Shaun Edwards : « rien ne vaut cette pression permanente pour conserver sa place »
Shaun Edwards a tiré un enseignement majeur du 54-12 de Cardiff dimanche dernier : la différence de points pourrait bien peser lourd dans la course au titre, et la défense française est désormais calibrée pour ça.
Après deux journées, la France affiche 10 points sur 10 et une différence de +62, soit quatre longueurs d’avance sur l’Écosse et cinq sur l’Angleterre, qui présente la meilleure différence suivante avec +30. Dans un Tournoi où les scénarios se jouent souvent au détail, Edwards sait que ce matelas peut devenir décisif lorsque tout se bouscule au soir de la dernière journée.
Il n’a d’ailleurs pas oublié sa première campagne avec les Bleus : « Je me souviens de ma première compétition avec la France, en 2022, nous avons perdu à la différence de points, donc c’est quelque chose dont nous étions très, très conscients, et de garder le nombre de points encaissés bas. On avait prévu 14, on n’en a eu que 12 », a-t-il raconté sur la radio galloise S4C.
« Il n’y a jamais eu autant de points marqués en rugby qu’en ce moment. »
La France n’avait jamais inscrit autant de points contre le Pays de Galles, avec huit essais plantés au Principality Stadium pour un record offensif face au XV du Poireau. Mais Edwards insiste sur le contexte d’un rugby résolument tourné vers l’attaque : « Les gens doivent réaliser que le nombre de points marqués en rugby est 100% différent de la manière dont ils étaient marqués il y a 15 ans, 10 ans, parce que les règles sont tellement pro-attaque.
« Se prendre une petite raclée avant, c’était 25-3 ou quelque chose comme ça, mais maintenant c’est 50 et quelques. Vous regardez les résultats en Top 14 ce week-end et il y avait comme 75 points marqués tout le temps, donc vous devez remettre ça dans le contexte, avec ces scores records contre vous et tout ça, parce qu’il n’y a jamais eu autant de points marqués en rugby qu’en ce moment. »
Les mots réconfortants pour les Gallois
Face à son ancienne sélection, Shaun Edwards a tenu à envoyer un message presque réconfortant à un groupe sonné. « Je pensais que leurs niveaux physiques étaient vraiment bons, ils s’accrochaient, il y avait de l’effort, 100%, pendant tout le match. Le temps de jeu effectif était d’environ 45 minutes, ce qui est super, super élevé ; je suis sûr que les choses vont vite s’inverser. »
Le tableau reste pourtant brutal : 48-7 encaissé à Twickenham, puis 54-12 contre les Bleus, soit 102 points concédés en deux rencontres, un total dépassé une seule fois après deux journées dans l’histoire du Tournoi, par l’Italie (121 points) en 2001. Sans entraîneur en charge de la défense à plein temps, le Pays de Galles s’appuie actuellement sur Dan Lydiate à temps partiel, tandis que Steve Tandy, pourtant spécialiste de la défense, est accaparé par ses fonctions de head coach.
Une France portée par la mobilité et la concurrence
Au-delà du score, Edwards considère que cette équipe de France dispose d’un effectif équilibré, capable d’imposer son rythme en attaque tout en demeurant très disciplinée en défense.
« C’est bien d’avoir de la mobilité et ça aide définitivement la défense d’avoir des joueurs mobiles. Ça aide aussi d’avoir les gros pour arrêter les mauls et en mêlée, etc », analyse-t-il. « On a un bon équilibre maintenant avec Mickaël (Guillard) et Thibaud Flament qui reviennent aussi ; nous sommes assez fournis en deuxième ligne en ce moment, parce que Charles (Ollivon) a rejoint le groupe.
« Ce que j’ai constaté avec les Français, c’est que lorsqu’ils sont challengés, c’est là que vous voyez le meilleur d’eux-mêmes. »
« Nous devons juste jouer au meilleur de notre capacité et ne pas trop penser à notre adversaire, j’ai toujours pensé ça. Nous sommes une équipe de assez haut niveau et si vous êtes un athlète de haut niveau ou un boxeur ou autre, la partie principale de votre préparation doit être à environ 70% sur vous-même et 30% sur votre adversaire.
« Ce que j’ai constaté avec les Français, c’est que lorsqu’ils sont challengés, c’est là que vous voyez le meilleur d’eux-mêmes. Vous avez vu ce qui s’est passé récemment, certains joueurs incroyablement bons, des grands de tous les temps, ont été remplacés par des joueurs de 21 ans ; rien ne vaut cette pression permanente pour conserver sa place. »
Dans ce contexte, le 54-12 de Cardiff n’est pas seulement un score record : c’est un message au reste du Tournoi. Les Bleus avancent avec une défense obsédée par le moindre point encaissé, une attaque en roue libre, et une concurrence interne qui maintient tout le monde à température de Grand Chelem.
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