François Ratier fait le bilan de sa première année : les Bleues n'ont plus que trois ans pour combler le fossé
À la fin du mois de novembre, cela fera un an que François Ratier a été nommé sélectionneur du XV de France féminin. Il aura réussi sa première priorité, qui était de ratisser large pour renouveler l’effectif. Au final, une cinquantaine de joueuses ont été testées à la suite de choix forts, mais aussi de blessures, d’études, de congés parentaux… Exemple : 11 joueuses comptant moins de cinq sélections se trouvaient sur la feuille de match du troisième et dernier test contre les Black Ferns, le 31 octobre.
« C’est un projet difficile. Si on arrive à maximiser les forces que l’on a, ça nous permettrait probablement d’aller au bout. Mais ce n’est jamais garanti. En revanche, si on ne le fait pas, ça ne marchera pas », disait-il alors lors de son interview de nomination à L’Équipe.

Déjà à cette époque, il était pleinement conscient du défi qui l’attendait : « Quand tu fais une chose ici, la Néo-Zélandaise le fait deux fois, la Canadienne deux fois et l’Anglaise dix fois ! Lorsque j’entraînais le Canada, je sais ce qu’on faisait pour se donner a minima les moyens de rêver. Il n’y a pas de raison qu’on ne se l’impose pas ici. C’est la culture du travail : il faut être en demande et pas en attente, être proactive, ne pas attendre les infos. »
Reprendre les fondamentaux des Bleues
Onze matchs plus tard, six victoires et cinq défaites, le constat est encore plus vrai. « Le fossé technique, on l’a identifié quand on est arrivés, quand on a pris les rênes. C’est pour ça, d’ailleurs, qu’on maintient en équipe de France, en stage d’équipe de France, des skills de base, dont la passe », remarquait-il au soir de la troisième défaite de rang en Nouvelle-Zélande.
« Une autre limite en équipe de France est qu’on ne peut pas, nous, pendant douze mois, le faire. Donc peut-être que dans le futur, on va devoir le faire plus souvent, avoir les joueuses plus souvent. »
S’il estime que cette tâche incombe aux clubs, il compte bien mobiliser son staff pour reprendre les fondamentaux à chaque rassemblement des Bleues. « C’est pour ça qu’on maintient en stage d’équipe de France des skills de base, dont la passe. Après, c’est pas en équipe de France où tu vas faire le plus de passes à l’entraînement. Il y a les jeunes, il y a les académies, ensuite il y a les catégories jeunes, il y a les clubs, les juniors, il y a tout ça », remarque-t-il.

« Donc moi, je ne peux que passer le message que j’ai passé depuis janvier. C’est-à-dire que sur des skills de base, à haute pression, c’est-à-dire les matchs internationaux, parce qu’il n’y a pas plus ultime évaluation de ton niveau technique, ça nous fait encore défaut. Une autre limite en équipe de France est qu’on ne peut pas, nous, pendant douze mois, le faire. Donc peut-être que dans le futur, on va devoir le faire plus souvent, avoir les joueuses plus souvent.
« Mais bon, on peut aussi faire confiance aux clubs et aux joueuses aussi pour faire le travail. Mais attention, il y a aussi une prise en charge individuelle. Entraîner, c’est répéter. Ce genre de choses, on le répète. Après, qu’il y ait un retard technique, ce n’est pas nouveau. Il y a des axes de travail en France qui sont moins fun à travailler. »
« Qu’il y ait un retard technique, ce n’est pas nouveau. Il y a des axes de travail en France qui sont moins fun à travailler. »
Autre chantier sur lequel se pencher, le déficit de force. « Il est mesurable, il est mesuré et c’est l’axe de travail depuis quelques mois », affirme le sélectionneur. « Il y a aussi la capacité de la joueuse à encaisser tout ça. Ça dépend du profil de départ. C’est toujours la même chose. Il y a des postes où ça combat plus, il y a des postes où certaines parties du corps sont beaucoup plus exposées. On l’a vu sur toutes les épaules qui ont sauté. C’est un chantier qui est en cours, qui est comme le chantier technique. »
Apprendre à construire un match international
Après la lourdeur du score du premier test (81-12) à Hamilton et la « colère » après la défaite 31-12 la semaine suivante à Whangarei, c’était « la frustration » qui ressortait samedi dans les propos du sélectionneur François Ratier après une troisième défaite d’affilée (36-7), le 31 octobre à Christchurch, pour clôturer les Women XV Global Series.

