« Le temps du deuil » : les premiers mots de Galthié depuis la Coupe du Monde de Rugby 2023

Par Willy Billiard
Fabien Galthié, entraîneur principal de la France, pendant l'échauffement avant le match de la Coupe du Monde de Rugby 2023 entre la France et la Namibie au Stade Vélodrome le 21 septembre 2023 à Marseille, France. (Photo par Phil Walter/Getty Images)

Il aura fallu attendre 24 jours pour que le sélectionneur du XV de France Fabien Galthié accepte de revenir pour la première fois sur la défaite face à l’Afrique du Sud en quart de finale de la Coupe du Monde de Rugby 2023. A part des photos de lui et sa compagne nus prises clandestinement sur une plage de Dieppe fin octobre, le sélectionneur s’était muré dans le silence. Il prévoyait de s’exprimer fin novembre. Face à la pression, il a choisi de devancer l’échéance.

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Lors d’un point presse très attendu mercredi 8 novembre, il a raconté comment il avait vécu l’après, les coups de fil aux leaders, marqués par la défaite, eux aussi. Cinq jours après, Galthié a été contraint de revoir ce quart de cauchemar perdu d’un point (28-29), mais « pas tout à fait de bon cœur ». Pour raisons professionnelles. Il a ouvert son ordinateur dans le train qui l’emmenait de la gare d’Austerlitz à celle de Cahors. 5h30 pour se replonger dans ce mauvais souvenir. « L’ordinateur était bien chargé », a-t-il précisé.

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Avec l’ancien arbitre international Jérôme Garcès, il a formulé – « comme on le fait toujours ; on travaille main dans la main avec les arbitres » – ses observations à Joel Jutge, patron des arbitres de World Rugby, et à la fédération internationale. Ensemble, ils en ont pointé neuf. Galthié ne s’est pas étendu sur les retours qu’il en avait eues.

« Une énorme déception »

Interrogé sur son silence qui commençait au mieux à surprendre au pire à agacer, le sélectionneur a expliqué qu’il fallait d’abord respecter le temps de la compétition. Les demi-finales, puis la finale, la joie des champions du monde, le retrait de Ian Foster, le sélectionneur de la Nouvelle-Zélande, le feuilleton du départ d’Eddie Jones de la sélection australienne. Puis le retour de quelques internationaux français dans le Top 14 et la reprise du championnat français lui-même. Selon lui, il fallait attendre.

« C’est d’abord le deuil », a-t-il finalement lâché en son nom et au nom du groupe France. « Pour nous, ça a été une énorme déception. Quatre ans de travail acharné, quatre ans de travail réussi, qu’on le veuille ou non, plus de 80% de victoires avant ce match, avec tous les records que vous connaissez. Quatre ans de progression cohérente, quatre ans de développement de cette équipe, quatre mois de préparation sur la compétition.

« Le seul objectif que l’on voulait, le seul que l’on voulait atteindre, c’était d’être champions du monde. Il n’y en avait pas d’autres. La déception aurait été la même si on avait perdu en demi-finale d’un point, ou en finale d’un point.

« La différence, c’est qu’on aurait vécu une semaine en plus et on voulait vivre une semaine en plus, une semaine de plus ensemble. La différence est énorme. L’objectif était de vivre ce moment pour lequel on travaillait depuis quatre ans.

« La déception est énorme. Dans un premier temps, je crois qu’il y a un deuil à respecter. Ensuite on a, de manière informelle, échanger entre nous, pour prendre des nouvelles, pour savoir comment chacun vivait ce moment-là.

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« Le mot qui revient, c’est : il faut l’accepter. Il faut accepter. Il faut accepter la défaite, le fait de ne pas avoir atteint l’objectif. Et ensuite il faut dépasser cet état-là. Ce temps de 24 jours, c’est peu. »

La dislocation : le scénario était prévu

Fabien Galthié a également raconté ce qu’il avait dit aux joueurs en début de la semaine du quart de finale face à l’Afrique du Sud à propos du la planification en vue du match, ainsi que la planification des deux semaines suivantes avec la demi-finale et la finale.

« J’avais présenté aussi l’autre option », a-t-il révélé. « Le lendemain, ça s’appelle dislocation. Ça veut dire que le lendemain, à midi, il faut quitter l’hôtel parce que l’Argentine arrivait à 14h. Et ça, c’était une option qu’on avait partagée, que j’avais évoquée, qui était possible. »

Les joueurs avaient d’ailleurs mal vécu d’être ainsi débarqués à la va-vite de leur hôtel et s’étaient retrouvés avec le staff pour un dernier repas en commun dans un restaurant.

Galthié défend son bilan : 80% de victoires depuis quatre ans

L’objectif d’être champions du monde n’a donc pas été atteint, mais Galthié a tenu à défendre son bilan. Comme si la suite de son contrat en dépendait alors qu’il a été conforté à son poste jusqu’au lendemain de la Coupe du Monde de Rugby 2027 en Australie.

« Nous avons fait second dans le premier Tournoi (des Six Nations) ex-aequo aux points, seconds dans le second Tournoi, le Grand Chelem dans le troisième Tournoi et nous avons fait second dans le quatrième Tournoi », a-t-il détaillé.

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« Nous avons gagné toutes nos tournées en France, nous avons perdu la tournée en Australie, nous avons gagné la tournée au Japon. Nous avons perdu en finale de l’Autumn Cup, sur ce qu’on appelle ‘le but en or’ en Angleterre.

« Nous avons performé. Par rapport à l’objectif qui était de redevenir une nation majeure du rugby mondial, nous l’avons fait. Nous avons remonté au ranking 1, 2, 3, aujourd’hui 4. Nous avons gagné 80% des matchs. Mais l’objectif suprême, être champion du monde, nous avons échoué. »

Une cicatrice à vie

Evoquant cette « peine immense » ressentie non seulement par le groupe et les familles mais aussi par l’ensemble des supporters et plus largement par tous les Français, Fabien Galthié s’est épanché sur « la blessure » des joueurs.

« Quand on joue pour l’équipe de France, il faut être prêt à gagner mais aussi à vivre ce qu’on a vécu. La douleur, la blessure… Elle est presque normale. Il n’y a qu’une équipe qui n’a pas mal, ce sont les champions du monde », a-t-il confié.

« Pour en avoir parlé avec des leaders, je pense que la blessure fera une cicatrice et que cette cicatrice, on l’aura à vie. Ça fait partie de notre chemin. On va l’avoir avec nous mais pour avoir vécu de nombreuses déceptions, c’est jamais un handicap. Avec le temps, ça devient doucement mais sûrement ce qu’on appelle de l’expérience, du savoir. Et si on est capable de se poser des bonnes questions, la possibilité d’être encore meilleurs. »

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