À La Rochelle, l'éclosion d'un troisième ligne venu de Sibérie
Talent, détermination et chance… On pourrait résumer ainsi le début de carrière de Kirill Fraindt, ce colosse (1,97 m) de 19 ans arrivé l’été dernier au Stade rochelais et originaire de Krasnoïarsk (1,1 million d’habitants), bastion sibérien du rugby russe. Un sport mineur dans son pays mais qu’il a choisi le 13 octobre 2018, à 12 ans, comme une révélation.
Fraindt – nom à consonance germanique provenant de son grand-père maternel – assiste en tribunes au match de Challenge Cup d’un des deux clubs de sa ville, Enisey STM, contre le Stade Rochelais.
« Le stade était plein avec beaucoup de supporters mais pas comme ici à Deflandre, se souvient-il. Quand j’ai vu La Rochelle jouer, la vitesse, les plaquages, les contacts, j’étais fou. Je me suis dit que je voulais faire ça, que je devais faire ça. »
L’essai du destin
Le Covid, puis la guerre, avec les sanctions internationales et sportives qui en découlent et isolent son pays, ont mis son projet entre parenthèses. Il reprend forme lorsque le directeur du rugby de l’université sud-africaine de Stellenbosch, Drikus Hancke, vient diriger un entraînement en Russie.
« Il m’a vu et m’a dit de venir. J’étais prêt pour y aller. Le rugby, c’est ma vie, j’étais obligé de partir à l’étranger pour devenir rugbyman. »
Fraindt reste cinq mois en Afrique du Sud. Il découvre le haut niveau, se développe, se confronte à des étrangers de son âge et se signale en marquant un essai contre les U20 espagnols en pleine préparation du Mondial de leur génération. Son visa pour l’étape suivante, le Top 14.
Son compatriote et agent Kirill Koulemine, ancien deuxième ligne d’Agen, Castres ou Perpignan, prend alors en main la carrière de ce joueur « très déterminé, qui savait ce qu’il voulait. C’est ce qui ressort par rapport aux autres. »
« Il y avait quelques talents en Russie, pas beaucoup, qui auraient pu avoir le même début de carrière que Kirill mais ils n’ont pas pu se mesurer aux autres sélections contre qui ils jouaient tous les ans. Le niveau a stagné puis baissé, regrette Koulemine. Kirill a eu un coup de chance. »
Après un essai à Mont-de-Marsan l’été dernier, il atterrit, comme un clin d’oeil, à La Rochelle qui l’engage et embarque ce fou de snowboard en stage de pré-saison à La Plagne.
Opération séduction
« Plein d’énergie, super volontaire », selon son manager Ronan O’Gara, Fraindt séduit son monde et l’impressionne même en maîtrisant le français en à peine un trimestre à raison d’une heure de cours par jour avec les Argentins du club et quelques exercices sur une application.
« C’est un gros travailleur, un des avants les plus rapides, qui court partout. Il a un très bon cardio, ça l’aide aussi à son poste qui demande des répétitions d’efforts, souligne le jeune centre Simeli Daunivucu. Surtout, il ose poser des questions aux coachs, ose demander pour s’adapter le plus rapidement. On sent qu’il veut réussir car il sait que la vie est plus facile ici qu’en Russie, c’est pour ça qu’il se donne autant. »
A l’aise dans son nouvel environnement, où il a même débusqué un magasin russe, visité par ses parents mi-janvier, Fraindt a profité des blessures et départs en sélections pour enchaîner dix feuilles de matchs dont cinq comme titulaire depuis fin novembre.
« Personne ne s’attendait à ce qu’il joue autant, même les entraîneurs de La Rochelle, reconnaît Koulemine. C’est exceptionnel ce qu’il fait actuellement. Il a eu sa chance, il en a profité mais il a encore une marge de progression énorme. »
Le jeune russe compte déjà dix apparitions avec le Stade rochelais depuis le début de la saison, dont sept en Top 14. Plutôt très encourageant, pour un jeune avant de même pas 20 ans.
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