« J’ai l’impression que ces joueuses-là, parfois, découvrent ce que c’est, la construction d’un match de haut niveau. Parfois, découvrent comment maximiser un temps fort, comment être très fortes sur les temps forts et puis très fortes aussi sur les temps faibles pour changer la façon de jouer. Les choses de base : j’appuie sur l’accélérateur quand je domine, et puis quand je suis un peu dominé, je remets un peu les freins, je regarde et tout. Nous, là, on est obligés de le mettre en place et ça fait partie du chemin. Mais je n’ai pas d’autre explication que ça. On est l’équipe de France. On n’est pas un centre de formation ni un club, on est l’équipe de France », lâchait-il d’un ton sec et grave.
« On est l’équipe de France. On n’est pas un centre de formation ni un club, on est l’équipe de France ! »
Dans le même temps, la talonneuse Élisa Riffonneau admettait au soir de cette nouvelle défaite que « on a besoin de temps, de plus d’expérience, mais les jeunes joueuses vont apprendre. On a trois ans avant la prochaine Coupe du monde, donc on doit capitaliser sur des matchs comme ça ».
Élargir le réservoir avant la Coupe du Monde de Rugby 2029
Mais trois ans avant la prochaine Coupe du monde de rugby, qui se jouera en 2029 en Australie, est-ce suffisant au vu de ce que le staff a découvert à son arrivée il y a un an ?

« Oui, c’est suffisant. Évidemment que c’est suffisant. Heureusement que c’est suffisant, sinon tu ne fais rien », s’emportait-il. « On est en France, on a quand même un bassin de joueuses. Nous, notre travail, c’était de l’augmenter, ce bassin, parce qu’après la Coupe du monde, malheureusement et pour diverses raisons, il n’était pas énorme. Tu pars avec vingt contrats et petit à petit, tu bâtis pendant le Tournoi. Tu arrives à ton nombre de contrats aujourd’hui qui est à peu près trente. Et à partir de là, tu sais très bien que trente joueuses, tu ne fais pas une Coupe du monde avec trente joueuses. Donc il fallait augmenter ce bassin-là. On l’a fait.
« Je te dis encore une fois, c’est pas des moments très agréables dans un cycle. Attention, quand même, il y a des Jeux olympiques qui vont avoir lieu. Il y a des joueuses, après les Jeux olympiques, qui vont rentrer dans le mix pour préparer la Coupe du monde. Je ne dis pas que ce sera toutes les joueuses des Jeux olympiques, c’est pas du tout comme ça que je raisonne. Mais il y a des blessées qui vont revenir, et si tout le monde est en bonne santé, on va être cinquante. Là, après, si ça ne fonctionne pas, c’est de ma faute. Mais pour l’instant, il faut augmenter ces joueuses-là, il faut augmenter ce bassin. »
L’Élite 1, un appui pour les Bleues
Autre motif d’espoir, les évolutions annoncées la semaine précédente pour professionnaliser encore plus le championnat domestique, l’Élite 1, avec notamment l’acquisition, pour les dix clubs engagés, de caméras automatiques destinées à filmer toutes les rencontres. Ce dispositif, distinct de la production des matchs diffusés sur MCH, servira à l’analyse sportive.
« Là, nous, on paie un peu l’entre-deux générationnel. On paie cher, je trouve. »
« Ce qui se passe autour de l’Élite 1, tous les moves sont positifs pour le futur », veut se rassurer François Ratier. « Il y a une grosse mobilisation au niveau de la fédération et plusieurs comités de pilotage sur l’amélioration de tous les aspects de l’élite qui permettront à l’équipe de France de devenir meilleure. Donc oui, c’est un move très positif et qui va de plus en plus prendre de place. Il y a beaucoup de raisons aussi d’être optimistes, beaucoup de raisons.

« Là, nous, on paie un peu l’entre-deux générationnel. On paie cher, je trouve. Je trouve qu’on paie cher. Les deux derniers matchs, surtout celui-là, je trouve qu’on le paie cher. Je trouve que les filles méritent beaucoup mieux, beaucoup mieux. Et c’est factuel. Je ne dis pas qu’on est plus forts que les Black Ferns pendant quatre-vingts minutes, je dis qu’elles méritent beaucoup mieux. »
Retour en club avant les prochains stages
Le retour en France va d’abord s’accompagner d’une période de repos pour toutes les parties impliquées. « Elles vont retourner en club aussi. C’est très important. Le club, c’est la famille, c’est le noyau, c’est là où on se ressource », dévoile le sélectionneur. « Je veux vraiment qu’elles reviennent en Élite 1 avec beaucoup d’enthousiasme et qu’elles apportent beaucoup de choses pour continuer d’élever le niveau de ce championnat. Ensuite, on aura un stage en février en France, puis un stage en mars en Espagne. Puis ensuite, on attaque le Tournoi avec, comme d’habitude, les trente-deux sélectionnées, etc. Donc ça, c’est le plan.
« Entre-temps, on aura eu des entretiens avec les joueuses. Entre-temps, on aura, nous, débriefé, enlevé des choses, rajouté des choses sur le projet. Ça, c’est le plan. Ensuite, on verra pour les cycles d’après, les années d’après. On a aussi planifié jusqu’à la Coupe du monde, où essayer d’avoir les joueuses peut-être un peu plus aussi, un peu plus souvent. D’une façon ou d’une autre, ça peut être des rassemblements tout à fait simples, régionaux, sans que ça impacte toujours les clubs. Il n’y a personne, encore une fois, qui veut qu’une joueuse ne s’améliore pas. C’est bon pour le club, c’est bon pour l’équipe de France et surtout, c’est bon pour la joueuse. »
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