Alexandra Chambon : « pas revancharde envers l’équipe qu’on va affronter, mais envers nous-mêmes »
Pour son premier capitanat, Alexandra Chambon a vécu une rencontre difficile, marquée par la déception et la colère des Bleues envers elles-mêmes suite à la défaite record du 17 octobre contre les Black Ferns à Hamilton (81-12). Épaulée par les cadres durant la préparation, elle a ensuite tenté de remobiliser une équipe progressivement dépassée, sans remettre en cause l’engagement des joueuses.
Elle regrette surtout l’absence de sursaut d’orgueil et pointe les imprécisions techniques, les erreurs individuelles et le manque de coordination défensive qui ont entretenu la pression adverse. Malgré les appels à revenir à des objectifs simples, retrouver le ballon et cesser de subir les contacts, les Françaises n’ont pas réussi à inverser la dynamique. Chambon compte désormais sur les deux rencontres restantes pour réagir, avec la volonté de se racheter d’abord à leurs propres yeux.
Son premier capitanat
Alexandra, c’était ton premier capitanat. Comment as-tu les choses en amont du match et pendant, quand tu t’es rendu compte aussi que ça allait être une après-midi compliquée ?
Alexandra Chambon : En amont du match, j’ai été pas mal épaulée aussi par les autres filles qui étaient cadres du groupe. Ça s’est plutôt bien passé. On a fait une semaine d’acclimatation aussi, c’était les premiers instants ici. Pendant le match, on a été plusieurs à essayer de remobiliser. Et c’est vrai que, comme dit François, honteuses du résultat, et surtout de pas avoir eu un sursaut d’orgueil pendant le match. Donc, forcément, pas la meilleure des manières d’attaquer, mais après, il reste deux matchs pour corriger ça aussi.
Forcément, à un moment donné où on se sent un peu en difficulté, malgré tout, je pense que, comme a dit François, il n’y a aucune fille qui a triché. On s’est fait prendre dans le rouleau compresseur du match au fur et à mesure. Quand on ne met pas les choses en place comme il faut, ça n’aide pas à ce que ça nous réussisse non plus. Donc forcément, après, on essaye de se rassurer sur les choses sur lesquelles on est bien. Et quand même ça, ça ne fonctionne pas, et qu’on n’a pas forcément les clés pour faire rebasculer le match, oui, forcément, c’est pas évident. En tant que première, forcément, c’est pas le top. Mais il y a deux autres matchs derrière et je pense que tout le monde sera d’attaque pour ça.
Quand l’écart s’est bien creusé, et on l’a vu même au bout de vingt-trois minutes de jeu, qu’est-ce qu’on se dit et qu’est-ce qui peut être dit sur le terrain, en sachant que le match commence sérieusement à vous échapper à ce moment-là ?
Déjà, se reconcentrer sur des trucs, des objectifs factuels : remettre la main sur le ballon, arrêter de subir les contacts et des choses claires sur notre système défensif aussi à retrouver. Parce qu’on a failli dans notre système, on n’a pas respecté le cadre qu’on a. Donc, déjà, c’est ça. Aller sur des choses simples et factuelles pour remettre la marche avant correctement.
La colère et l’envie de réagir
Sur l’état d’esprit du groupe aujourd’hui, pour vous, j’imagine que ça va pas être évident de se remobiliser aussi. Dans quel état d’esprit tu penses que le groupe va évoluer dans la semaine ? À fond revanchard ou vraiment un coup sur la tête, on va avoir du mal à se relever ? Comment, concrètement, toi, tu vois les choses de l’intérieur ?
On est quand même des compétitrices avant tout et des sportives de haut niveau qui sont capables – même si on ne vit pas ça tous les week-ends, heureusement – de se remobiliser. Et notamment, en plus, en ayant l’occasion de rejouer la même équipe le week-end prochain. Je pense que c’est d’autant plus un moyen, un levier pour que, justement, l’équipe soit vraiment revancharde la semaine prochaine.
Mais même pas revancharde vers l’équipe qu’on va affronter, mais plus vers nous-mêmes. Là, je pense qu’on s’est déçues nous-mêmes plus que… Certes, elles ont très bien joué, mais je pense que c’est plus nous qu’on a déçues aujourd’hui. Donc c’est à nous aussi de se relever pour nous, pour nous.
Tu parlerais de colère, carrément, envers vous-mêmes ?
Je pense que chacune le vit de manière différente, mais oui, je pense que, clairement, les conditions dans lesquelles on a fait cet après-midi… Oui, c’est un sentiment de colère. Tout le monde, on essaye malgré tout, quand on est sur le terrain, de garder la tête froide, de repartir, même quand c’est pas évident. Mais oui, bien sûr, à la fin du match, je pense qu’on se l’est toutes dit, et sans avoir besoin de beaucoup de mots d’ailleurs, parce que tout le monde est assez raccord sur l’état général.
Des imprécisions qui alimentent la pression
Peux-tu nous en dire plus sur le fait de ne pas avoir respecté le plan de jeu ? Comment ça se traduit sur le terrain ? Qu’est-ce que vous avez fait à l’envers, pour rentrer un peu dans les détails techniques ?
Déjà, nos réalisations techniques sont, je pense, des premières failles. Des erreurs individuelles, des imprécisions où on se met très vite sous pression, alors qu’il n’y avait pas besoin de donner autant à l’adversaire pour se mettre sous pression. Et après, derrière, c’est un peu le compresseur aussi. C’est-à-dire, une passe ratée, c’est forcément une mise sous pression.
Ensuite, c’est peut-être seulement une possession en moins parce qu’on va essayer de remettre la pression chez elles. Et après, sur nos chasses, sur tout ça, la connexion entre nous, on n’a pas été suffisamment efficaces sur tous les plaquages. Je pense que si on regarde le nombre de passes qu’elles font sur le match, je pense que c’est assez significatif du match. Là-dessus, après, quand on court après une fille, forcément, le système, il a beau être bon, à un moment donné…
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