Pilier droit, 2e ligne, N.8 : quel est le poste idéal pour Posolo Tuilagi ?

Par Jérémy Fahner
MARSEILLE, FRANCE - 02 FÉVRIER : Posolo Tuilaga (France) salue les supporters après la défaite de l'équipe dans le Tournoi des Six Nations 2024 entre la France et l'Irlande à l'Orange Vélodrome le 02 février 2024 à Marseille, France. (Photo par Shaun Botterill/Getty Images)

Il a débarqué en équipe de France en février dernier à l’occasion du Tournoi des Six Nations, escorté de l’insouciance de ses 19 ans, d’un nom incontournable dans le monde du rugby, et d’une réputation très flatteuse.

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Posolo Tuilagi, le fils d’Henry, le neveu de Manu, est la dernière sensation d’une famille qui produit des joueurs de rugby à la pelle.

Apparu en Top 14 en septembre 2022, sacré champion du monde U20 en 2023 (à 18 ans), il fait désormais partie de la « grande » équipe de France, et ses premiers pas n’ont pas manqué de faire parler.

Il y a tout d’abord ce qui saute aux yeux : cette puissance phénoménale qui lui fait gagner systématiquement la première collision. Ces mains étonnamment agiles pour un joueur doté d’un tel gabarit. Cette modestie et ce respect aussi marquants que ses tampons.

1,92 m, 145 kg : même dans un univers dominé par les physiques hors normes, les mensurations de Posolo font écarquiller les yeux des suiveurs. Qui hésitent d’ailleurs au moment de trouver un point de comparaison.

Plutôt Manny Meafou, le 2e ligne toulousain qui affiche 2,03 m sous la toise et 143 kg sur la balance ? Ou plutôt le pilier droit de la Rochelle Uini Atonio, 1,96 m pour 145 kg ? À moins qu’on penche vers le N.8 anglais et futur Montpelliérain Billy Vunipola, 1,91 m et 126 kg ?

Posolo Tuilagi, c’est un peu un mélange de tous ces joueurs et cela suscite d’ailleurs pas mal de fantasmes. Positionné 2e ligne axe droit depuis son arrivée en senior, il jouait souvent N.8 plus jeune, et certains l’imaginent monter en 1re ligne pour prendre la relève d’Atonio en Bleu, secteur au réservoir bien moins fourni qu’en 2e ligne. Dont le sélectionneur Fabien Galthié, qui qualifiait l’idée de « pas farfelue » dans le Midi Olympique.

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Didier Sanchez fait aussi partie de ceux-là. Le gourou de la mêlée en France, qui a formé des dizaines et des dizaines de premières lignes, est convaincu que le joueur né aux Samoa ferait un pilar exceptionnel. Il avait déjà tenté, sans succès, mais pas sans regret, de faire passer son père, Henry, de N.8 à N.3 sur la fin de sa carrière. « Avec la masse qu’il avait… Il n’avait qu’à se positionner et type en face n’aurait rien pu faire ! »

Posolo Tuilagi a hérité de la puissance et de la mobilité de son père Henry, ici sous le maillot de Perpignan en 2009 (photo JEAN-PIERRE CLATOT/AFP via Getty Images).

« J’ai entraîné toute la famille. Posolo, quand j’ai commencé à l’entraîner, je le faisais travailler pilier », poursuit le docteur ès mêlée auprès de RugbyPass. « J’avais dans l’idée d’en faire un pilier, car il est capable de jouer partout. Je l’avais dit à Franck Azéma (le manager de l’USAP, ndlr) : à partir du moment où l’USAP est fournie en 2e ligne, il pourrait faire un pilier international sans problème. Pas en trois ans, hein. Allez, en l’espace de trois mois de travail ».

Une formation expresse pour un poste aussi exigeant que l’ancien talonneur juge possible, car « c’est un garçon intelligent, à l’écoute. Il a ce truc, il pourrait acquérir la technique très rapidement ».

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Cela ne semble pas aussi évident pour tout le monde. Sylvain Marconnet se montre plus sceptique, tout en reconnaissant le potentiel quasi infini du joueur. Mais peut-être pas au poste de pilier. « Je suis toujours partagé sur cette volonté de changer de poste. Le rugby est un sport d’apprentissage, on ne devient pas pilier du jour au lendemain », prévient l’ancien pilier aux 84 sélections, interrogé par RugbyPass.

« Ça demande de l’adaptation, il est encore jeune. Si ce genre d’évolution doit se produire, il ne faut pas se dire : OK, Tournoi 2025, Posolo Tuilagi pilier droit. Si ça se fait, c’est plutôt horizon Australie 2027, on va préparer le garçon – évidemment, s’il en a l’envie – à devenir un “king” à ce poste-là ».

