Oyonnax : le rugby de la campagne pourrait-il encore tenir en Top 14 ?
Premier de Pro D2 après neuf journées, Oyonnax espère consolider sa place pour retrouver le Top 14. Dans cette ville de 25 000 habitants du Haut-Bugey, le club défend son identité et « le rugby de la campagne », avec des moyens qui lui permettent de jouer les premiers rôles en deuxième division, mais rendent plus incertain son avenir dans l’élite.
Son budget de 12 millions d’euros figure parmi les cinq ou six plus importants de Pro D2. De quoi nourrir des ambitions, sans éluder la question des ressources nécessaires pour aller plus haut.
« La grande question est de savoir si, économiquement, il y a de la place pour des clubs comme Oyonnax dans des championnats de très haut niveau. C’est un vrai challenge pour nous qui sommes le rugby de la campagne et c’est tout l’intérêt », souligne auprès de l’AFP le président Dougal Bendjaballah.
Dans un rugby français où les grandes métropoles comme Bordeaux, Lyon ou Paris occupent une place croissante, Oyonnax doit composer avec les difficultés économiques de la Plastics Vallée. Ce bassin industriel spécialisé dans le plastique rassemble plus de 600 entreprises et près de 10.000 emplois.
Des sponsors prudents
« 80% des partenaires travaillent dans l’industrie du plastique, souvent de bonnes PME ou entreprises de taille intermédiaire. Nous n’avons pas de grosses multinationales. Les sponsors s’engagent un peu moins ou attendent », reconnaît M. Bendjaballah.
En Top 14, quitté en 2024, le club peut attirer des partenaires jusqu’en Suisse, en Haute-Savoie et dans le Jura, d’où viennent aussi de nombreux spectateurs. En Pro D2, les rencontres en semaine compliquent le remplissage du stade Charles-Mathon, qui compte 12 000 places, dont 1 200 à 1 400 places VIP.
Quatrième de la dernière saison régulière, Oyonnax trouve dans sa première place après neuf journées des raisons de croire à ses ambitions. Le président y voit le prolongement du travail engagé la saison passée.
« En fin de saison dernière, hormis la demi-finale perdue à Vannes, nous étions déjà dans une bonne dynamique. Nous sommes dans la continuité et nos recrues ont apporté de la valeur ajoutée. Quand l’alchimie prend rapidement, on prend confiance pour les premiers matchs », explique le dirigeant.
« Oyonnax, par son historique en Pro D2, est un club qui veut se qualifier comme quatre ou cinq prétendants », poursuit-il, écartant l’idée « de jouer les faux modestes ».
Une place parmi les deux premiers ouvrirait directement les portes des demi-finales. Les équipes classées de la troisième à la sixième place devront passer par les barrages.
Une accession qui oblige à anticiper
Pour rester en haut du classement, les Noir et Rouge peuvent notamment compter sur l’ouvreur géorgien Luka Matkava, meilleur réalisateur du championnat, et sur l’activité du troisième ligne Kévin Lebreton. Leur défaite à Montauban, lors de la huitième journée, n’a pas remis en cause leur présence aux avant-postes.
Mais une éventuelle montée se prépare bien avant les phases finales. Dougal Bendjaballah, lui-même PDG d’une entreprise d’orthopédie médicale basée à Genève, défend l’ancien système d’accession, qui offrait une promotion directe au premier de Pro D2, les phases finales désignant un autre candidat au barrage.
« Quand on doit recruter en juin, il faut respecter le quota de JIFF (joueurs issus des filières de formation), dont la valeur marchande augmente régulièrement. Mais il faut qu’ils soient compétitifs et ils sont souvent déjà recrutés. On réduit nos chances au point de vue du timing et ce n’est pas une question budgétaire », estime le dirigeant de 58 ans.
« Le diffuseur Canal+ nous apporte des retombées positives, mais le système de championnat qu’il impose, avec des phases finales attractives, n’est pas dans l’intérêt de la Pro D2. Nous faisons avec », ajoute-t-il.
Oyonnax avait obtenu sa première accession en Top 14 en 2013, sous la direction de Christophe Urios. Les Noir et Rouge avaient alors assuré la première place, synonyme de montée, à quatre journées de la fin.
Sur les treize dernières années, le club a disputé cinq saisons dans l’élite, avec une qualification pour la phase finale en 2015. Trois fois champion de Pro D2, il a également joué cinq demi-finales. Cette expérience ne le dispense pas des incertitudes liées au recrutement.
« Cela veut dire que les clubs doivent prendre des risques financièrement pour anticiper le recrutement sans la garantie de monter », souligne le président.
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