Gorgadze (Pau) : « c'est comme si le brouillard s'était déposé sur nous »
« Je vous avoue que je suis un peu dans le brouillard là, j’arrive toujours pas à réaliser qu’on a pu perdre comme ça », soupire le capitaine de la Section Paloise Beka Gorgadze. Face aux journalistes, le troisième-ligne centre géorgien a du mal à trouver les mots après la défaite de son équipe en barrage de Top 14, face au Racing 92 samedi 13 juin.
Si d’habitude il n’est pas un grand communiquant, là c’est pire. La Section Paloise n’avait plus connu les phases finales depuis vingt-six ans et ce retour tant attendu s’est achevé au Hameau sur une défaite cruelle, 33 à 31, face à un Racing 92 rompu à l’exercice du barrage et qui sait, mieux que quiconque, comment survivre dans des enceintes hostiles.
Pau avait pourtant tout pour croire en ses chances. Sur leur pelouse, devant un public électrisé, les Béarnais ont montré par séquences tout ce qui a fait leur belle saison, cette puissance de combat, cette efficacité clinique sur mêlée fermée conclue en première main par Joe Simmonds, ce caractère chevillé au corps d’un groupe qui ne lâche rien. Beka Gorgadze, capitaine géorgien emblématique, en fut l’incarnation la plus frappante lorsqu’il fonça dans le tas pour relancer les siens à la 57e minute.
Gorgadze et les siens : le sursaut d’orgueil
« Il y a beaucoup de frustration, beaucoup de tristesse parce que le match nous laisse un peu s’envoler et on n’a pas pu repasser devant, on a un peu trop facilement laissé marquer les Racingmen, notamment en deuxième mi-temps. Et après, quand il fallait re-marquer, on a su re-marquer, mais derrière on perd beaucoup de positions dans leurs 22 mètres et ça nous coûte très cher. »
Les Palois avaient sombré, un temps, dans le deuxième acte. Sous l’impulsion d’un Racing méthodique et froid, ils ont encaissé dix-sept points sans réponse en seulement huit minutes, une séquence noire qui semblait avoir scellé leur sort définitivement. Mais le Hameau grondait, et cette équipe, fidèle à son image, a puisé dans ses dernières ressources pour revenir à deux points à la 72e minute sur une penaltouche conclue par Lucas Rey dans une atmosphère renversante.
La séquence noire qui a tout changé
Comme l’a souligné l’entraîneur Sébastien Piqueronies, « nos deux entames nous coûtent très cher en nombre de points ». Un essai d’entrée de jeu en première période (0-7 dès la première minute), puis le trou d’air en début de seconde période. À cela s’ajoute trois pénalités dans le premier acte qui commence à faire douter les Palois qui, à la pause, comptent pourtant un point d’avance (17-16).
« Oui, trois pénalités, et avec ça, le premier essai je trouve qu’on les a laissé marquer un peu trop facilement », répète Gorgadze. « Au final oui, on a toujours couru après le score. Surtout la première partie de la première mi-temps on était bien défensivement, il y avait le turnover où ils arrivent pas à marquer. Et c’est en fin qu’on les laisse prendre le score avec les pénalités un peu évitables quand même. Et encore une fois oui, ça nous coûte cher. »
Fierté et goût amer
Il ne manquait que la bascule finale et elle n’est pas venue. Les visiteurs, forts de leur expérience accumulée au fil de treize participations à ce stade de la compétition, ont géré les dernières minutes avec une maîtrise que seuls les grands clubs possèdent vraiment. La Section Paloise, elle, peut partir la tête haute, avec la certitude d’avoir rendu à ce rugby du Sud-Ouest ses lettres de noblesse après un quart de siècle d’absence des grands rendez-vous.
« On peut dire que c’est l’expérience, on peut dire que c’est les petits fautes de main, on peut dire que c’est les fautes, mais au final c’est le résultat, on a perdu le match. Il y a d’un côté forcément énormément de fierté, tout ce qu’on a pu accomplir cette année, de vivre tout ça. Et aussi cette déception, cette frustration de ces premiers barrages à domicile. L’année prochaine on va repartir encore plus fort avec cette sensation de goût amer dans la gorge, parce que c’est ce que je ressens. Après le coup de sifflet final, c’est comme s’il y avait un brouillard qui s’est déposé sur nous », relève le capitaine.
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