L'exigence des All Blacks : « un bilan à 76% de victoires ne suffit plus »
Sir Wayne Smith a été invité à s’exprimer sur le départ de Scott Robertson des All Blacks, en posant des mots forts sur la dureté du métier d’entraîneur au plus haut niveau. Figure tutélaire du rugby néo-zélandais, l’ancien head coach des Blacks Ferns championnes du monde (2022) comprend les exigences extrêmes qui entourent aujourd’hui la sélection.
Depuis la prise de fonctions de Robertson, Smith officiait comme Directeur de la performance au sein de New Zealand Rugby, avec un rôle transversal auprès des All Blacks et des Black Ferns, autant sur le leadership que sur la structure de la performance.
Réputé pour être l’un des plus grands stratèges du jeu, « The Professor » affiche une réelle sympathie pour Robertson, tout en saluant le niveau de son staff, décrit comme « extrêmement compétent », en rappelant aussi qu’il restait en phase d’apprentissage deux ans seulement après le début de sa mission.
« C’est difficile quand 76% n’est plus suffisant. Ils ont dû penser que le pourcentage de victoires n’allait pas s’améliorer, même si ce n’est qu’une supposition », a-t-il expliqué dans une déclaration faite à 1News. « L’histoire des All Blacks impose des standards élevés, un esprit de vainqueur et de l’innovation. Entraîner dans cet environnement devient de plus en plus difficile. Les égos ne manquent pas, un bilan à 76% de victoires ne suffit plus. »
La partie la plus incisive de sa prise de parole concerne la manière dont se déroulent les revues de fin de saison et le poids des retours joueurs, sur fond de pression extérieure. « Des joueurs mécontents parlent dans votre dos et ont l’occasion de vous démolir, incognito, pendant les bilans de fin de campagne », a-t-il regretté. « Les réseaux sociaux, dissimulés derrière des pseudonymes et des avatars, peuvent vous détruire sans le moindre remords. »
Smith insiste aussi sur le temps nécessaire pour installer une vision de jeu dans un environnement où l’on demande aux All Blacks de rester en permanence au sommet. « Il faut du temps pour se stabiliser dans sa voie, et vous priez simplement pour avoir l’occasion de faire vos preuves sur la durée. Se projeter dans l’avenir pour déterminer dans quelle direction va s’orienter le jeu ensuite est crucial. Apporter des changements avant qu’ils ne soient contraints est la clé. Les autres copieront et vous obligeront à continuer d’avancer. »
« Apporter des changements avant qu’ils ne soient contraints est la clé. Les autres copieront et vous obligeront à continuer d’avancer. »
Alors que l’attention se tourne déjà vers le processus de recrutement lancé « immédiatement » après l’annonce du départ de Robertson, le vécu et le leadership de Sir Wayne devraient compter pour accompagner la transition du prochain sélectionneur, qui aura toute latitude pour composer son propre staff une fois nommé. En attendant, les adjoints de Robertson restent en place et doivent diriger un camp dès dimanche 18 janvier, dans un contexte encore chargé d’émotion.
Au moment d’évoquer directement le sort de Scott Robertson, le ton de Smith se fait plus personnel. « Malheureusement, Razor n’a pas bénéficié de plus de temps, ni d’une plus grande opportunité de s’adapter et de surmonter nombre des défis auxquels sont confrontés les nouveaux sélectionneurs des All Blacks », regrette-t-il. « Cela me rend triste – pour Razor et pour notre jeu. »