. Et plus la préparation a été longue et exigeante, plus la victoire est belle, presque vitale pour celui qui l’a méritée.
Motivation intrinsèque et extrinsèque
Comme pour les victoires qui ont toutes des saveurs différentes, toutes les motivations ne se ressemblent pas. On parle souvent de termes techniques où on distingue la motivation intrinsèque, celle qui vient de l’intérieur : le plaisir de jouer, le goût du défi, la satisfaction de progresser et de se dépasser. C’est cette énergie qui pousse un joueur à s’entraîner même sans public ni reconnaissance, simplement pour le plaisir du geste (comme un buteur) ou la maîtrise de sa discipline.
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À l’inverse, la motivation extrinsèque repose sur des facteurs externes : les trophées, les titres, la reconnaissance des pairs ou de la presse, les contrats et les récompenses financières. Ces deux types de motivations coexistent chez la plupart des sportifs : la motivation intrinsèque nourrit la constance et la persévérance au quotidien, tandis que la motivation extrinsèque donne une direction et un objectif concret à atteindre, transformant l’effort en enjeu tangible. Les meilleurs champions parviennent souvent à combiner ces deux énergies, utilisant le plaisir du sport comme moteur et le trophée comme horizon.
La gestion de l’échec
La quête des trophées n’est jamais linéaire : la défaite fait partie intégrante de l’expérience sportive et de l’apprentissage. Nelson Mandela disait : « Je ne perds jamais, soit je gagne, soit j’apprends ». Tout rugbyman ou plus largement sportif a déjà entendu résonner cette phrase après une défaite. Savoir gérer l’échec est aussi un élément clé de la réussite à long terme.
Chaque revers peut devenir une source de motivation supplémentaire, une occasion de comprendre ses limites et de travailler sur ses faiblesses. Pour certains, l’échec nourrit une revanche, une soif de revanche qui transforme la frustration en énergie positive. Pour d’autres, il enseigne l’humilité et la patience, rappelant que la victoire est rarement immédiate et qu’elle se mérite par un engagement constant. Dans tous les cas, la capacité à encaisser la défaite sans perdre confiance est ce qui distingue les champions capables de revenir plus forts et de transformer les obstacles en tremplins vers les trophées tant convoités.
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Il n’y a jamais qu’un seul candidat à un trophée. C’est pourquoi il y a toujours des heureux, et des déçus. D’ailleurs, il y a souvent beaucoup plus de déçus que d’heureux, et pourtant, c’est uniquement les gagnants que l’on retient. Personne ne se souvient du finalise, demi-finaliste, ou des matchs de poule. Quand un trophée nous échappe, les émotions se mélangent souvent. Il y a d’abord une énorme déception, presque inévitable, celle de voir une occasion te filer entre les doigts.
Parfois vient se mêler de la jalousie, de la rage, de la tristesse. Une tonne d’émotions assez difficiles à décrire, d’autant plus à ressentir. Pourtant, de ces émotions naît souvent une nouvelle forme de motivation. Celle de revenir plus fort, de comprendre ce qui t’a manqué et de transformer cette frustration en énergie pour la fois d’après. Au fond, ce moment devient moins une défaite qu’un pas de plus dans ton parcours.
Les trophées individuels dans le rugby
En cette période de début de saison, les trophées individuels sont au coeur des débats. Si les titres collectifs restent le coeur du rugby, les trophées individuels ont pris de l’importance ces dernières années. Plusieurs distinctions récompensent les acteurs pour leurs performances individuelles. La nuit du rugby, organisé tous les ans par la LNR, en est la représentation ultime. Deux écoles peuvent se distinguer : certains savourent pleinement la reconnaissance et d’autres préfèrent humblement remercier les coéquipiers.
« Dans le rugby, un trophée individuel ne vaut jamais un titre collectif. La joie partagée, les regards échangés et l’émotion collective multiplient l’intensité du plaisir… »
Dans le rugby, un trophée individuel ne vaut jamais un titre collectif. La joie partagée, les regards échangés et l’émotion collective multiplient l’intensité du plaisir. Dans un vestiaire, lorsqu’un groupe célèbre un titre ensemble, la victoire devient une expérience humaine partagée, qui dépasse la somme des talents individuels et fait la richesse du sport.
Ainsi, que ce soit dans la quête d’un trophée collectif ou d’une distinction personnelle, la motivation d’un sportif repose sur ces récompenses : elles donnent un sens à l’effort quotidien, inscrivent l’histoire personnelle et collective dans une mémoire émotionnelle, et nourrissent le besoin constant de se dépasser.