Posolo Tuilagi, la crème catalane

Par Jérémy Fahner
En un an et demi, Posolo a découvert le Top 14, les U20 et la "grande" équipe de France (photo Getty Images).

Très rare dans les médias, Posolo Tuilagi était lundi soir l’invité de l’émission « Lundi c’est rugby » sur France Bleu Roussillon. L’occasion de découvrir un peu mieux le phénomène de 19 ans, aussi doux devant les micros que féroce balle en main.

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Dans la famille Tuilagi, je voudrais le « petit » dernier. « Petit », c’est une façon de parler quand à 19 ans à peine, on mesure 1,94 m et pèse 145 kg. Fils d’Henry, l’impressionnant N.8 qui a fait notamment le bonheur de l’USAP pendant huit saisons, neveu d’Anitelea, Alesana, Freddie, Vavae ou Manu, qui ont tous joué au niveau international, Posolo Tuilagi avait son avenir tout tracé.

Mais le jeune homme vit un apprentissage en accéléré et relève tous les défis, les uns après les autres. En moins d’un an et demi, il a découvert le Top 14 (en septembre 2022), l’équipe de France U20 (mars 2023) et enfin l’équipe de France A (février 2024). En marquant les esprits à chaque fois.

« Comme avec l’USAP quand il est passé en équipe première, on a rapidement vu que ça allait le faire (en Bleu, ndlr). Il n’en fait jamais trop, il est altruiste, affiche déjà de la maturité dans le jeu », souligne l’ancien talonneur Charles Géli, ami du paternel et venu accompagné le rejeton dans les studios de la radio locale.

Evidemment, ce qui saute aux yeux quand on le voit sur un terrain, c’est cette force brute, cette capacité à avancer quel que soit l’adversaire en face. Mais Posolo Tuilagi –  et c’est ce qui en fait un joueur si surprenant – c’est cette volonté de faire jouer derrière, lui, cette capacité à faire une passe sur un pas ou à libérer les bras dans le trafic.

« Faire vivre le ballon, c’est un grand axe de travail depuis toujours. J’ai toujours tout fait pour que l’équipe gagne », informe le joueur. « Les éducateurs ont toujours fait attention à ce qu’il n’utilise pas que son physique, mais qu’il sache tout faire. C’est naturel aussi chez Posolo, à l’image des joueurs des îles (du Pacifique) qui savent tout faire. »

« J’ai fait en sorte de ne pas tout miser sur mon physique »

Les remarques sur son physique, il y est habitué. « J’essaie de bien le prendre. Souvent ce sont de bonnes choses qu’on dit sur moi. J’ai commencé à pousser très jeune au niveau du poids et de la taille. Mais en grandissant, tout le monde prend du poids et du muscle, alors j’ai fait en sorte de ne pas tout miser sur mon physique ».

Un physique unique, de bonnes mains, une saison en Top 14. Il n’en fallait pas plus pour que la dernière pépite de la famille Tuilagi découvre le XV de France, à la faveur aussi des absences de Thibaut Flament, Manny Meafou et la suspension de Paul Willemse. Sans pression particulière, à l’écouter, et rassuré par la présence de quelques visages connus. A commencer par celui de Patrick Arlettaz.

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L’entraîneur en charge de l’attaque des Bleus a offert à Posolo ses premières minutes en championnat, quand il était manager de Perpignan. « On avait beaucoup parlé avec Patrick durant la semaine. C’est lui qui m’a remis mon premier maillot, donc c’était encore plus spécial », souligne-t-il.

Et si cette première ne s’est pas bien passée collectivement (défaite 17-38 à Marseille devant l’Irlande), elle restera gravée à jamais dans l’esprit du jeune joueur. « J’étais ravi de jouer ce premier match, même si on a perdu. La première Marseillaise, c’est spécial quand même, je m’en rappellerai toute ma vie. Même ma famille la chantait en tribune », en soutien au joueur, né aux îles Samoa mais débarqué en France à trois ans, dans le sillage de son père qui venait de signer à Perpignan.

Il a peu de souvenirs de la carrière de son père, hormis « le plaquage contre La Rochelle » sur le pauvre Damien Neveu, qui doit s’en souvenir également…

Enfant, les jours de match, il préférait retrouver les autres enfants de joueurs, notamment le fils de Kisi Pulu et de Grégory Le Corvec, pour refaire le match sur le terrain synthétique qui jouxte Aimé-Giral.

« Deux constantes dans ma vie : ma famille et l’USAP »

De quoi lui transmettre l’amour du club catalan. « Il y a deux constantes dans ma vie : ma famille et l’USAP. Représenter l’USAP, c’est spécial, c’est un truc qui me tient à cœur. » Inutile donc, pour le moment, d’essayer de débaucher l’un des plus gros prospects du rugby mondial, bien que le téléphone du papa chauffe un peu en ce moment. « La réponse est claire et toujours la même : je crois en ce projet et je souhaite rester ici », certifie le joueur, sous contrat pour l’instant jusqu’en 2026 avec Perpignan.

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Il a désormais délaissé le synthétique, et c’est sur la pelouse principale qu’il s’amuse. Sous l’œil toujours attentif du papa, investi au quotidien dans la carrière du fiston, et déjà très fier du parcours accompli. « J’espère qu’il est fier. C’est en tout cas une des grandes raisons qui font que je joue au rugby », assure Posolo, qui a naturellement offert son premier maillot bleu à ses parents.  « Il est encadré dans leur chambre », confie « Moto » (son surnom hérité d’une pub pour un fabricant de téléphones portables).

Un autre maillot, vert celui-là, a également terminé dans le sac du jeune colosse. Connexion samoane oblige, Bundee Aki est directement allé à la rencontre de Tuilagi à la fin de France – Irlande. Que se sont-ils dit ? « Il m’a demandé si c’était ma première. Il m’a félicité. Puis il est revenu dans les vestiaires et m’a donné son maillot. »

De quoi ne retenir « que le positif » de ces premiers pas en Bleu. « J’ai été bien accueilli, tout le monde m’a prodigué des conseils », confie celui qui connaissait déjà les frères Taofifénua, qui ont porté le maillot catalan avec son père, tandis que Uini Atonio, lui aussi d’origine samoane, l’a pris sous son aile.

La filiation avec le barbu de La Rochelle est d’autant plus naturelle que certains verraient bien Tuilagi prendre la relève d’Atonio au poste de pilier droit. Les deux joueurs ont en effet des mensurations proches, mais le plus jeune des deux n’a jamais joué à ce poste si spécifique. « Je joue en fonction de besoins de l’équipe mais pilier droit, c’est vraiment un autre sport. Tu travailles différemment, tu joues différemment aussi. Il faut des années d’expérience » pour faire un bon pilier droit.

Mais l’idée n’est pas si incongrue qu’elle en a l’air. « Didier Sanchez (spécialiste de la mêlée, ndlr) voulait faire jouer son père pilier droit, se remémore Charles Géli. Pour devenir pilier droit, il faut au moins une saison de travail spécifique ».

Alors, à quel poste le verra-t-on dans le futur ? Pilier droit, deuxième ligne, ou même N.8 comme le paternel, rien ne semble impossible pour Posolo Tuilagi, humble et travailleur. « Je n’ai que 19 ans, je suis à l’écoute de tout le monde. J’écoute les anciens, les entraîneurs, je fais de mon mieux pour être facile à entraîner ». Une vraie crème catalane, ce Posolo.

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