La réflexion de Grégory Patat, qui a entraîné le père et connu Posolo enfant lors de son passage à l’USAP (2014-2015), va dans le même sens. « On ne s’improvise pas pilier du jour au lendemain, sur le très haut niveau. Il y a pas mal de subtilités au poste et on dit souvent qu’un pilier arrive à maturité à 26, 27 ans, c’est là qu’on voit le vrai potentiel sur cette phase de jeu. Pour moi, ça demanderait un long process d’apprentissage pour Posolo. Et aujourd’hui dans le haut niveau, on a très peu de temps. »

A même pas 20 ans (il les aura le 28 juillet prochain), Posolo Tuilagi a l’avenir devant lui, même si le jeune homme est de nature pressé. Largement en avance sur la plupart de ses petits camarades du même âge, il pourrait dédier quelques mois à cet apprentissage.

Cependant, cette « métamorphose » aurait quelque chose de quasi inédit. On a déjà vu des joueurs de 3e ligne monter au front, à l’image du Sud-Africain Deon Fourie, flanker de formation, mais champion du monde 2023 en évoluant talonneur. Ou l’ancien joueur de Biarritz et Perpignan Romain Terrain, formé en 3e ligne, mais qui a fait toute sa carrière pro au talon.

En revanche, un 2e ou 3e ligne qui devient pilier droit, il faut se creuser la tête pour trouver un exemple. Heureusement, Sylvain Marconnet a bonne mémoire : « J’ai connu ça avec Robins Tchalé-Watchou au Stade Français, qui a un physique un peu semblable (1,98 m, 132 kg, ndlr), dense, pas sauteur. Il s’était essayé au poste de pilier, ça n’avait pas marché ».

Sylvain Marconnet (à droite sur la photo, aux côtés de Raphaël Ibanez et Peter De Villiers, pouvait jouer aussi bien à gauche qu’à droite de la première ligne (DAMIEN MEYER/AFP via Getty Images)

Contacté par RugbyPass, l’ancien 2e ligne confirme : « Oui, c’était une idée de Fabrice Landreau. Mais déjà, je n’avais pas l’envie manifeste (de jouer pilier), car je pensais qu’a minima, il fallait me demander mon avis avant de me faire changer de profil de carrière. J’avais essayé parce que quand les coachs te demandent quelque chose, tu le fais. J’avais les aptitudes physiques pour le faire, à l’entraînement ça allait. »

D’entraînements en oppositions, l’expérience ira jusqu’à une feuille de match en Coupe d’Europe en Italie, croit se souvenir « Tchou-Tchou », qui quittera la capitale pour la Catalogne en fin de saison 2008-2009, refermant en même temps la parenthèse pilier droit.

« Aujourd’hui, ce qui le caractérise c’est sa faculté à gagner ses duels, son explosivité dans les contacts, qu’ils soient offensifs ou défensifs. S’il n’a plus cette mobilité ou ce placement et l’énergie pour aller chercher ça, ça va dénaturer complètement son profil. »

En sera-t-il de même pour Posolo ? « C’est avant tout une question de mental. S’il a l’envie de jouer pilier, il a la puissance, il a tout », estime Marconnet. D’ailleurs, qu’en dit le principal intéressé ? « Je joue en fonction de besoins de l’équipe, mais pilier droit, c’est vraiment un autre sport. Tu travailles différemment, tu joues différemment aussi. Il faut des années d’expérience », jugeait-il au micro de France Bleu Roussillon durant le Tournoi des Six Nations.

Un constat partagé par Sylvain Marconnet : « Sur le potentiel, sur les critères physiques c’est un Golgoth. Il a les attributs. Il est peut-être un peu grand pour un pilier droit, cela va lui demander de travailler beaucoup ses appuis et sur son dos, mais pourquoi pas ».

Et l’ancien Biarrot de continuer : « La poussée est complètement différente de celle du 2e ligne, le pilier droit dépense beaucoup d’énergie dans la mêlée », dit-il, lui qui est passé de gauche à droite de la 1re ligne durant sa carrière.

Une débauche d’énergie supplémentaire qui aura des conséquences sur son jeu selon Grégory Patat. « Il se passe beaucoup de choses en première ligne. Il y a un combat frontal avec son adversaire direct. Aujourd’hui, sur des phases de jeu bien spécifiques, les doubles poussées, ça peut porter préjudice à Posolo », estime le manager général de l’Aviron Bayonnais.

« Aujourd’hui, ce qui le caractérise c’est sa faculté à gagner ses duels, son explosivité dans les contacts, qu’ils soient offensifs ou défensifs. S’il n’a plus cette mobilité ou ce placement et l’énergie pour aller chercher ça, ça va dénaturer complètement son profil. »

« C’est sûr qu’il va perdre en mobilité [s’il joue pilier droit] du fait que l’effort en mêlée est complètement différent, tu ressors le dernier de la mêlée », acquiesce « Marcochon ».

