Rugby Europe Championship : après 8 ans de domination, la Géorgie renversée par le Portugal
Portugal a renversé la table, l’Espagne a signé un retour majuscule, la Belgique a refroidi l’enthousiasme suisse et les Pays-Bas ont relégué l’Allemagne : la journée finale du Rugby Europe Championship à Madrid a dessiné un nouvel équilibre de forces sur le Vieux Continent.
Ce n’est que la deuxième fois de son histoire que le Portugal (16e au classement mondial World Rugby) remporte cette compétition, après huit années de domination sans partage et une impressionnante série de 43 matchs sans défaite de la Géorgie (13e au classement mondial) dans cette compétition.
Le Portugal détrône enfin la Géorgie
Vingt-deux ans après leur dernier sacre, Os Lobos ont mis fin au long règne de la Géorgie en s’imposant 19-17 au terme d’une finale suffocante. Bousculés devant en première période, sanctionnés en mêlée fermée et menés 12-3 à la pause après deux essais géorgiens signés Ilia Spanderashvili puis Tornike Jalagonia, les Portugais semblaient promis à une nouvelle désillusion face à la référence du tournoi. Le carton jaune infligé à David Wallis n’avait rien arrangé dans un premier acte dominé par la puissance des Lelos.
Tout a basculé au retour des vestiaires, lorsque le staff portugais a fait tourner sa première ligne, inversant progressivement le rapport de forces en mêlée et rendant aux siens une plateforme d’occupation et de points. Manuel Vareiro, impeccable sous la pression, a enquillé les pénalités pour recoller, avant que Beka Gorgadze ne redonne de l’air à la Géorgie, portant l’écart à 17-9.
Dos au mur, les Lobos ont alors lâché les chevaux : une nouvelle pénalité de Vareiro, puis une séquence d’attaque tranchante conclue à l’aile par Vincent Pinto, sur une large passe d’Hugo Camacho après l’impact de José Monteiro, ont ramené le suspense à son paroxysme. Avec le titre au bout du pied, Vareiro a signé une transformation en coin aux allures de sentence, offrant aux Portugais un premier titre continental depuis 2004 et mettant fin à une série géorgienne de 43 matchs sans défaite dans la compétition.
L’Espagne termine avec le bronze
Devant son public, l’Espagne a dû puiser dans ses réserves pour dominer une Roumanie longtemps maîtresse des débats et s’imposer 29-23 dans le match pour la troisième place. Portés par un pack conquérant, les Roumains ont pris le contrôle du premier acte, imposant leur tempo en conquête et ouvrant le score par la botte d’Alin Conache, avant de creuser l’écart grâce à un essai de Damian Bonaparte puis à un drop de Daniel Plai pour compter jusqu’à 11 points d’avance. La mêlée espagnole souffrait, et la sortie temporaire d’Álvaro Garcia sur carton jaune n’a fait qu’accentuer cette impression de domination roumaine.
Le tournant a pris la forme d’un fait de jeu majeur : le carton rouge adressé à Nicolaas Immelman pour un contact à la tête sur Lucien Richardis a inversé l’inertie et redonné de l’oxygène aux Leones. L’essai de l’ailier Alejandro Laforga a sonné la révolte ibérique, avant que deux réalisations transformées d’Alex Saleta et du même Richardis ne fassent basculer le tableau d’affichage en faveur des locaux. Malgré deux nouvelles pénalités de Conache pour maintenir l’espoir roumain, la conclusion est revenue à Alberto Carmona, auteur de l’essai du bronze en bout de ligne, scellant une remontée à haute valeur symbolique pour une Espagne qui confirme sa place dans le quatuor de tête européen.
La Belgique s’adjuge la 5e place
Sur la lancée d’un tournoi déjà historique, la Suisse a cru pouvoir prolonger le rêve, mais la Belgique a imposé un réalisme froid pour s’adjuger la cinquième place 39-16. Les Helvètes ont pourtant ouvert le score par la botte précise de Jules Porcher, récompensant une entame appliquée. La réponse belge ne s’est pas fait attendre : Florent Remue a d’abord égalisé sur pénalité, avant que le demi de mêlée Timothé Rifon ne signe le premier essai des Diables Noirs, vite suivi d’un deuxième avant la pause pour virer largement en tête.
Au retour des vestiaires, la Suisse a entretenu l’espoir avec un bel essai du centre Jeremy To’a, transformé par Porcher. Remue et Porcher ont continué de se répondre au pied, puis le capitaine Jean-Maurice Decubber a été récompensé de son activité par un essai qui a définitivement fait pencher la rencontre, avant que deux nouvelles réalisations transformées ne donnent à la marque des allures de score fleuve.
Les Pays-Bas en démonstration
La journée a compté également un large succès néerlandais face à une Allemagne déjà condamnée à la relégation, un 76-7 qui illustre le gouffre entre les deux équipes ce week-end. Les hommes de Bryan Easson ont frappé d’entrée par un maul puissant conclu par Tafadzwa Kahembe, donnant le ton d’une après-midi à sens unique. Indisciplinés, souvent pénalisés dans le jeu au sol comme en mêlée, les Allemands ont offert bien trop de munitions à une sélection orange clinique, qui a empilé six essais avant la pause.
Après le repos, les Néerlandais ont poursuivi le récital, portés par l’influence de l’ouvreur Boris Hadinegoro, chef d’orchestre d’une attaque qui a ajouté cinq nouveaux essais pour porter le total à douze, preuve d’une envie de finir la campagne sur une note offensive assumée. L’unique éclair allemand est venu en fin de match, avec un essai de l’ailier Christopher Hennig pour sauver l’honneur, sans masquer une campagne conclue par une relégation vers le Rugby Europe Trophy pour les deux prochaines saisons. L’Allemagne laisse ainsi vacant son siège au niveau supérieur, que se disputeront désormais la République tchèque et la Pologne.