Fabien Brau-Boirie, « la meilleure des premières fois »
« Ça court, ça court ». Tout essoufflé, le trois-quarts centre de la Section Paloise Fabien Brau-Boirie a du mal à reprendre son souffle sur le plateau que TF1 a installé en bord terrain, quelques minutes après la victoire de la France au Pays de Galles, 12-54, dimanche 15 février.
Pour sa première sélection internationale, lui qui a remporté le Tournoi des U20 l’an passé, a fait un match plein de 80 minutes, couronné par un essai sur une remise à l’intérieur de Jalibert, le troisième des Bleus au quart d’heure de jeu. Il a mis la main sur dix ballons et en a gratté un, a parcouru 101 mètres, battu sept défenseurs, délivré 12 passes et un offload, effectué quatre franchissements et 20 plaquages sans en manquer un seul. On comprend qu’il soit essoufflé lorsqu’il est interrogé en direct.
Voir cette publication sur Instagram
VIDEO
« Dans une ambiance comme ça… dans un stade comme ça, j’ai pas l’habitude. Et c’est vrai que déjà, avec des mecs comme ça, ça va très vite pour prendre les bonnes décisions, et c’est incroyable. C’est la meilleure des premières fois », dit-il.
Aligné en l’absence du titulaire habituel, le Bordelo-Béglais Yoram Moefana, le jeune palois de 20 ans n’a pas semblé impressionné par le cadre ni par les chœurs gallois, pendant ses 80 minutes dans l’enceinte mythique du Principality Stadium. Et ses 98 kg pour 1,90 m ont fait mal à la défense du XV du Poireau, comme lors de cette percée à la 73e minute où trois Gallois ont dû s’employer pour l’arrêter.
Tête haute, passes fluides : avant même cette prestation haut de gamme, les compliments pleuvaient sur le dernier joyau façonné à Pau, dans la lignée de ses deux compères alignés dimanche avec lui, Émilien Gailleton (22 ans, 12 sélections) et Théo Attissogbe (21 ans, 10 sélections), en attendant les arrivées probables de Grégoire Arfeuil (21 ans) et Aaron Grandidier-Nkanang (25 ans).
« Toute la semaine, on s’était dit que c’était assez drôle de faire la première ensemble », souriait Gailleton. « Et donc voilà, je suis très content de pouvoir partager un match avec lui, et en bleu, c’est toujours extraordinaire. Et en plus il a fait un super match, donc très content pour lui. »
« Brau Boirie est un Fidjien de Tarbes d’un point de vue athlétique »
Tout au long de la rencontre, FBB a fait preuve d’une grande énergie pour attaquer la ligne. Il a jonglé et raté une passe difficile de Dupont, mais s’est montré très dangereux au milieu du terrain. « Je ne lui vois aucune limite », « c’est un puissant simple », « un Fidjien de Tarbes d’un point de vue athlétique, le petit Yannick par sa posture », le décrivait en début de saison son manager à la Section, Sébastien Piqueronies. « Yannick », comme un certain Jauzion, l’ancien centre toulousain, sélectionné à 73 reprises sous le maillot bleu entre 2001 et 2011.
Et l’entraîneur palois n’est pas le seul à voir en Brau-Boirie le possible héritier de cette figure du rugby français. « Il a cette espèce de talent, un peu à la Yannick Jauzion, pour être sobre et très efficace, pour faire bien jouer autour de lui, avec des axes de course toujours très purs », avait décrit mardi Patrick Arlettaz, l’entraîneur des lignes arrières du XV de France, ancien centre lui aussi.
Né à Narbonne, arrivé au rugby à Tournay (Hautes-Pyrénées) puis Tarbes, et poli au centre de formation de la Section Paloise, FBB avait deux idoles, l’ancien Clermontois Wesley Fofana et le roi des offloads all black Sonny Bill Williams.
Tête bien faite, l’étudiant en troisième année d’école de commerce n’a pas semblé plus perturbé que ça dimanche dans le chaudron de Cardiff. « Fabien, c’est une force tranquille, mais une fois qu’il est sur le terrain, il se transforme », a témoigné cette semaine Attissogbe, auteur d’un doublé dimanche. « Et quand il faut s’engager, il s’engage à 100 %. Il fait quasiment tout le temps les bons choix, il nous met quasiment tout le temps dans l’avancée, on sait que le ballon, avec lui, reste souvent très vivant. »
Appelé par Fabien Galthié pour préparer le dernier match du Tournoi 2025 contre l’Écosse, Brau-Boirie aurait dû étrenner le maillot bleu l’été dernier lors de la tournée en Nouvelle-Zélande, mais ses débuts avaient été retardés par une blessure à une cheville. Et ce sont donc les Gallois qui ont découvert, à leurs dépens, cette nouvelle pépite. « L’équipe de France est un de mes objectifs, si ça vient c’est que je l’aurai mérité », expliquait récemment le jeune Palois. Son moment est donc venu dimanche, après avoir marqué neuf essais en 15 matchs depuis le début de la saison avec Pau.
De quoi compliquer le travail du sélectionneur des Bleus quand il s’agira de trancher pour composer le cœur du terrain du XV de France, après les retours de blessures de Moefana et Nicolas Depoortere, avec en prime la concurrence du Toulousain Kalvin Gourgues, 20 ans, du Parisien Noah Nene, 21 ans, rentré 12 minutes dimanche à Cardiff pour sa première sélection, sans même compter sur un autre Toulousain, Pierre-Louis Barassi, 27 ans, ou le vieux grognard Gaël Fickou, le Racingman aux 98 sélections, à 31 ans.
Anticipez le parcours de votre équipe vers le titre du Tournoi des Six Nations grâce à notre jeu de pronos !