Un peu grand pour un pilier (même si Atonio fait quatre centimètres de plus que lui), un peu petit pour un 2e ligne, ne pourrait-il pas faire un sacré 3e ligne, le Posolo ? Vu son explosivité, sa façon de gagner les premiers duels, ses bonnes mains et sa capacité à faire jouer derrière lui, le voir avec le N.8 dans le dos fait presque saliver.

Grégory Patat va même plus loin, en imaginant un poste hybride, presque du cousu main pour ce joueur unique. « Il peut être utilisé sur ce poste de 5 spécifiquement, en adaptant son placement sur les coups d’envoi par exemple. Stratégiquement, on peut adapter son positionnement pour le mettre dans un rôle de 8. Ce sont ses premiers appuis les plus explosifs, je pense qu’il les gardera. Il va très vite sur sa prise de balle. Une mêlée à 5 m de la ligne avec Posolo en 8, ça peut déménager ! »

« On peut imaginer des lancements de jeu pour lui sur des touches à 5 m. On voit que l’USAP fait beaucoup de touches à 4, des touches raccourcies. Ils l’utilisent en tant que relayeur comme un N.8 ou comme un premier attaquant sur gagner la première collision », analyse le Gersois.

« Le faire monter ? Ce serait dénaturer son profil. Le faire descendre ? Pourquoi pas, sur certains matchs ou dans des contextes particuliers », tranche Patat.

Première, deuxième ou troisième ligne ? Rarement on avait eu affaire à une telle polyvalence depuis que le rugby est devenu professionnel. A pas encore 20 ans, Posolo Tuilagi a encore le temps de faire ce choix. Mais le simple fait de poser la question montre l’engouement que suscite le joueur et les attentes qu’il y a autour de lui. Pour le moment, cela semble glisser sur ce garçon à la tête bien faite et aux idées claires.

C’est peut-être David Marty, la légende de l’USAP devenue entraîneur de son club de toujours en 2021, qui résume tout en une phrase lâchée à la fin du reportage que Canal + a consacré au phénomène en mars dernier : « Je sais que s’il perd quelques kilos, ça va nous sauter aux yeux qu’il est indispensable, même en équipe de France. Ça, j’en suis sûr ». Il n’est pas le seul.

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Commentaires

1 Comment
G
GrandDisse 23 days ago

“secteur au réservoir bien moins fourni qu’en 2e ligne”

Le réservoir en #5 n’est pas si fourni que ça. Il y a Meafou, Flament qui joue potentiellement à droite, et Willemse qui a l’air sur une pente descendante suite à sa série de cartons. Qui d’autres ?

Quant au poste de pilier droit, le temps de former Tuilagi (à condition déjà qu’il en ait envie et que le club qui paye à savoir l’USAP en ait besoin), il y aura peut-être d’autres joueurs qui auront pris le poste. Colombe monte en puissance, Falatea faisait une très bonne saison avant sa blessure, Laclayat s’améliore progressivement, et Tatafu sera éligible en novembre. Bamba peut aussi revenir en forme et d’autres joueurs pourraient venir dans le débat d’ici 2027. Pour Tuilagi je le vois plutôt rester en 2ème ligne ou potentiellement #8 comme suggéré dans l’article.

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Comments on RugbyPass

F
Flankly 17 hours ago
Resilient Irish will test Springboks despite provincial setbacks

The Bok kryptonite is complacency. How did they lose to Japan in 2015, or to Italy in 2016? There are plenty of less dramatic examples. They often boil down to the Boks dialing back their focus and intensity, presuming they can win with less than 100% commitment. This can be true of most teams, but there is a reason that the Boks are prone to it. It boils down to the Bok game plan being predicated on intensity. The game plan works because of the relentless and suffocating pressure that they apply. They don’t allow the opponent to control the game, and they pounce on any mistake. It works fantastically, but it is extremely demanding on the Bok players to pull it off. And the problem is that it stops working if you execute at anything less than full throttle. Complacency kills the Boks because it can lead to them playing at 97% and getting embarrassed. So the Bulls/Leinster result is dangerous. It’s exactly what is needed to introduce that hint of over-confidence. Rassie needs to remind the team of the RWC pool game, and of the fact that Ireland have won 8 of the 12 games between the teams in the last 20 years. And of course the Leinster result also means that Ireland have a point to prove. Comments like “a club team beating a test team” will be pasted on the changing room walls. They will be out to prove that the result of the RWC game truly reflects the pecking order between the teams. The Boks can win these games, but, as always, they need to avoid the kryptonite.

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