François Ratier après la défaite record : « On ne peut pas juger une équipe sur une branlée »
Cette deuxième pire défaite de l’histoire du XV de France féminin, 81-12 à Hamilton samedi 17 octobre 2026, restera une tâche dans le CV du groupe. Juste après le coup de sifflet, le sélectionneur François Ratier n’a pas voulu se cacher ni minimiser la portée de la défaite. Maintenant, il faut que celle-ci serve à quelque chose…
François Ratier assume ses choix
François, quelle analyse tu fais du match ?
François Ratier : La physionomie du match, c’est : tu joues une équipe plus forte que toi. Ça, c’est factuel. Mais en plus, toi, tu joues à l’envers. Donc tu te donnes encore moins de chances de pouvoir rester dans un match. À la mi-temps, on attaque la deuxième mi-temps avec un autre objectif ; on a plus parlé de fierté, on représente notre pays, le maillot, etc. On a recadré aussi sur des objectifs très simples. Et malheureusement, là aussi, c’est reparti à l’envers. C’est un match à oublier dans le sens comptable. On n’oubliera pas, personne n’oubliera d’ailleurs. Mais je leur ai dit (aux joueuses, ndlr) aussi à la fin que la défaite d’aujourd’hui reflète pas nécessairement non plus notre niveau. Il y a un équilibre à trouver.
« Tu joues une équipe plus forte que toi. Mais en plus, toi, tu joues à l’envers. »
Moi, j’assume totalement le fait que c’est moi qui les mets sur le terrain. Elles essayent de faire le maximum du job avec le maximum de leurs possibilités, mais c’est moi qui les ai mises sur le terrain. Donc ça, je veux bien quand même que ce soit clair. Moi, j’assume. C’est pas aux joueuses de se mettre la tête dans le sac. C’est ce qu’on leur dit. Par contre, nous, on leur a demandé de faire le job cette semaine, parce qu’elles ont un job à faire. Moi, mon job, c’est d’assumer, mais elles ont un job à l’intérieur de ça. Mais on ne peut pas juger une joueuse ou une équipe sur une branlée.
Le rebond attendu après la déroute
Qu’est-ce qu’on retient, qu’est-ce qu’on apprend d’un tel match ?
Déjà, on est sur trois matchs (les deux autres rencontres seront disputées le 24 et 31 octobre, ndlr). On sait très bien qu’on ne peut pas composer la même équipe pour trois matchs, compte tenu de plein de circonstances que je n’ai pas besoin de rappeler ici, en termes parfois d’effectif, de profondeur à certains postes. Aujourd’hui, ce qu’on peut retenir, c’est que face à une équipe plus forte que nous, en plus on a déjoué. C’est compliqué parce que le score, évidemment, est lourd.
« On est honteux, on ne voulait pas donner cette image-là. »
Évidemment, c’est dur à digérer. On a parlé avec les joueuses après. C’est le rebond dans la semaine qui compte, c’est le rebond dans les deux prochaines semaines qui compte, et c’est celui-là qui nous fera grandir. Aujourd’hui, c’est sûr qu’il y a personne qui est fier ou heureux du résultat. On est honteux, on ne voulait pas donner cette image-là. Après, comme je te le dis, en plus de la domination de l’adversaire et, on va dire, inégalité au niveau du jeu, elles étaient meilleures que nous. En plus, nous, on a joué à l’envers, donc très compliqué.
Un groupe inexpérimenté, des choix assumés
Tu disais dans la semaine vouloir évaluer les performances individuelles : le cadre collectif a-t-il réellement permis aux joueuses, et notamment aux plus jeunes, de montrer leur niveau aujourd’hui ?
Complètement en fait, parce qu’il n’y avait pas que les jeunes joueuses qu’on évaluait. Quand on évalue les quinze joueuses qui sont sur le terrain, au moment où elles y sont, il n’y a pas que des jeunes. Les jeunes, c’est sûr que c’est pas un climat super favorable aujourd’hui pour se rappeler de leur première sélection. Après, elles choisissent pas toujours. Je ne regrette pas une seconde d’avoir composé ce groupe. Après, j’assume totalement la responsabilité. Quand on met des joueuses sur un terrain, c’est pas les joueuses qui sont responsables d’être sur le terrain, c’est le sélectionneur. Après, elles ont un job à faire et nous, on l’évalue.
