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Le projet de Régis Sonnes pour relancer le rugby féminin en Espagne

L'entraîneur français Régis Sonnes, pendant l’échauffement avant le match de Top 14 entre le SU Agen et l’ASM Clermont Auvergne au stade Armandie à Agen, dans le sud-ouest de la France, le 27 février 2021. (Photo : Romain Perrocheau / AFP via Getty Images)

L’équipe féminine d’Espagne a définitivement refermé le chapitre Coupe du Monde de Rugby et a décidé de repartir sur de nouvelles bases en confiant Las Leonas à Régis Sonnes, le technicien français à l’ambition offensive assumée et à la vision élargie pour tout le rugby féminin national. L’annonce a été faite en novembre 2025.

Un retour en terrain connu

À 53 ans, Régis Sonnes n’arrive pas en terre inconnue : il a déjà dirigé la sélection masculine espagnole entre 2010 et 2012, avec à la clé des victoires marquantes contre la Roumanie et la Géorgie qui avaient fait basculer le regard sur le rugby ibérique.

Fort d’un long parcours passé par l’Union Bordeaux-Bègles (2012-2016), Toulouse (2018-2020) et le SU Agen (2020-2021), il apporte un bagage dense de haut niveau, mais aussi une sensibilité particulière pour la culture rugbystique espagnole, qu’il revendique depuis longtemps. Il avait d’ailleurs été approché au printemps 2023 pour revenir comme sélectionneur de l’équipe masculine.

La Fédération l’a cette fois officiellement installé à la tête de Las Leonas dans la foulée d’une Coupe du Monde de Rugby 2025 sans succès en phase de poules, mais ponctuée d’un gros match face à l’Irlande, nation du top 5 mondial, et d’une courte défaite face au Japon, signes qu’un potentiel offensif existe déjà dans ce groupe.

Un projet de jeu sans retenue

Au cours de la dernière décennie, Sonnes a privilégié un jeu audacieux et imprévisible, ambitieux et difficile à lire, approche qu’il souhaite désormais appliquer aux Las Leonas. Il résume sa feuille de route ainsi : « Pour moi, il y a plus d’un objectif que je souhaiterais atteindre durant mon mandat avec les Leonas », rappelant que le score n’est que la conséquence d’un travail de fond.

« Tout en reconnaissant l’importance d’obtenir de bons résultats, il est plus important pour nous de développer un processus qui permette à l’équipe de réaliser de grandes performances. Dans le même temps, il y a urgence à nous connecter et à nous écouter les uns les autres pour atteindre nos objectifs.

« Nous voulons jouer un rugby positif, excitant et attractif, tout en étant hautement compétitifs face à nos adversaires. Nous devons prendre du plaisir à jouer et faire en sorte que les supporters en prennent aussi. Si nous voulons grandir, nous devons élever nos standards. Nous devons avoir plus de temps de jeu effectif, être plus rapides dans nos actions, ballon en main comme en défense. »

Comprendre d’abord l’ADN des Leonas

Avant de bousculer les habitudes, Sonnes revendique une phase d’observation et d’écoute, centrée sur l’identité de la sélection. « Pour bien faire en tant que sélectionneur des Leonas, je dois d’abord apprendre leur histoire, leur culture et leur héritage. J’ai appris et je me suis formé pour comprendre qui elles sont et où elles veulent aller. Ce n’est qu’en faisant cela que je pourrai être la bonne personne pour le poste », dit l’ancien troisième-ligne aile du Stade Montois.

Sa seule expérience à la tête d’une équipe féminine l’a convaincu d’un point essentiel : la manière de parler et de transmettre compte autant que le contenu. « J’ai échangé quelques mots et idées avec des entraîneurs d’autres sports pour comprendre les exigences d’une équipe féminine. Plus important encore, pour moi, c’est la manière dont je peux transmettre mon message, et comment je peux travailler et parler plus efficacement avec elles. Heureusement, je travaillerai avec Aroa González et quelques anciennes Leonas qui nous aideront à créer le bon environnement. »

La difficulté de se retrouver

Le nouveau staff doit gérer une sélection éclatée entre plusieurs championnats : Premiership Women’s Rugby en Angleterre, Élite 1 et 2 en France, sans oublier la Liga Iberdrola. « Nous allons observer les joueuses, voir comment elles se portent dans leurs clubs, que ce soit en PWR, en Élite 1 et 2 ou en Liga Iberdrola. Notre objectif est de travailler vers le même but avec le même état d’esprit, et nous ne pouvons le faire que si je visite ces équipes et parle avec elles et leurs entraîneurs », prévient le nouveau coach.

