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Le succès de Rees-Zammit en NFL, un danger pour le rugby ?

Louis Rees-Zammit ne devrait pas revêtir le maillot du pays de Galles de sitôt (photo Getty Images).

La transition en cours de Louis Rees-Zammit du rugby à XV au football américain, dans les rangs des Kansas City Chiefs, pourrait amener son ancien sport à se poser plusieurs questions embarrassantes.

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Bien que Rees-Zammit n’ait pas encore joué un seul match de compétition en NFL, les conséquences d’un passage réussi d’un sport à l’autre pourraient être au mieux problématiques, au pire représenter une menace sérieuse pour le rugby sur le long terme.

Son aventure dans le football américain, un sport très différent en termes de technique, de culture, et à l’échelle commerciale, constitue un cas captivant d’adaptabilité athlétique et de mobilité mondiale des talents sportifs. Si la grande majorité des fans de rugby suivront avec excitation la possible intégration du Gallois au sein de l’équipe des Chiefs cet été – ce qui serait déjà un exploit en soi -, le gommage des frontières entre le rugby et le football américain est à l’avantage quasi exclusif du dernier cité.

Dans le cas où Rees-Zammit parvenait à se faire une place de receveur ou de running back en NFL, ses revenus potentiels pourraient bien faire pâlir d’envie le mieux payé des rugbymen en Europe. À ces postes, les salaires généralement proposés tournent entre 2,5 et 5 millions de dollars par an. Les 750 000 dollars offerts à LRZ par une franchise japonaise font presque figure d’argent de poche à côté de ça. Il est convenu que les Chiefs le rétribuent à cette hauteur dans le cadre du contrat de trois ans signé vendredi dernier. Et cela ne pourrait être qu’un début. S’il connait le succès, le Gallois pourrait théoriquement obtenir au moins dix fois plus que les plus hauts salaires dans le rugby, où le million d’euros annuel est un cap rarement atteint et encore moins dépassé.

Pendant ce temps, le running back le mieux payé de NFL, le joueur des San Francisco 49ers’ Christian McCaffrey, touche environ 16 millions de dollars par an, tandis que le receveur Tyreek Hill a signé un contrat de 120 millions de dollars sur quatre ans, soit 30 millions la saison.

Des chiffres qui donnent le tournis, même pour les stars de rugby les mieux considérées.

Il n’est pas exagéré de prétendre que la NFL, avec sa puissance financière colossale, pourrait représenter un attrait de plus en plus irrésistible pour les talents du rugby en quête de nouveaux défis. Rees-Zammit aujourd’hui, des joueurs comme Christian Wade, Daniel Adongo, Christian Scotland-Williamson, Hayden Smith et Lawrence Okoye avant lui : tous sont tous des cobayes modernes et si l’un d’eux devait éclater à un poste technique, cela pourrait changer à jamais la façon dont les joueurs de rugby sont perçus.

Cela vous parait alarmiste ? Prenez le cas de Jordan Mailata – l’ancien joueur des South Sydney Rabbitohs chez les U20. L’ex-treiziste a percé et gagne aujourd’hui 16 millions de dollars par an après être passé par le programme IPP (International player pathway).

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En réalité, son gabarit, qui lui a ouvert les portes de la NFL, lui a fermé celle du rugby à XIII. Avec son double mètre et ses 140 kg (à l’époque), il était simplement trop grand, trop lourd, pour faire carrière en NRL : il était incapable de tenir le rythme effréné du meilleur championnat à XIII au monde. « Le rugby à XIII demande un mélange d’aérobie et d’anaérobie », rappelait Michael Maguire, l’ancien entraîneur de Mailata, dans une interview donnée en 2018 à Player’s Voice. « Attaquer, défendre, reculer de 10 mètres, etc. La fréquence des courses n’est pas évidente quand on a un tel physique. »

Sa réussite, comme celle de l’Australien Jarryd Hayne dans une certaine mesure, n’a certes pas créé d’appel d’air en NFL de la part des joueurs de NRL. Car le rugby offre quelque chose que la NFL n’a pas : un rayonnement mondial.

