Les carnets de stage de Morgane Bourgeois : « quatre ans de travail commencent ici »
Nous sommes fin janvier 2026. Le nouveau sélectionneur du XV de France féminin, François Ratier, a été nommé un mois plus tôt et rassemble un large groupe pour un premier stage en vue du Tournoi des Six Nations féminin. Morgane Bourgeois y était.
Un renouveau sous la pluie de Blagnac
Premier stage de 2026. Premier depuis la Coupe du Monde de Rugby. Premier avec un nouveau staff. Premier d’un cycle de quatre ans. Un stage un peu particulier. Entre cicatrices encore visibles et visages nouveaux. La moitié des joueuses convoquées sont de jeunes joueuses qui découvrent l’environnement international, l’autre des filles qui portent encore le poids de la déception mondiale.
Ce stage, c’est le début d’une reconstruction. Mais pas une reconstruction lente. Une reconstruction ambitieuse. Avec l’envie de performer tout de suite, d’évacuer la frustration, de montrer un autre visage, de réinstaller la France parmi les meilleures nations du monde. Raccrocher le top 3. Et surtout, inquiéter à nouveau.
« Ce stage, c’est le début d’une reconstruction… »
Le rassemblement se déroule à Blagnac, Marcoussis étant occupé par les garçons. Trois petits jours, chargés d’informations et de travail. Nous sommes arrivées le lundi. Après une première réunion d’ouverture, nous partons rapidement sur le terrain, pour de premiers skills. Les skills sont nos compétences de base : passes, plaquages, attitudes au contact. Et nous devons les répéter encore et encore.
François Ratier face aux Bordelaises
Pour les Bordelaises, retrouver François Ratier dans ce nouveau rôle a quelque chose de particulier. Il nous entraînait déjà en club, mais là… tenue complète, posture différente. Il prend du recul, observe et analyse. Sur le terrain, Gérald Bastide et Florent prennent beaucoup de place. Ils sont très actifs. Et Francois chapeaute tout ça. On sent un staff ambitieux, avec des idées claires et une direction précise.
Le mardi, place à la découverte du projet offensif et défensif. Beaucoup de répétitions, de concentration et d’application pour intégrer un nouveau projet, et y adhérer à 200%. Si les bases sont données, il sera de notre responsabilité de la prendre en main, et d’en devenir maîtres à l’avenir. À l’hôtel, ce n’est pas comme à Marcoussis. Il n’y a pas vraiment de salle de vie commune. On est un peu dispersées, d’autant plus qu’on est là que trois nuits. Mais malgré ça, des groupes se forment, certaines jouent aux cartes, d’autres regardent les Jeux d’hiver. Jamais les mêmes tables au repas, preuve que chacune va vers l’autre, que ce groupe est ouvert, en construction.
« Commencer à intégrer ce nouveau projet à pleine vitesse… »
Mercredi, place à l’opposition. Le moment où tout devient concret. S’affronter entre nous, matcher face aux meilleures, mais surtout commencer à intégrer ce nouveau projet à pleine vitesse. La pluie nous a accompagné tout le séjour. Comme depuis janvier, où il semble pleuvoir sans discontinuer partout en France. Impossible d’y échapper. Et pourtant, peu de déchets, parce que chacune est impliquée, concentrée et veut montrer qu’elle mérite sa place dans ce nouveau chapitre.
Et là… surprise. Même sous la pluie, il y a du monde
L’opposition est ouverte au public et aux médias. Et là… surprise. Même sous la pluie, il y a du monde. Après la Coupe du monde, je ne m’y attendais pas. Notre prestation m’a déçue et je pense qu’elle est déçue les supporters aussi. Déçue de l’image qu’on a montrée. Déçue de la performance. Déçue de ce qu’on a laissé comme souvenir. Pourtant ils sont là, dans les tribunes à nous encourager, demander des photos et des autographes.
Ces moments-là, ils reconnectent. Tu as envie de te battre pour eux, de te donner encore plus. Tu réalises que tout ce travail n’est pas vain, qu’il y a quelque chose autour de cette équipe : une attente, une fidélité, un lien. Ça donne envie de travailler encore plus fort, avec l’espoir qu’ils seront là pour le Tournoi, et surtout, avec l’envie de ne pas les décevoir.
Jeudi, retour au calme. Analyses vidéos, récupération, retours sur les axes de travail.
Ce premier stage marque un départ, un nouveau souffle. Quatre ans de travail commencent ici, avec l’exigence immédiate de performer et de redevenir une équipe qui compte, une équipe qui dérange et qui inspire. La première pierre est posée. À nous maintenant, dans nos clubs respectifs, de faire grandir ce projet chaque semaine, pour revenir plus fortes et porter cette équipe toujours plus haut.