De plus, les départs de références comme Delgado, Mónica Castelo ou Anna Puig ouvrent une page de transition majeure pour Las Leonas.

Sonnes veut transformer cette phase délicate en opportunité : « Nous recherchons des joueuses qui veulent embrasser la culture, l’histoire et l’état d’esprit des Leonas. Les Espagnols sont joyeux et chaleureux, courageux et forts, et nous devons le montrer dans notre manière de jouer. Quand on parle de ce que nous voulons faire sur le terrain, il est important d’exploiter au mieux les espaces que nous créons. Nous devons être audacieuses et ne pas avoir peur de prendre des risques. »

Il ne se voile toutefois pas la face sur une contrainte structurelle : le groupe a peu d’occasions de se retrouver. « Il est vital que tout le monde comprenne que le temps dont dispose le sélectionneur avec les joueuses est très limité, car elles travaillent surtout avec leurs clubs. Nous aurons, en moyenne, seulement une semaine pour préparer l’équipe pour le week-end. Mais ce n’est pas une excuse, plutôt quelque chose que nous devons anticiper. »

Faire décoller tout le rugby féminin en Espagne

Le projet dépasse largement la seule sélection première. Sonnes voit dans Las Leonas un levier pour tout le rugby féminin espagnol. « Nous devons faire progresser le rugby féminin en Espagne et apporter plus de dynamique en augmentant le nombre de femmes et de filles qui jouent. Le rugby féminin en Espagne est le plus grand secret bien gardé du sport espagnol, et nous devons en tirer parti », martèle l’amateur de surf.

Clàudia Peña Hidalgo, aujourd’hui installée en Premiership Women’s Rugby, symbolise ce talent formé en Espagne et valorisé à l’étranger, mais Sonnes ne veut pas qu’elle reste un cas isolé : « Par exemple, Peña Hidalgo est une joueuse merveilleuse, mais elle ne peut pas être la seule ou une exception. Il y a tellement de potentiel en Espagne, et nous devons chercher des athlètes qui ont le talent pour devenir grandes. Nous travaillerons en étroite collaboration avec le Sevens, car il y a un énorme potentiel chez beaucoup de joueuses des Leonas à 7 aussi. »

Dans cette architecture, à XV, à 7 ou avec les équipes jeunes, tout doit fonctionner comme un seul bloc stratégique : « Notre vision ne s’applique pas seulement au XV, car le Sevens et les équipes de jeunes seront aussi sous notre responsabilité. Travailler ensemble est la clé de notre succès. Si nous nous comprenons mieux, elles se développeront de différentes manières, et cela bénéficiera énormément à l’équipe. »

Un défi qu’il aborde avec appétit

Malgré une Coupe du Monde de Rugby 2025 sans victoire mais riche en signaux prometteurs, notamment ces 27 points marqués face à l’Irlande, Sonnes aborde ce mandat avec l’enthousiasme de quelqu’un qui repart en campagne. « Je me sens comme un jeune gars, mais un jeune gars avec beaucoup d’expérience et de savoir-faire. J’ai l’enthousiasme d’un jeune pour attaquer une nouvelle aventure, mais avec 20 à 30 ans d’expérience dans ce sport », sourit-il.

« L’Espagne est un pays que j’aime et qui me captive. Parfois je me demande si je ne suis pas espagnol moi-même, tant j’aime tout ce que le pays a à offrir. Leur culture, leur amour de la vie, leur passion ardente, et leur manière d’affronter les problèmes. Pour moi, c’est génial de revenir. »

À la communauté du rugby espagnol, il ne promet ni trophées immédiats ni raccourcis, mais un chemin assumé : « Nous allons faire tout ce que nous pouvons pour rendre tout le monde fier de nous. Nous allons travailler dur, nous développer et grandir, et embrasser notre culture rugbystique. Ce qui viendra ensuite, que ce soit les victoires, les trophées, etc., ce n’est pas quelque chose qui m’inquiète ou me préoccupe. Je crois au travail acharné mais respectueux, afin que les joueuses et le staff soient heureux de la manière dont le projet est construit. »

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