« On étudie, d’une manière un peu plus précise, l’idée d’une délocalisation à Barcelone. » Cette phrase prononcée par le président de l’USAP François Rivière lors de la conférence de rentrée du club il y a tout juste un mois, ne cesse de résonner. Encore faut-il trouver la bonne date. « C’est dans les tuyaux. Cela pose surtout problème au niveau sportif : il faut trouver le moment opportun, le bon adversaire… »
Deux fenêtres possibles semblent se dessiner : le 27 mars 2027 contre La Rochelle ou le 5 juin 2027 contre Toulouse. C’est cette deuxième date qui semble toutefois être la piste privilégiée par le club. Le président précise en effet que « le match contre Toulouse semble marcher ». Rien n’est encore arrêté et le club se donne jusqu’à Noël pour prendre la décision finale à annoncer au plus tard en janvier. « Il faudra donner le “go” vers Noël pour laisser le temps à Bruno Rolland et aux équipes de tout organiser », a prévenu François Rivière.
Trois précédents
Dans tous les cas, ce serait le quatrième match du club organisé dans la deuxième ville d’Espagne ; les trois premiers ayant été organisés dans un même stade : Montjuïc. Le premier remonte au 9 avril 2011, un quart de finale de la H Cup remporté face à Toulon 29-25 devant environ 55 000 spectateurs, ce qui reste l’une des grandes démonstrations populaires de l’histoire récente du club.
Le deuxième eut lieu l’année suivante, cette fois face au Stade Toulousain, au début de la saison de Top 14 (15 septembre 2012) et avec encore une victoire des Catalans (34-20). La jauge était réduite à près de 23 000 spectateurs. Le troisième et dernier rendez-vous à Montjuïc fut le 19 avril 2014, une fois encore en recevant Toulon qui cette fois s’imposa (46-31) devant près de 24 000 spectateurs. Cette défaite condamna quasiment l’USAP à la relégation en Pro D2.
Changement de décor
Déplacer une rencontre à Barcelone suppose de sortir d’Aimé-Giral pour jouer devant une jauge bien plus large, avec les risques que cela comporte si le match pèse lourd dans la lutte pour le maintien ou la qualification, soit les scénarios qui ont trop souvent tourné à Perpignan ces dernières saisons.
Cette quatrième rencontre envisagée ne serait en revanche plus à Montjuïc, mais au RCDE Stadium, un cadre plus adapté, avec une capacité de 38 520 places, suffisante pour créer l’événement sans viser une enceinte trop vaste. L’objectif serait d’élargir les recettes, l’exposition médiatique et les partenariats du club, tout en renforçant ses liens sportifs, économiques et culturels avec la Catalogne du Sud.
Mais pourquoi Barcelone au juste ?
Géographiquement, les deux villes ne sont pas très éloignées : 200 km à tout casser. L’histoire, la culture, la langue sont également partagées entre les populations. Moins la culture du rugby certes, mais l’USAP peut espérer toucher un public qui ne lui est pas totalement étranger.
Mais l’enjeu est aussi économique. Aimé-Giral, avec ses 14 000 à 15 000 spectateurs, est historiquement un stade relativement petit. Passer dans une enceinte plus grande ne serait que bénéfique sur le plan des recettes sachant que l’USAP joue quasiment tous ses matchs à domicile à guichets fermés. En 2011, par exemple, avec la présence des 55 000 spectateurs pour le quart de finale de la H Cup, on avait estimé les recettes de la billetterie à environ 500 000 euros.
Certes le RCDE Stadium est un peu plus modeste que Montjuïc, mais la perspective de remplir les 38 529 places est intéressante car ça ferait plus que doubler la capacité d’Aimé-Giral.
L’USAP Voulait que le FC Barcelone détienne 25% de son capital
L’USAP n’envisage pas Barcelone comme une simple délocalisation. Le club a fait de la Catalogne du Sud un prolongement naturel de son identité, se présentant depuis longtemps comme une formation représentant les deux Catalognes, et cette dimension transfrontalière a été assumée dans sa communication et dans ses projets de développement.
La convergence est telle qu’en 2004, un engagement financier aurait même pu lier l’USAP au FC Barcelone. « L’USAP nous propose de prendre 25 % du capital », avait en effet confirmé un membre du conseil d’administration du FC Barcelone dans les colonnes du Monde à cette époque. « Cela est un peu prématuré aujourd’hui. Nous n’en sommes qu’au stade des fiançailles et il n’est pas bon d’être pressé. Personnellement, j’aimerais que cela se fasse parce que le rugby est un sport mondial et que ce serait dommage de lui tourner le dos. » Le projet n’a finalement jamais abouti.
Quelques années plus tard pourtant, en 2011, le club avait noué des contacts avec le Barça pour promouvoir le quart de finale contre Toulon. L’idée était de profiter de la puissance de la marque FC Barcelona pour donner une autre dimension au rugby catalan. Avec le succès que l’on sait.
Une décision dépendante du contexte sportif
Le projet n’a toutefois jamais été plus loin. Après le succès de 2011, Paul Goze, président de l’USAP à l’époque (2007-2012), souhaitait programmer un match à Barcelone chaque saison, mais la délocalisation de 2012 avait été abandonnée dans un premier temps pour des raisons sportives et économiques.
Et le troisième passage, en 2014, a été beaucoup moins convaincant. L’USAP était alors engagée dans la lutte pour le maintien et le contexte n’était plus celui d’une grande fête catalane. La défaite contre Toulon a rendu l’épisode particulièrement douloureux.
L’idée d’un quatrième match à Barcelone dépendra donc surtout du parcours de l’USAP dans ce début de saison. Emmenés par Laurent Labit, les Catalans savent ce qui les attend. « Le premier des objectifs est de stabiliser l’USAP dans les dix premiers du Top 14 sur les saisons qui arrivent, a annoncé humblement, Laurent Labit, rappelant que « le barrage d’accession, on l’avait présenté comme le premier match de la saison prochaine. On avait vu une montée en puissance, une bonne dynamique sur les derniers mois, en réussissant à rivaliser avec les meilleures équipes. »
Même chose du côté du président Rivière : « On va essayer de démarrer sur de meilleures bases, pour ne pas encore se retrouver à poursuivre notre ombre ». Le premier match de la saison contre le Stade Français à Jean-Bouin le 5 septembre donnera une première indication. « On est satisfait d’avoir le premier match à l’extérieur », reconnaissait Laurent Labit. « Ce n’est pas qu’on craignait de démarrer à la maison mais on voulait se challenger ailleurs pour commencer. On aura ensuite des matchs à la maison sous pression. »
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