Dans son podcast, l’ancien punter devenu consultant Pat McAfee a livré un aperçu déroutant de la façon dont est perçue cette manne potentielle pour le football américain : « Si on réussit à transformer de joueurs de rugby en joueurs de foot US, cela pourrait bien booster le développement mondial de ce sport, car apparemment le rugby est partout. Si ce gars (Louis Rees-Zammit, ndlr) brille, les fans de rugby verront ses highlights. D’autres voudront le copier. S’il a du succès, on va voir 30 autres joueurs débarquer. »

Cette nouvelle conception, où le rugby à XV pourrait malgré lui servir de réservoir de talents pour le football américain, est une menace à long terme pour le rugby. Le succès potentiel de Rees-Zammit en NFL pourrait créer un précédent, encourageant d’autres franchises à exploiter le rugby à XV pour trouver des pépites, créant ainsi une fuite soudaine des talents d’un sport où les superstars ne sont déjà pas légion.

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Et que se passe-t-il quand les joueurs de rugby les plus connus vont tenter leur chance dans le football américain ? Le regard du fan de rugby suit inévitablement leur trajectoire.

S’il est un groupe de supporteurs que la NFL pourrait conquérir, c’est bien ceux du rugby (à XV comme à XIII). Les similitudes sont évidentes. Il s’agit dans les deux cas de sports de contact pratiqués par des athlètes costauds et explosifs. La dimension plus globale du rugby offre toutefois à la NFL un marchepied vers l’expansion. Une expansion qui a jusqu’à présent échappé au sport américain en dépit de son énorme pouvoir financier.

Alors que beaucoup de fans de football américain n’ont qu’une vague idée de ce qu’est le rugby, la NFL pourrait être perçue comme le summum à atteindre pour toute une génération de joueurs et de fans de rugby en herbe. Dans combien de temps les jeunes supporteurs voudront davantage ressemble à Patrick Mahomes qu’à Antoine Dupont ?

Les plus pessimistes diront que le processus est d’ores et déjà en marche. La crainte, c’est que la réussite de Rees-Zammit n’accélère le phénomène.

Évidemment, d’un point de vue humain, on a tous envie de voir LRZ réaliser son rêve. Au-delà de ses capacités athlétiques, c’est un jeune homme tout à fait charmant, en quête d’objectifs sportifs en dépit des obstacles.

C’est aussi une question d’ego sportif collectif. C’est l’un des joueurs les plus excitants à regarder évoluer, et on souhaite qu’il montre au monde entier qu’on peut réussir dans la ligue sportive la plus lucrative de la planète en venant du rugby.

Mais sommes-nous prêts à payer le prix de sa réussite ?

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G
GrahamVF 19 minutes ago
The times are changing, and some Six Nations teams may be left behind

The main problem is that on this thread we are trying to fit a round peg into a square hole. Rugby union developed as distinct from rugby league. The difference - rugby league opted for guaranteed tackle ball and continuous phase play. Rugby union was based on a stop start game with stanzas of flowing exciting moves by smaller faster players bookended by forward tussles for possession between bigger players. The obsession with continuous play has brought the hybrid (long before the current use) into play. Backs started to look more like forwards because they were expected to compete at the tackle and breakdowns completely different from what the original game looked like. Now here’s the dilemma. Scrum lineout ruck and maul, tackling kicking handling the ball. The seven pillars of rugby union. We want to retain our “World in Union” essence with the strong forward influence on the game but now we expect 125kg props to scrum like tractors and run around like scrum halves. And that in a nutshell is the problem. While you expect huge scrums and ball in play time to be both yardsticks, you are going to have to have big benches. You simply can’t have it both ways. And BTW talking about player safety when I was 19 I was playing at Stellenbosch at a then respectable (for a fly half) 160lbs against guys ( especially in Koshuis rugby) who were 100 lbs heavier than me - and I played 80 minutes. You just learned to stay out of their way. In Today’s game there is no such thing and not defending your channel is a cardinal sin no matter how unequal the task. When we hybridised with union in semi guaranteed tackle ball the writing was on the wall.

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