« J’assume totalement la responsabilité. Quand on met des joueuses sur un terrain, c’est pas les joueuses qui sont responsables d’être sur le terrain, c’est le sélectionneur. Après, elles ont un job à faire et nous, on l’évalue. »
Elles jouent en championnat, elles ne viennent pas d’une autre planète. Donc oui, il faut que ça commence à un moment donné. Et encore une fois, moi, j’assume le fait que, quand tu fais ce genre de choix, ça peut craquer un peu. Là, ça a craqué beaucoup parce que, en plus, on a très mal joué. J’ai revu les statistiques, c’est épouvantable. Il y a un score, un peu d’écart quand même. Mais si, en plus, tu déjoues, là, c’est sûr que tu prends une rafale, quand c’est leur meilleure équipe. Là, elles ont mis leur meilleure équipe possible. Il faudra, elles aussi, qu’elles fassent des choix sur trois matchs. Nous, on en a fait un. Après, on est trente-deux joueuses et, effectivement, la grande majorité de ces joueuses-là n’ont pas d’expérience internationale. Mais il faut passer par là. Le WXV, on savait qu’on jouerait quatre fois la Nouvelle-Zélande, c’est pas une surprise. C’est comme ça. Et c’est les numéros deux mondiales, voire numéro un pour moi.
Une équipe remaniée pour le deuxième test
Est-ce que, sur ce match-là, il n’y a vraiment rien à récupérer ? Tout est à jeter ?
Oui, il y a quand même deux, trois choses à retenir. Si j’étais sarcastique, je dirais : on est rentrés deux fois dans la zone de marque, on a marqué deux fois, donc c’est un point majeur dans nos statistiques. Mais évidemment, vous m’avez vu en sourire, elles, elles sont rentrées dix-neuf fois. Donc ça, on peut moins s’en satisfaire. Qu’est-ce qu’on peut retenir ?
« Si j’étais sarcastique, je dirais : on est rentrés deux fois dans la zone de marque, on a marqué deux fois. Mais, elles, elles sont rentrées dix-neuf fois. »
Pas grand-chose quand même. Mais on va lancer notre travail avec les collègues dès demain pour pouvoir débriefer le match avec les joueuses, pour fermer le livre et basculer sur le prochain. C’est assez inhabituel de jouer trois fois la même équipe dans une tournée comme ça. Tu essayes d’activer d’autres leviers. La composition d’équipe, bien sûr, sera totalement différente le week-end prochain, en tout cas en grande partie. Donc on pourra, sur l’ensemble des deux matchs, un peu plus évaluer notre niveau par rapport aux Black Ferns.
Exécuter le plan et développer le leadership
Quels signes concrets, justement, François, te permettront de dire la semaine prochaine : « Tiens, elles ont progressé » ?
Déjà, le signe concret, c’est que si on arrive à faire ce qu’on a dit qu’on ferait, ce sera un signe concret de progrès. C’est-à-dire qu’on a un plan de match validé par les joueuses. On a des systèmes offensifs et défensifs validés par les joueuses. Après, il faut le faire. Il faut le mettre à exécution. Le mettre à exécution aujourd’hui, au bout de cinq minutes, c’est 5-5. Mais c’est pas 5-5, c’est 5-0. Puis après, il y a un momentum qui change. Alors, je te dis pas que si on avait marqué sur notre première attaque – qui est une magnifique passe sautée qui doit tomber dans les bras de Léa Murie, mais qui n’est pas au bon endroit, on marque – ça ne fait pas à la fin un score quand même solide pour les Blacks. Mais, tu sais, des fois, au haut niveau, il y a des trucs qui font tout craquer, puis après, tu peux plus te rattraper. C’est comme un parachute en vrille. Ça part. Et là, il n’y a aucune fille qui a triché aujourd’hui. Pour moi, elles ont toutes fait les efforts nécessaires qu’on avait demandés pendant la semaine. C’est juste que là, c’était trop court. C’était trop.
Il faut qu’on passe à travers ces moments-là, mais je pense qu’on va passer. Vraiment, personne n’est mort non plus, OK. Je veux dire : on sait qu’on est meilleurs que ça. Mais ce leadership, on parlait de leadership stratégique, leadership tactique à développer aussi dans l’équipe, il se développe des fois en passant par des moments de merde comme ça. C’est à nous, après, les coaches, de faire le boulot pour leur bien identifier les moments où on aurait dû utiliser ça, sans s’appuyer sur la tête non plus. Nous, encore une fois, on est sur un début de cycle. Ça fait vraiment mal et ça fait chier, honnêtement. Mais putain, un jour, on y pensera comme un moment de notre passage, un mauvais moment. Mais il faut qu’on le retourne en quelque chose de positif.
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