Aphiwe Dyantyi à Narbonne : la deuxième vie d’un Springbok déchu
À la question : suspendu quatre ans pour dopage, faut-il redonner sa chance à Aphiwe Dyantyi ?, le Racing Club Narbonnais répond oui, sans hésitation. Jeudi 26 février, le club de Nationale a surpris tout le monde en signant jusqu’à la fin de la saison l’ancienne pépite des Springboks à qui on prédisait le monde.
Narbonne n’a pas attendu la saison prochaine : il a besoin de ce joueur maintenant. Le recrutement se fait avec effet immédiat, alors que plusieurs de ses centres et ailiers clés – Peter Betham et Axel Müller – sont indisponibles pour quelques semaines.
« Centre ou ailier puissant et percutant, Aphiwe Dyantyi est reconnu pour sa vitesse, sa capacité à franchir et son sens du jeu, il vient renforcer les lignes arrières narbonnaises dans un moment clé de la saison », affirme le club actuellement 3e de Nationale et pleinement engagé dans la montée.
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« Après avoir retrouvé les terrains et enchaîné les matchs ces dernières saisons, le joueur s’inscrit aujourd’hui dans une dynamique sportive solide. Ce renfort s’inscrit dans la volonté du club de se donner les moyens d’aborder la fin de saison avec ambition, exigence et détermination. »
Ancienne Révélation de l’année en 2018…
Deux fois Aphiwe Dyantyi a fait la Une de l’actualité. La première était en 2018, lorsqu’il a été sacré Révélation de l’année par World Rugby. Aujourd’hui âgé de 31 ans, Dyantyi a connu une ascension fulgurante au tournant des années 2010, passant du statut de révélation en Varsity Cup à celui de cadre chez les Lions en Super Rugby, avant d’être propulsé chez les Springboks à seulement 23 ans.
Sa saison 2018 reste comme son année référence : aligné avec les Lions, il s’impose sur la scène internationale, inscrit six essais en treize tests avec l’Afrique du Sud, est co-meilleur marqueur d’essais du Rugby Championship avec cinq réalisations et décroche le titre de World Rugby Breakthrough Player of the Year.
Ailier d’1,82 m pour un peu moins de 90 kg, explosif sur ses appuis, il est alors présenté comme l’un des trois-quarts les plus prometteurs du rugby sud-africain, capable d’animer le large comme de finir les actions en bout de ligne. Sa cote grimpe d’autant plus qu’il se montre décisif en sélection et qu’il étend sa palette dans un rugby de mouvement qui correspond parfaitement à son profil.
… tombé en disgrâce en 2019
La deuxième fois que Dyantyi fait la Une de l’actu, c’est quelques mois plus tard, à l’été 2019 où un contrôle hors compétition, alors qu’il est en rééducation après s’être blessé aux ischios, révèle la présence de plusieurs substances interdites dans ses analyses. On lui propose deux options : soit il reconnaît et sa sanction peut éventuellement être réduite, soit il conteste et devra en passer par un procès. Il choisit la première option et prend quatre ans de suspension de rugby.
Cette sanction le prive directement de la Coupe du Monde de Rugby 2019 au Japon, finalement remportée par les Springboks, et fige son compteur international à 13 sélections pour six essais. Du jour au lendemain, il n’a plus ni revenus, ni sponsors (alors qu’il vient d’acheter une maison et qu’il doit finir de payer la voiture), tout le monde lui tourne le dos (sauf sa famille et son agent), les réseaux sociaux se déchaînent sur lui, il est hospitalisé pour stress et finit par décrocher un boulot dans le marketing puis dans le conseil aux entreprises avant d’envisager un retour au sportif.
Un retour timide en 2023
Son retour sera progressif. Réintégré au rugby professionnel à l’été 2023, Dyantyi choisit de relancer sa carrière avec les Sharks, où il dispute neuf rencontres sans parvenir à retrouver l’éclat de ses débuts internationaux. En 2024, il rejoint les Bulls avec un contrat de deux ans, mais son temps de jeu reste limité avec à peine six à sept feuilles de match au compteur, bien loin du statut qui était le sien avant la suspension.
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Cette difficulté à enchaîner les performances et à s’imposer de nouveau comme titulaire indiscutable nourrit le sentiment d’un retour encore incomplet, même si son parcours depuis 2023 reste marqué par une forme de résilience et de persévérance. C’est dans ce contexte que se dessine la parenthèse narbonnaise, présentée comme une opportunité de repartir sur un projet ambitieux, loin de la pression de ses débuts sud-africains.
Le pari de la reconstruction
Pour Dyantyi, ce passage dans le sud de la France ressemble à un pari de reconstruction : celui d’un joueur dont la carrière a été brisée en plein vol par un contrôle antidopage, qui a payé quatre années loin des terrains et qui cherche désormais à démontrer qu’il peut encore peser dans un environnement compétitif.
Du côté des supporters, l’affaire du dopage n’est que rarement évoquée dans les commentaires, l’avis général se concentrant sur le volet sportif en plaçant d’énormes espoirs en cette recrue qui pourrait bien aider Narbonne à franchir un cap dans les mois à venir.
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